Oliveraie en Catalogne. (Crédit photo: Birding In Spain, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)Epoch Times | 01 avril 2026Crédits carbone agricoles : « L’Espagne a deux ans pour empêcher Wall Street de s’approprier le carbone de ses terres agricoles »
Dans un entretien exclusif accordé à Epoch Times Espagne, Manuel Linares, responsable du bureau de la COAG à Bruxelles et coauteur du rapport « L’agriculture carbone en Espagne », détaille les risques réels et les 19 mesures urgentes à prendre pour protéger les agriculteurs professionnels.
Miguel Diaz
L’Espagne dispose d’à peine deux ans pour réglementer le nouveau marché des crédits carbone agricoles avant que de grands fonds d’investissement internationaux n’en prennent le contrôle. C’est l’avertissement clair émanant d’un rapport du Coordinateur des organisations d’agriculteurs et d’éleveurs (COAG). Le document en question a été présenté le 17 mars et s’intitule « Agriculture carbone en Espagne : opportunités, risques et propositions d’un point de vue professionnel et social ».
L’élément déclencheur des travaux de l’entité agricole a été le règlement (UE) 2024/3012, approuvé en novembre 2024 et entré en vigueur un mois plus tard.
L’Espagne dispose d’à peine deux ans pour réglementer le nouveau marché des crédits carbone agricoles avant que de grands fonds d’investissement internationaux n’en prennent le contrôle. C’est l’avertissement clair émanant d’un rapport du Coordinateur des organisations d’agriculteurs et d’éleveurs (COAG). Le document en question a été présenté le 17 mars et s’intitule « Agriculture carbone en Espagne : opportunités, risques et propositions d’un point de vue professionnel et social ».
L’élément déclencheur des travaux de l’entité agricole a été le règlement (UE) 2024/3012, approuvé en novembre 2024 et entré en vigueur un mois plus tard.
Il s’agit d’un cadre de certification volontaire de séquestration du carbone — connu sous le nom de CRCF — qui ouvre pour la première fois un marché européen permettant aux sols agricoles de générer des crédits vendables.
Bruxelles a jusqu’à l’été 2026 pour approuver des méthodologies spécifiques d’agriculture du carbone. L’Espagne, quant à elle, doit transposer et compléter sa propre réglementation nationale.
En publiant le rapport sur son site web, le COAG souligne que « l’Espagne a deux ans pour empêcher Wall Street de s’emparer du carbone présent dans ses champs ».
« Un travail accompli par les agriculteurs et éleveurs depuis des décennies sans être payés »
« Le COAG n’est pas opposé aux marchés du carbone. Au contraire : nous pensons qu’ils représentent une réelle opportunité pour les agriculteurs et les éleveurs d’être rémunérés pour un travail qu’ils accomplissent depuis des décennies sans être payés (séquestration du carbone, maintien de la biodiversité, protection des sols). Le problème n’est pas l’instrument en lui-même, mais qui le contrôle», explique Manuel Linares , co-auteur de l’étude et directeur du bureau bruxellois du COAG, dans un entretien avec l’édition espagnole d’Epoch Times.
Selon les chiffres du GIEC — cités dans le rapport du COAG —, les sols agricoles mondiaux stockent entre 1500 et 2400 gigatonnes de carbone organique, soit plus que l’atmosphère terrestre entière.
En Espagne, les écosystèmes méditerranéens — oliveraies, vignobles, dehesas — présentent un fort potentiel de séquestration supplémentaire si les pratiques existantes, telles que la couverture végétale ou l’intégration de la taille, sont maintenues ou améliorées.
Les contrats conçus par les acheteurs et non les agriculteurs
M. Linares avertit toutefois que le vide réglementaire actuel permet aux acheteurs, et non aux agriculteurs, de concevoir les contrats. « Les acheteurs sont, dans de nombreux cas, des fonds d’investissement à la recherche d’actifs à bas coût pour compenser les émissions d’autres secteurs », souligne-t-il.
« Le modèle qui s’installe par défaut est le modèle anglo‑saxon : l’agriculteur renonce à ses droits sur le carbone de son sol en échange d’un paiement unique, généralement faible, et perd tout pouvoir de décision sur ses propres terres pendant des décennies », explique‑t‑il.
Pourquoi le risque est-il particulièrement élevé en Espagne ?
Manuel Linares cite trois raisons spécifiques : la structure agricole très fragmentée (des millions de petites exploitations ayant peu de pouvoir de négociation), la pression économique sur les exploitations familiales et le vide réglementaire qui ne fixe pas de prix minimum ni n’assure de transparence.
Par conséquent, le responsable agricole prévient que si aucune mesure n’est prise avant 2027‑2028, le marché se consolidera sous des règles imposées par des opérateurs privés : « Les contrats auront été signés, les opérateurs auront accaparé la majeure partie du territoire à potentiel, et toute réglementation ultérieure arrivera trop tard. »
Les quatre mesures prioritaires du COAG
Le rapport du COAG formule 19 propositions organisées en six domaines clés. Manuel Linares en souligne quatre comme prioritaires et essentielles :
• Premièrement, la création d’un registre officiel des crédits carbone agricoles avec validation publique.
