« L'huile de palme est le sujet le plus controversé car le plus médiatisé, mais regardons le caoutchouc »

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(Jonathan Klein/AFP)
Les Echos | 13.09.2019

« L'huile de palme est le sujet le plus controversé car le plus médiatisé, mais regardons le caoutchouc »

Les investisseurs font désormais pression sur les entreprises du secteur des matières premières pour qu'elles s'engagent à produire ou à acheter de manière durable. Elles risquent gros à ne pas le faire, explique Peter van der Werf, qui gère un portefeuille de 189 milliards d'euros d'actifs chez Robeco.

Par Muryel Jacque

Face à la déforestation pour gagner des terres, ou la pollution par le plastique des océans, les entreprises doivent-elles repenser leur « business model » ?

Non, beaucoup d'éléments plaident pour que la plupart poursuivent leur modèle actuel. Mais il y a une foule d'impacts potentiellement négatifs dont nombre d'entreprises n'avaient pas vraiment pris conscience dans le passé. Qu'il s'agisse de l'impact de la déforestation dans leur chaîne d'approvisionnement ou des conditions de travail parfois - proche de l'esclavage, comme on l'a vu en Asie du sud-est dans le secteur de la pêche. Ces questions ont été longtemps négligées parce que les entreprises achetaient les matières premières sans savoir comment ni qui les produisaient.

Y a-t-il de réels progrès ?

Depuis quelques années, les entreprises auxquelles nous parlons ont investi d'un bout à l'autre de leur chaîne d'approvisionnement pour améliorer la transparence, la traçabilité, ou pour garantir les droits des travailleurs. Mais il reste des choses à faire, en particulier lorsque les chaînes sont longues. Là, il est compliqué d'avoir une bonne vision d'ensemble pour savoir ce qu'il se passe. Les entreprises doivent aussi apprendre à faire un choix délibéré entre le « spot trading » et des contrats à plus long terme - qui offrent une plus grande visibilité sur la manière dont une chaîne d'approvisionnement fonctionne.

Et les négociants de matières premières ?

Depuis 2014, nous avons également vu des changements importants opérés par les grands traders, comme les « ABCD » (pour ADM, Bunge, Cargill et Louis Dreyfus). Pendant longtemps, personne ne les connaissait et ils opéraient discrètement. Mais les nombreuses enquêtes qui ont été faites, par les ONG entre autres, ont changé la donne. Les négociants sont devenus plus conscients de l'impact significatif qu'ils avaient sur le changement climatique notamment. Ils ont mis en place des politiques sur les droits humains, sur la lutte contre la déforestation, etc. Aujourd'hui, ils regardent de près leurs sources d'approvisionnement.

Il reste laborieux d'avoir une vision globale dans l'huile de palme…

L'huile de palme est le sujet le plus controversé, et le plus médiatisé. C'est aussi pour cela que nous encourageons les entreprises à adopter les nouvelles technologies, comme les images satellite pour surveiller les plantations et mesurer la déforestation. Evidemment, on ne peut pas mesurer les efforts du côté social aussi aisément. En tant qu'investisseurs, nous avons suggéré aux entreprises du secteur de l'huile de palme de travailler avec les ONG plutôt que de les combattre, et nous les poussons vers une certification de l'huile de palme, avec un objectif de 50 % d'ici à 2021. Nous avons d'ailleurs désinvesti dans neuf sociétés qui ne répondaient pas à nos attentes.

Y a-t-il des secteurs où tout ou presque reste à faire ?

Dans le caoutchouc naturel, les choses n'ont commencé à bouger que très récemment. Même s'il existe quelques grandes plantations, le caoutchouc est majoritairement produit par des petits planteurs en Asie du sud-est. La plate-forme mondiale pour un caoutchouc naturel durable n'a été lancée que cette année… quinze ans après celle pour l'huile de palme. Comme dans les plantations de palme, la production de caoutchouc engendre une déforestation importante et de gros problèmes de droits du travail, et il reste beaucoup à faire sur ces questions.

Pourquoi tant de retard ?

C'est une question de visibilité. Dernièrement, les feux en Amazonie ont remis en lumière la déforestation liée notamment à la culture du soja, par exemple. La durabilité doit être un élément fondamental, mais parfois ce n'est pas assez pour que les entreprises agissent. Il faut aussi que cela fasse l'objet de l'attention des ONG et que les investisseurs interviennent, mais également que les médias s'y intéressent, comme d'autres qui vont mettre ces sujets en exergue.

Muryel Jacque
Original source: Les Echos
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