Les femmes riveraines de la Socapalm s’informent

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(Photo : Synaparcam)
Le Financier d'Afrique | 25 août 2020

Les femmes riveraines de la Socapalm s’informent

Un atelier de renforcement des capacités sur le plaidoyer communautaire a été organisé a cet effet le 15 août 2020 a Souza.

Ghislaine Deudjui

Au Cameroun, la question foncière demeure toujours d’actualité, surtout en ce qui concerne les femmes. Victimes des plantations de monocultures d’arbres, celles-ci sont dépouillées de leur terre. Abandonnées à elles-mêmes, elles ne disposent parfois d’aucun moyen de pression pour obtenir gain de cause et même bénéficier des avantages que procurent les grandes exploitations de monocultures d’arbres installées dans leur village.

L’une des stratégies développées par ces riveraines est actuellement axée sur le plaidoyer communautaire. Convaincues qu’elles peuvent attirer cette-fois ci l’attention des élites locales et même des clients et partenaires d’affaires de l’entreprise incriminée, les riveraines de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) ont décidé de miser sur le plaidoyer communautaire. A cet effet, la Synergie nationale des paysans et riverains du Cameroun (Synaparcam) qui depuis plusieurs années, lutte en faveur du respect des droits des communautés, a organisé un atelier de renforcement de capacités sur ce thème. Objectif, s’informer sur le contenu du plaidoyer afin de mener à bien leurs revendications.

Une quinzaine de femmes ont pris part à cette initiative samedi 15 août 2020 dans la localité de Souza. « J’ai décidé de prendre part à cet atelier parce que nous avons beaucoup de sollicitations, les plantations de la Socapalm qui sont installées dans notre village limite véritablement nos actions. La terre est la ressource de nos familles, nous n’avons pas d’espaces pour cultiver et nous sommes obligés d’acheter ce qui est produit ailleurs », fulmine Augustine Makam, riveraine de Mbonjo Grand village. Outre le problème de terre, dame Judith Amah plaide pour un accompagnement social des riveraines. « Nous n’avons pas de point d’eau, nous n’avons pas d’écoles à proximité, c’est pourtant nécessaire pour le suivi et l’éducation de nos enfants », affirme- t-elle.

Stratégies

Consultant et expert sur les questions de plaidoyer communautaire, Magloire Tene pense que trois éléments sont essentiels pour permettre aux riveraines de faire entendre leur voix. La première est axée sur la sensibilisation et le renforcement des capacités des riverains afin de susciter l’adhésion des élites et des communautés. « On a se sentiment qu’il y a des élites qui roulent pour l’entreprise et qui ne défendent pas leur communauté, donc j’insiste sur la sensibilisation au niveau des communautés, et là il faut reconnaitre que ce ne sera pas un travail facile », précise le formateur. Et ce dernier d’ajouter : « de plus en plus on voit des personnes dans les communautés qui adhèrent au combat, nous sommes là dans un atelier d’environ 20 femmes, ce qu’on avait pas avant. Les gens fuyaient même l’adhésion à la Synaparcam compte tenu des menaces et autres, cela veut dire que le travail de renforcement de capacité reste à accentuer ».

La deuxième stratégie de l’expert est axée sur le développement du réseau de la Synaparcam au niveau national et international. « Au niveau national avec d’autres organisations de la société civile, qui ont un peu plus de visibilité, de moyens et d’actions, et qui peuvent mobiliser d’autres acteurs. Mobiliser également la presse nationale qui a aussi ces limites, mais surtout étendre ses réseaux sur le plan international, parce que les clients de ses entreprises ou bien ses actionnaires ne sont pas absolument des Camerounais, ce sont des personnes étrangères, des Européens des pays dans lesquels la question des droits des communautés est beaucoup plus accentuée et pointilleuse qu’au Cameroun », indique-t-il.

