Huile de palme : front social orageux pour Olam au Gabon

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Palmeraie Olam de Mouila, juillet 2018. (Photo : Jacques Torregano pour Jeune Afrique)

Jeune Afrique | 02 novembre 2018

Huile de palme : front social orageux pour Olam au Gabon

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Un conflit social sur la principale plantation gabonaise de palmiers à huile du géant singapourien a pris ces derniers jours une tournure violente. Plusieurs salariés ont été interpellés.

Depuis plusieurs semaines, environ un millier d’ouvriers agricoles gabonais sont en grève sur la principale plantation de palmiers à huile d’Olam Palm Gabon (OPG) à Mouila, dans la province de La Ngounié, au sud du pays. Les grévistes représentent environ un sixième des 6 084 salariés de cette filiale gabonaise du groupe singapourien.

Dans un courrier adressé au DRH d’OPG et daté du 24 septembre, les représentants du personnel recensaient une longue liste de revendications : augmentation de leur prime de logement, régularisation auprès de la caisse nationale de sécurité sociale… Et adressaient un préavis de grève pour le 1er octobre.

« Les ouvriers agricoles réclament des meilleures conditions de travail notamment une augmentation des salaires, des équipements de protection individuelle, le départ de certains responsables gabonais, l’arrêt du recrutement des expatriés malaisiens et indonésiens », écrit Ladislas Désiré Ndembet, le président de l’ONG Muyissi environnement, active auprès des ouvriers agricoles d’OPG à Mouila.

Actes de vandalisme

Après quelques premières rencontres de négociation avec la direction des ressources humaines d’OPG début octobre, la tension est vivement montée ces derniers jours.

Le 15 octobre, un rassemblement entre délégués et ouvriers agricoles, encadré par les forces de l’ordre, déborde. « Sept employés sont en détention dans la prison centrale de Mouila et trois autres en garde-à-vue à la police judiciaire », décompte Ladislas Désiré Ndembet.

Le 27 octobre, dans une réponse adressée à l’ONG Mighty Earth, qui interrogeait Olam sur la nature des revendications des salariés et sur les raisons de l’arrestation de certains d’entre eux, Christopher Stewart, le directeur de la RSE de Olam International, écrit que « au cours de cette grève, un groupe restreint de personnes comprenant des employés d’OPG mais aussi des personnes extérieures à l’entreprise, s’est introduit dans la plantation et a menacé nos employés. Des actes de vandalisme ont été perpétrés dans l’enceinte de l’usine, des bureaux et de la plantation. Afin de protéger nos employés et de sécuriser nos infrastructures de ce groupe affichant des comportements violents, OPG a demandé le soutien des forces de l’ordre », selon le texte de ce courriel consulté par Jeune Afrique.

Licenciements

C’est avec cette même ONG que, en février 2017, Olam s’était engagé à suspendre pendant un an le défrichement des forêts primaires du Gabon. Mighty Earth reprochait au développement des exploitations de palmiers à huile de contribuer au déboisement des forêts primaires gabonaises, l’une des principales réserves de biodiversité au monde. À ce jour, selon les chiffres d’Olam, 37 500 hectares de palmiers à huile ont été plantés au Gabon par OPG, principalement à Mouila

Selon l’entreprise, les salariés sont maintenus aux arrêts dans l’attente d’investigations supplémentaires. L’ONG Muyissi Environnement regrette, quant à elle, que plusieurs entretiens préalables à des licenciements aient été convoqués consécutivement à ces grèves, ce qu’elle perçoit comme des mesures de rétorsion.

Fer de lance de la diversification économique

Olam est présent au Gabon depuis 1999 où il est devenu le fer de lance d’une diversification économique tous azimuts, insufflée par l’État en réponse au fort ralentissement des recettes pétrolières dont il est tributaire.

Olam est ainsi actif dans l’hévéa, dans le développement de la zone économique spéciale de Nkok et d’un nouveau port à Owendo à la sortie de la capitale Libreville. Olam avait levé 228 millions de dollars en 2012 auprès de plusieurs institutions financières africaines pour mettre sur pied 50 000 hectares de palmiers à huile. Deux usines de transformation ont également été ouvertes : une en 2015 à Awal, près de Kango, à 60 km au sud-est de la capitale Libreville, et une deuxième en 2017 à Mouila.

Lancé en 1989 au Nigeria, dans le but d’exporter des noix de cajou vers l’Inde, Olam est aujourd’hui un géant international de l’agro-alimentaire domicilié à Singapour et actif dans 70 pays, dont 25 pays africains

Original source: Jeune Afrique
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