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Huile de palme : la certification des plantations de la Socapalm vivement contestée

Les plantations de la Socapalm indexées comme des lieux d'abus sexuels par les ONG. Photo de Yannick KENNE
Ecomatin | 19 septembre 2022

Huile de palme : la certification des plantations de la Socapalm vivement contestée

La RSPO a reconnu les infractions commises par Socapalm dans le cadre de ses activités, à la suite des dénonciations faites par des médias étrangers en 2020 et en 2021, mais lui a tout de même délivré des certifications pour nombre de ses plantations, au grand dam des Ong nationales et internationales qui exigent leur annulation.

La Société camerounaise de palmeraies (Socapalm) peine à se départir de l’épine des organisations non-gouvernementales qui scrutent au quotidien ses activités d’exploitation des palmeraies en Afrique pour la production de l’huile de palme. Ces dernières années, la société est accusée de pratiques esclavagistes à l’encontre de ses travailleurs, d’accaparement des terres, de pollution ou encore de harcèlement sexuel, selon des enquêtes publiées dans les médias étrangers en  juillet 2020 et en janvier 2021. Des infractions qui sont dénoncées par des ONG locales et internationales au nom des communautés, à l’instar de Milieudefensie (Hollande), de Sherpa (France), Centre pour l’Environnement et le Développement (Cameroun), Fian Belgium (Belgique)…, qui ont œuvré en vain pour faire obstruction à la certification RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil, en français : Table ronde sur l’huile de palme durable) des plantations du Groupe Socfin –dont la Socapalm est l’une des entités-, au Cameroun, en Sierra Léone, au Nigeria et en Côte d’Ivoire où le groupe opère.

Dans le cas du Cameroun, la Table ronde sur l’huile de palme durable a mandaté l’auditeur allemand Assurance Services International (ASI) pour mener des audits dans les plantations de la Socapalm, afin de procéder à la vérification des accusations dont certaines remontent jusqu’en 2013. Elle a donc passé en revue les plantations situées dans les localités de Dibombari, Mbongo, Mbambou, Eséka, Edéa et Kienké. « Les auditeurs ont fait des recherches appropriées sur le terrain et ont constaté qu’il y avait un empiètement sur les terres des gens et un conflit existant. Ils ont trouvé des problèmes graves pour lesquels une entreprise n’obtiendrait normalement pas de certificat », a confié Danielle van Oijen, de l’Ong Milieudefensie, au site d’informations américain Mongabay, qui œuvre pour la préservation de la biodiversité.

Certification controversée

Dans un article publié le 22 juin dernier sur son site internet, le secrétariat de la RSPO a reconnu en partie les griefs reprochés à la Socapalm, et a prescrit des « mesures correctives et d’atténuation pour chaque violation, et de soumettre un rapport d’avancement trimestriel à la subdivision de la conformité de la RSPO sur les mesures prises. La Subdivision Conformité suivra la mise en œuvre des activités pendant une période de six mois (juin – décembre 2022) », peut-on y lire. S’en suivra une lettre adressée le 15 juillet dernier à la compagnie Socfin, avec les détails sur les actions correctives à mener, ayant préalablement procédé à la certification des plantations entre décembre 2021 et avril 2022.

Ce qui a suscité une levée de boucliers de la part des ONG sus-évoquées, qui ont co-signé un communiqué le 26 août dernier, pour protester contre la certification des plantations de la Socapalm, en exigeant son annulation. « Les plantations de Socapalm ne devraient pas être certifiées car l’entreprise ne répond pas aux normes RSPO », déplorent-elles dans la lettre. Elles exigent en outre que les rapports d’avancement trimestriels de la Socfin pour la « RSPO Compliance SubDivision », soient rendus publics et transmis aux communautés affectées et à la société civile pour vérification ; que l’ensemble des preuves envoyées aux organismes de certification par la société civile, soient vérifiées de manière indépendante, entre autres.

Socapalm se prévaut de sa conformité aux exigences de la RSPO

Dans la lettre de dénonciation des ONG relative à la certification des plantations de la Socapalm, celles-ci affirment que la célèbre société de production d’huile de palme camerounaise a interféré dans la mission de vérification de l’auditeur Assurance Services International mandaté par la RSPO, remettant en doute l’indépendance et la crédibilité du rapport produit par ce dernier. La Socapalm rejette en bloc ces accusations, arguant qu’elle s’est conformée aux exigences de la RSPO dont elle est membre dans le cadre de cette mission, laquelle a d’ailleurs conduit à la certification de ses plantations. « Les auditeurs ont mené leur mission sur tous nos sites certifiés sans parti pris et de manière impartiale et indépendante. Socapalm applique scrupuleusement les recommandations de l’organisme certificateur pour s’assurer de produire une huile de palme durable et de respecter les exigences élevées du référentiel RSPO », a-t-elle réagi dans un communiqué publié sur son site le 12 septembre dernier.

Au sujet des allégations de harcèlement sexuel dans ses plantations, la Socité camerounaise de palmeraies, précise qu’elle applique une approche de tolérance zéro sur le harcèlement et les violences faites aux femmes. « Nous avons ainsi développé une politique stricte de prévention du harcèlement sexuel et des autres formes de harcèlement et de violence au travail. Elle s’applique à tous les salariés directs et indirects de la Socapalm : nos propres effectifs, les sous-traitants et leurs équipes, les intérimaires, les personnels de sécurité », soutient-elle.

Concernant, la violation des normes environnementales, la Socapalm assure qu’elle est très respectueuse de l’environnement, et qu’elle détient le record de la toute première plantation de palmiers à huile certifiée en Afrique centrale, en l’occurrence la certification ISO 14001 pour son système de management environnemental. Elle conclut dans son communiqué qu’elle « s’engage à développer une agriculture tropicale responsable ».

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