Concernant particulièrement Socapalm, Magloire Tene conseille également à la Synapacam de continuer à insister pour ouvrir un dialogue réel et franc avec cette entreprise. « Je crois que c’est autour d’une table que les acteurs pourront définir les critères, les indicateurs, les principes sur lesquelles on peut s’appuyer pour évaluer la marche ensemble à un moment donné et voir si on peut avancer ou pas ».

(Photo : Synaparcam)
Une chose est sure, c’est que les femmes de la Synaparcam, sont favorables aux échanges. « Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les hommes qui doivent intervenir dans les problèmes de terres, en plus certains ne connaissent même pas la valeur de la terre pour la famille, seule la femme maîtrise cela, c’est elle qui fait la culture pour avoir des aliments pour la maison et à ces conditions, nous pouvons connaitre tout ce qu’il faut pour la terre, quand ces gens là viennent pour prendre la terre, les hommes sont prêts à vendre sans savoir que nous les femmes souffrons », martèle Marie Nouelle Etonde Mbella, Présidente Synaparcam section féminine. A l’en croire, les femmes vivant dans les zones d’exploitations de monocultures d’arbres sont obligées de parcourir plus de 10km à pied pour se rendre dans un autre champ, pourtant elles peuvent faire des cultures à proximité.

La Socapalm n’offre pas à ces dernières la possibilité d’exploiter les parcelles de terres qui se trouvent à proximité de leur maison. De plus, elles se plaignent également de ne pas bénéficier des avantages qu’offrent leurs terres à cette entreprise. « Socapalm ne nous offre même pas une petite ration d’huile, nous subissons du mépris de cette entreprise depuis des années », fulmine Augustine Makam.

Socapalm dans le viseur des ONG

Filiale de la Société financière des caoutchoucs (Socfin) basée au Luxembourg, détenue à un peu plus de 50 % par le belge Hubert Fabri et à près de 39 % par le groupe de Vincent Bolloré, Socapalm est dans le collimateur de plusieurs ONG et associations de riverains. En 2017, le Réseau des acteurs du développement durable (Radd), avait lancé une pétition pour dénoncer les agressions sexuelles, la maltraitance, les atrocités et autre accaparement des terres dont sont victimes les femmes au quotidien, dans ces zones d’exploitations d’arbres. Mais depuis des années, Socapalm dit être est un acteur majeur du développement social, économique et rural. Dans un communiqué rendu public il y a 5 ans, elle indique avoir contribué de manière substantielle à la modernisation de son agriculture et à la poursuite de l’objectif d’autosuffisance alimentaire. Elle dit également être profondément impliquée dans la réalisation d’un large éventail d’oeuvres sociales, dont certaines relèvent d’ailleurs des missions de service public. En effet, « la Socapalm c’est aussi un ensemble d’établissement scolaires (maternelle, primaire et secondaire) qui dispensent une formation gratuite à près de 8000 élèves issus non seulement des familles de ses employés, mais également de celles des sous-traitants, de leurs personnels et des riverains, une couverture sanitaire assurée sans discrimination sur l’ensemble de ses sites, et des investissements importants réalisés dans la construction et/ou la rénovation des logements, l’électrification rurale, l’accès à l’eau potable (réseaux d’adduction d’eau, forages, distribution au moyen de citernes, ainsi que l’entretien régulier des infrastructures routières) », peut-on lire dans ce document. Faut croire qu’aujourd’hui, ceci n’est plus d’actualités !

Notons que la Socapalm est une société agro-industrielle opérant au Cameroun. C’est la plus grande entreprise de production d’huile de palme du pays, gérant des plantations sur quelque 78.529 hectares à Mbongo, Dibombari, Mbambou, Edéa, Kienke et Eséka, 32.500 hectares directement exploité et 18.265 hectares indirectement exploité via des plantations familiales. Le groupe Socapalm enregistre environ 3.200 salariés, 2.338 planteurs sous-traitants qui auraient eux-mêmes 3.000 ouvriers agricoles. Au total, près de 30.000 personnes seraient dépendantes de Socaplam.
Original source: Financier d'Afrique
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