Une année d’espoir à la Socapalm?... Peut-être

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Trait d'Union Magazine Nº 3 | Janvier-Février-Mars 2017

Magazine trimestriel d’information et de liaison des Associations des Riverains des plantations SOCAPALM, des Syndicats des travailleurs et des Planteurs de palmier à huile.

EDITORIAL

Une année d’espoir à la Socapalm?... Peut-être

Par Théophile Samuel EBOBISSE
Rédacteur en Chef
 
Depuis des lustres, les populations riveraines des plantations de la SOCAPALM se battent seules, abandonnées qu’elles le sont par les pouvoirs publics, contre leur Tout Puissant voisin. Ce combat inégal entre David et Goliath se déroule sous le regard totalement indifférent de ceux qui, au nom de la République, ont participé à la privatisation de cette entreprise en apposant leur signature au bas de la Convention de cession de 90% des actions détenues par l’Etat dans le capital de la défunte SOCAPALM (celle à capitaux publics), du Bail emphytéotique consenti à la nouvelle SOCAPALM (celle de Bolloré et SOCFIN), et de l’Avenant n° 01 audit bail emphytéotique.
 
L’application des dispositions prévues dans ces trois documents, dont la pertinence est indéniable, n’est pas suivie et n’intéresse hélas personne. Et ce sont les pauvres populations riveraines qui en font les frais. Au moindre mouvement d’humeur, elles sont violemment réprimées par les forces de l’ordre requises par les autorités administratives locales.
 
Quant aux salariés de cette entreprise, ils n’ont aucun droit, surtout pas celui de réclamer la plus infime amélioration de leurs conditions de vie et de travail, au risque de se voir licenciés sans autre forme de procès et surtout sans la moindre indemnité. Que feraient-ils alors de leur nombreuse famille qu’ils ont l’obligation d’entretenir ? Il ne leur reste que le silence de la résignation.
 
Les sous-traitants quant à eux, ne devant l’existence de leur activité qu’au bon vouloir de l’omnipotente SOCAPALM, ils se retrouvent à être pires que leur employeur, c’est-à-dire des négriers plus vrais que nature. Entre des salaires au lance-pierres qu’ils offrent à leurs concitoyens accablés par la misère, des conditions de travail dignes de celles de l’époque coloniale de l’indigénat et une absence totale de protection et de sécurité sociales, le tableau ressemble à s’y méprendre au tableau Guernica de PICASSO.
 
Et tout ceci est un secret de Polichinelle. Tout le monde le sait, mais chacun se mure dans un silence assourdissant et affiche une indifférence totale et quasi inhumaine.
 
Lasses d’affronter seules et en ordre dispersé la Toute Puissante SOCAPALM, les populations riveraines se sont constituées en associations de défense de leurs droits, mutualisant ainsi leurs forces et leurs moyens. Celles-ci essayent, autant que faire se peut, de ‘’secouer le cocotier’’ mais sans grand résultat, se heurtant à chaque fois non seulement au mur de silence érigé par les autorités administratives locales souvent appelées à la rescousse, mais aussi et surtout au mépris souverain des dirigeants de la SOCAPALM.
 
De nombreuses ONG et autres organismes de plaidoyer et d’intermédiation se sont rangées aux côtés de ces laissés pour compte et ont porté le problème sur la place internationale, saisissant la plus haute instance de l’entreprise, à savoir son Conseil d’Administration. Mais les réactions sont encore très lentes, ces ‘’investisseurs’’ étant plus près de leur portefeuille que de leur cœur, plus attachés à leurs dividendes et à leur confort qu’à leur humanité. Ce sont pourtant des chrétiens qui vont tous les dimanches à la messe et qui ont lu et relu la recommandation du Christ selon laquelle Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
 
Cependant, au plus profond de cette nuit barbare et négrière, quelques très faibles lueurs tentent péniblement de fendre l’obscurité et d’annoncer la prochaine levée du jour. Malheureusement, la longue accoutumance à une SOCAPALM inhumaine fait hésiter les populations riveraines et les syndicats des employés à croire à l’apparition prochaine de l’aube.
 
Ces très faibles lueurs, ce sont quelques très insignifiants frémissements qui semblent signaler d’un changement de mentalité au sein de l’ogre SOCAPALM. Le loup serait-il devenu un agneau ? Rien n’est moins sûr, mais nous voulons y croire.
 
Nous voulons y croire parce que lorsqu’une plantation aussi fermée que la SOCAPALM Kienké prend sur elle de séparer désormais les ouvriers de leurs outils de travail très tranchants lors du transport vers les postes de travail, nous nous en étonnons, nous apprécions, mais nous ‘’plions le petit doigt’’. Lorsque le PCA de la SOCAPALM, un ‘’compatriote’’, après avoir donné de nombreux faux rendez-vous aux riverains, après les avoir traités de ‘’hordes de pillards’’, daigne se rabaisser à vouloir ouvrir le dialogue, nous en sommes vraiment surpris, nous apprécions, mais nous ‘’ plions le petit doigt’’. Lorsque le tout puissant Directeur Général de la SOCAPALM mandate expressément et donne les pleins pouvoirs pour négocier à un de ses Avocats pour venir rencontrer les riverains de la plantation d’Edéa, nous nous interrogeons vraiment, nous apprécions, mais nous ‘’plions le petit doigt’’. Lorsque ce même tout puissant Directeur Général de la SOCAPALM, entouré de tout son staff, daigne descendre de sa tour d’ivoire pour venir re ontrer les ‘’insignifiants’’ villageois de Nkapa puis de Mbongo, nous nous en étonnons sérieusement, nous nous interrogeons profondément et nous apprécions, mais nous ‘’ plions le petit doigt’’. Lorsqu’enfin ce même Directeur Général de la SOCAPALM, qui depuis sa prise de fonction a méprisé les syndicalistes et a souverainement ignoré toutes leurs correspondances et surtout leurs demandes de rencontre, s’abaisse à leur écrire pour leur proposer une collaboration plus étroite et plus franche, nous nous interrogeons très sérieusement mais nous apprécions tout en ‘’pliant le petit doigt’’.
 
