Le groupe chinois qui avait acheté près de 3000 hectares en France a fait faillite

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En tournée. L'investisseur chinois Keqin Hu dans la campagne française à la recherche de terres agricoles à acheter (Photo : La Stampa)
AFP | 25 juin 2019

Le groupe chinois qui avait acheté près de 3000 hectares en France a fait faillite

Le conglomérat chinois Reward, avec à sa tête le milliardaire Hu Keqin, avait réalisé plusieurs investissements, notamment dans des terres agricoles dans l’Indre et l’Allier. Il a été déclaré en faillite le 13 mai dernier, selon le registre chinois des faillites.

L’appétit des investisseurs chinois pour l’économie française n’est un secret pour personne. Rare sont les secteurs d’activité qui y échappent: hôtellerie, transports, aéroport, luxe… Entre 2000 et 2018, les investissements directs chinois en France ont atteint 14,3 milliards d’euros, selon les données du cabinet américain Rhodium Group. L’agriculture ne fait pas exception: il y a cinq ans, le milliardaire Hu Keqin, à la tête du conglomérat chinois Reward, avait acquis sans difficulté 1700 hectares de terres agricoles dans l’Indre, puis 900 hectares dans l’Allier trois ans plus tard, soit la quasi-totalité des exploitations. Soucieux de fournir la classe moyenne chinoise en baguettes de pain faites à partie de farine «made in France», Hu Keqin prévoyait d’ouvrir en chine 1500 boulangeries haut de gamme en cinq ans, approvisionnées essentiellement en farine française.

Mais l’investissement chinois n’est pas toujours gage de stabilité et l’ambition affichée a rapidement laissé place à des déboires financiers. La société, spécialisée à l’origine dans le lait maternisé et les produits d’entretien, a été mise en faillite le 13 mai dernier, selon un avis publié en ligne le 2 juin sur le registre chinois des faillites. Les trois boutiques «Chez Blandine», qui avaient ouvert leurs portes à Pékin, ont toutes été fermées, d’après Dianping.com, principal site de référencement des commerces et services en Chine.

En janvier, l’agence de notation financière Fitch avait tiré la sonnette d’alarme, expliquant que Reward avait été dans l’incapacité de s’acquitter d’une dette de 300 millions de yuans, soit 38 millions d’euros début décembre, alors qu’il assurait disposer fin septembre de 4,15 milliards de yuans en numéraire, l’équivalent de 530 millions d’euros. Fitch déplorait au passage l’opacité entourant les comptes des firmes chinoises, la non-publication d’informations «pertinentes» et des audits notoirement incomplets.

Que deviennent les actifs du conglomérat chinois en France?

Dans les fermes françaises de Hu Keqin, l’activité suit son cours. Dans l’Allier, rien n’a changé, le travail dans les champs est toujours effectué par les anciens employés, selon la mairie de Thiel-sur-Acolin. Le groupe Reward n’a pas pu être joint par l’AFP.

Mais les terres agricoles n’étaient pas les seuls actifs du groupe en France. Dans la Drôme, les actionnaires historiques du producteur de Lavande et fabricant de savons Le Châtelard 1802 - détenu à 77,33% par le groupe chinois - ont claqué la porte en septembre dernier: «rien de ce qui avait été évoqué à l’époque en matière d’investissements dans l’outil de production, le développement de la gamme ou bien encore l’ouverture de nouvelles boutiques n’a été réalisé», expliquaient alors les frères Montaud dans la presse locale. En avril, dans le quotidien régional Le Dauphiné Libéré, la nouvelle direction assurait néanmoins tenir le cap: «outre le fait de continuer à développer l’export et le grand export, nous commençons à distribuer nos produits dans les canaux du groupe en Chine».

Cette série d’épisodes met en évidence l’absence de contrôle des investissements étrangers sur les terres agricoles françaises. «On ne peut pas laisser des centaines d’hectares être rachetés par des puissances étrangères sans qu’on sache la finalité de ces rachats», avait déclaré Emmanuel Macron en février. Pour y pallier, l’État français a promis des «verrous réglementaires» pour éviter que des terres stratégiques ne passent aux mains de puissances étrangères. Mais le secteur attend toujours une loi foncière qui les mettra en place.
Original source: AFP
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