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Des communautés locales du Sénégal exigent la restitution de leurs terres acquises par une société américaine

Collectif pour la Défense des terres du Ndiaël, Oakland Institute et GRAIN | 16 juin 2022

Des communautés locales du Sénégal exigent la restitution de leurs terres acquises par une société américaine

  • Le 31 mars 2022, la société américaine African Agriculture Inc. (AAGR) a déposé une demande d’introduction en bourse pour financer un projet agroalimentaire à grande échelle dans la région de Saint-Louis du Sénégal.

  • AAGR a acquis la concession détenue auparavant par Senhuile, une entreprise italienne qui a pris le contrôle des terres il y a une dizaine d’années sans le consentement des communautés qui ont depuis été privées de ces terres essentielles à leurs moyens de subsistance.

  • Le 30 mai 2022, le Collectif pour la défense du Ndiaël, qui représente 37 villages concernés, a adressé une lettre au président-directeur général d’AAGR Alan Kessler exigeant la restitution immédiate de leurs terres ainsi qu’une réparation et une indemnisation adéquates pour le préjudice et la perte économique imposées aux communautés.

Oakland / Dakar / Paris – Alors que la holding américaine African Agriculture Inc. (AAGR) a déposé une demande d’introduction en bourse pour financer un projet agroalimentaire de grande envergure dans la région nord de Saint-Louis du Sénégal, les communautés locales exigent que l’entreprise leur restitue leurs terres volées il y a plus de dix ans.

En 2012, L’entreprise Senhuile a obtenue 20 000 hectares de terres pour une période de 50 ans suite à un déclassement de la zone périphérique de la réserve naturelle d’avifaune du Ndiael Dans les années qui ont suivi, les communautés qui vivent dans le Ndiaël depuis des générations se sont opposées au projet et ont milité pour la restitution de leurs terres légitimes. L’Oakland Institute et GRAIN ont documenté en détail l’impact du projet.

La concession de 20 000 hectares a eu un impact dévastateur sur notre peuple. Elle a été accordée contre la volonté et sans le consentement de nos communautés, qui utilisent ces terres depuis des générations pour le bois, la nourriture, les plantes médicinales et surtout pour le pâturage, étant donné que nous sommes des agro-pasteurs dont les moyens de subsistance dépendent du bétail », déclare Elhadji Samba Sow au nom du Collectif pour la Défense du Ndiaël, représentant 37 communes et plus de 10 000 personnes. Le projet de Senhuile a en outre bloqué le passage par les itinéraires traditionnels entre les villages et les points d’eau, tandis que les canaux d’irrigation ont causé la mort d’au moins trois enfants par noyade.

Le 30 mai 2022, le Collectif pour la défense du Ndiaël a adressé une lettre au président-directeur général d’AAGR Alan Kessler, exigeant la restitution immédiate de leurs terres ainsi qu’une réparation et une indemnisation adéquates pour le préjudice et la perte économique imposées aux communautés par dix années d’occupation de leurs terres par le projet. Dans sa réponse à la lettre, M. Kessler a ignoré les demandes des communautés et a plutôt souligné un certain nombre d'actions de son entreprise en leur faveur, notamment des contributions pour la célébration des fêtes du Ramadan et de l'Aïd et du fourrage a quelques éleveurs.

En 2018, AAGR a acheté la concession de Senhuile, désormais rebaptisée Les Fermes de la Teranga (LFT), à ses propriétaires italiens pour 7,9 millions de dollars. LFT prévoit de mettre en place une entreprise agricole commerciale sur la concession, qui se concentrera initialement sur la production et la vente de luzerne pour l’alimentation du bétail au Sénégal et pour l’exportation. AAGR a déposé un prospectus d’introduction en bourse en mars 2022 et cherche à lever 40 millions de dollars pour mener ses activités.

AAGR vante sa proximité avec le lac de Guiers et met l’accent sur « l’avantage concurrentiel » que représente le faible coût de l’eau pour ses activités, qui nécessiteront « l’utilisation de grands volumes d’eau ». Un fait essentiel a été omis dans son prospectus : le lac de Guiers est le seul réservoir d’eau du bassin inférieur du fleuve Sénégal et il fournit une proportion importante de l’eau à plusieurs villes – dont 65 % de l’eau consommée à Dakar – et aux communautés rurales du Ndiaël pendant la longue saison sèche.

Dans les documents d’introduction en bourse, AAGR ne fait aucune mention de l’opposition des communautés au projet et de leur lutte de plus de 10 ans pour obtenir la restitution de leurs terres », explique le directeur des politiques de l’institut Oakland, Frédéric Mousseau. « Il est essentiel que la SEC et les investisseurs potentiels soient informés du fait que le projet est établi sur des terres arrachées aux communautés locales », conclut-il.

Ce projet, qui a vraiment commencé dès 2009 à Fanaye, a été marqué par de nombreuses polémiques », souligne Renée Vellvé de GRAIN. « Des gens ont été tués, leurs moyens de subsistance ont été bouleversés, des responsables de l’entreprise sont allés en prison et l’exploitation n’a eu aucune production significative. Ce cycle sans fin d’injustices doit prendre fin. »

Le magnat roumain des mines et de l’énergie Frank Timis détient 80 % d’AAGR, tandis que l’investisseur sénégalais Gora Seck en possède 9 %. F. Timis est un personnage controversé en raison de son implication dans plusieurs projets, dont un scandale de corruption de haut niveau concernant un contrat pétrolier au Sénégal dans lequel le frère du président de la république du Sénégal était cité.

Dans ses documents d’introduction en bourse, AAGR déclare qu’elle prévoit de finaliser un accord avec le centre agronomique (AgCenter) de l’Université d’État de Louisiane « pour former, développer et transférer des compétences pédagogiques aux communautés locales » en Afrique. AAGR indique également qu’elle envisage un projet de plantation d’arbres visant à générer des crédits carbone au Niger, affirmant avoir conclu des accords avec les autorités locales d’Ingall et d’Aderbissinatt pour la location de plus de 2,2 millions d’hectares de terres.

Pour nos communautés, il s’agit clairement d’un accaparement des terres qui se poursuit », conclut Samba Sow. « Alan Kessler et sa société sont informés de notre demande de restitution de nos terres, mais ils ont choisi d’occulter nos vies et notre résistance. Mais on ne nous réduira pas au silence », conclut-il.

Contacts médias :
- Frédéric Mousseau, The Oakland Institute, [email protected], +1 510 512 5458
- Elhadji Samba Sow "Ardo", Collectif pour la Défense des Terres du Ndiaël, [email protected], +221 776 286 798
- Renée Vellvé, GRAIN, [email protected], +33675073468

Notes aux rédacteurs :
Pour plus d’information, voir la fiche d’information sur African Agriculture Inc. et un graphique montrant la structure de l'entreprise et de ses projets.

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