Que veut montrer aujourd’hui la SOCAPALM aux yeux du monde ? Les Groupes BOLLORE et SOCFIN sont-ils enfin si repus de leurs bénéfices exorbitants qu’ils sont aujourd’hui prêts à s’asseoir, même par leurs avocats interposées, autour d’une table pour discuter avec les riverains et les syndicats ? Que signifie véritablement ces signaux envoyés aux riverains et aux syndicats ?
 
Les riverains et les syndicats des employés veulent les interpréter comme des signaux de détente, d’ouverture et de volonté de développer aujourd’hui un meilleur vivre ensemble. Ils veulent considérer ces signaux comme le résultat positif de leurs incessantes plaintes et sont disposés à prendre la main tendue. Cependant, cette main tendue doit encore prouver sa sincérité, sa bonne volonté et surtout sa disponibilité à écouter et à proposer des solutions viables aux problèmes posés. Cette main tendue, qui hier était un coup de poing et qui aujourd’hui se présente comme une paume ouverte tournée vers le ciel, doit vraiment donner d’autres signaux plus forts, plus clairs, et plus lisibles pour être acceptée avec confiance, le passé récent ne militant pas pour une embrassade aveugle qui risquerait de se conclure par une grosse déception, des pleurs et des regrets.
 
Si aujourd’hui la SOCAPALM est disposée à devenir une entreprise citoyenne et à visage humain, à vouloir développer un meilleur vivre ensemble avec ses riverains et les syndicats de ses employés, alors ce ne seront ni les riverains ni les syndicats qui y feront obstacle, ceci ayant toujours été leur souhait le plus profond. Peut-être alors demain sera-t-il un autre jour ? Peut-être 2017 sera-t-elle l’année de l’espoir ? La balle est dans le camp de la SOCAPALM.

Télécharger le numero complet (PDF 5.2MO)

SOMMAIRE
Editorial
Exhortation du Directeur de Publication
TRAiT D’UNiON iNSiDE
- Regard curieux sur la cuisine interne de TRAIT D’UNION Magazine
- Comité éditorial de TRAIT D’UNION Magazine : A l’heure du 1er bilan
DOSSiER
- Des riverains exacerbés par le laxisme de la SOCAPALM et expriment leur ras le bol
SUiVi DES CONTENTiEUX
- Affaire de l’emploi des enfants mineurs à la SOCAPALM : Un riverain porte plainte contre Bolloré
- Affaire Dame DIMO : Les syndicalistes agissent le DG de la SOCAPALM réagit
FAiTS DiVERS
- Le tracteur de la mort fait parler de lui à la SOCAPALM Edéa
- Un Directeur de la SOCAPALM décidé à licencier un délégué du personnel
- La SOCAPALM Kienké veut arracher les terrains aux populations
- La SYNAPARCAM Kienké n’est pas la bienvenue à la table des négociations
- Le DG de la Socapalm assigne la chaîne de télévision France 2 devant le TPI de Douala
ACTiViTES DES SYNDiCATS
- Vie syndicale à la SOCAPALM : Un combat pour la préservation des Droits des Travailleurs
GRAiN DE SEL
- Lettre ouverte à Hubert FABRI
DOCUMENT
- Politique de gestion responsable du Groupe SOCFIN
ACTiViTES DES ASSOCiATiONS
- Rencontre SYNAPARCAM/Chefs de village Kienké
- SYNAPARCAM section Dibombari, le combat pour la rétrocession des terres continue
- Droit à la terre : américains et riverains s’unissent contre BOLLORé et SOCFIN
ENTRETiEN AVEC...
- Sa Majesté Jean Blaise TSAGADIGUI, chef traditionnel du village Bilolo
GRAND ANGLE
- Les chefs traditionnels face au combat pour la restauration des droits des populations....
CHRONiQUES
- Grogne sociale à la SOCAPALM
- Main basse de la SAFACAM : L’ultime appel à la jeunesse riveraine consciente
- Sombres perspectives pour les populations de Dizangué
NOTES DE LECTURE
- BOLLORE et SOCFIN roulent les PCN dans la farine
- Acquisition des terres par la Socapalm : Activité légale ou illégale?
VUE DES MEDiAS
- Vincent BOLLORE, l’homme aux méthodes bellicistes
iN MEMORiAM
- Tragédie d’Eséka : Une catastrophe de plus pourquoi?
TRAiT D’UNiON HiT PARADE
- Top et Flop du trimestre

Original source: Palmespoir
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