« Sans traçabilité indépendante, tout marché est opaque. Nous devons savoir qui émet, qui achète et à quel prix, grâce à une vérification technique indépendante et auditable. »
• Deuxièmement, établir un prix de référence minimum pour le crédit.
« Non pas un prix fixe, mais un prix plancher en dessous duquel aucun contrat ne peut être signé. Autrement, la concurrence à la baisse entre les agriculteurs en quête de liquidités dévalue l’ensemble du marché et ne profite qu’à l’acheteur. »
« Non pas un prix fixe, mais un prix plancher en dessous duquel aucun contrat ne peut être signé. Autrement, la concurrence à la baisse entre les agriculteurs en quête de liquidités dévalue l’ensemble du marché et ne profite qu’à l’acheteur. »
• Troisièmement, la promotion de formules de marketing collectif par le biais de coopératives.
« Un oléiculteur possédant trois hectares ne peut pas négocier à armes égales avec un fonds d’investissement. Dix mille oléiculteurs regroupés, en revanche, le peuvent », explique‑t‑il.
« Un oléiculteur possédant trois hectares ne peut pas négocier à armes égales avec un fonds d’investissement. Dix mille oléiculteurs regroupés, en revanche, le peuvent », explique‑t‑il.
• Quatrièmement, la reconnaissance explicite des agriculteurs et éleveurs professionnels comme bénéficiaires prioritaires des crédits générés par leurs exploitations. Linares affirme que « cela paraît évident, mais ce n’est inscrit dans aucune loi espagnole ».
« Tant que ce n’est pas le cas, il y a un vide que les intermédiaires exploitent », souligne‑t‑il.
Combien un agriculteur peut-il gagner ?
Qu’est-ce qui changerait pour l’agriculteur moyen si le gouvernement adoptait ces recommandations ? Manuel Linares fournit des exemples concrets.
Une oliveraie andalouse gérée selon les principes de la régénération naturelle peut séquestrer entre 1 et 3 tonnes d’équivalent CO₂ par hectare et par an. À des prix raisonnables, cela représenterait entre 30 et 90 euros par hectare et par an. Pour une exploitation familiale de 20 hectares, cela se traduirait par un revenu annuel supplémentaire de 600 à 1800 euros.
Dans le cas de l’élevage extensif en Castille, les systèmes de dehesa bien gérés présentent un potentiel encore plus grand en matière de carbone, de biodiversité et d’eau.
Les risques qui seraient évités sont clairs : des contrats de 20 ou 30 ans sans en comprendre les implications, le transfert de droits qui limite les décisions agronomiques et le véritable bénéfice qui finit par se retrouver entre les mains de l’intermédiaire.
M. Linares conclut par un message direct aux ministres espagnols de l’Agriculture et de la Transition écologique : « Vous disposez d’une opportunité qui se referme. Non pas dans des décennies, mais dans quelques mois. […] Nous vous demandons trois choses concrètes et réalisables : un registre national des crédits carbone agricoles avant la fin de la législature ; un prix de référence minimum qui protège les agriculteurs les moins enclins à négocier ; et la reconnaissance juridique explicite des agriculteurs professionnels et des éleveurs comme propriétaires du carbone produit par leurs terres. »
« Tant que ce n’est pas le cas, il y a un vide que les intermédiaires exploitent », souligne‑t‑il.
Combien un agriculteur peut-il gagner ?
Qu’est-ce qui changerait pour l’agriculteur moyen si le gouvernement adoptait ces recommandations ? Manuel Linares fournit des exemples concrets.
Une oliveraie andalouse gérée selon les principes de la régénération naturelle peut séquestrer entre 1 et 3 tonnes d’équivalent CO₂ par hectare et par an. À des prix raisonnables, cela représenterait entre 30 et 90 euros par hectare et par an. Pour une exploitation familiale de 20 hectares, cela se traduirait par un revenu annuel supplémentaire de 600 à 1800 euros.
Dans le cas de l’élevage extensif en Castille, les systèmes de dehesa bien gérés présentent un potentiel encore plus grand en matière de carbone, de biodiversité et d’eau.
Les risques qui seraient évités sont clairs : des contrats de 20 ou 30 ans sans en comprendre les implications, le transfert de droits qui limite les décisions agronomiques et le véritable bénéfice qui finit par se retrouver entre les mains de l’intermédiaire.
M. Linares conclut par un message direct aux ministres espagnols de l’Agriculture et de la Transition écologique : « Vous disposez d’une opportunité qui se referme. Non pas dans des décennies, mais dans quelques mois. […] Nous vous demandons trois choses concrètes et réalisables : un registre national des crédits carbone agricoles avant la fin de la législature ; un prix de référence minimum qui protège les agriculteurs les moins enclins à négocier ; et la reconnaissance juridique explicite des agriculteurs professionnels et des éleveurs comme propriétaires du carbone produit par leurs terres. »

