Salifou Diallo à propos de Bagrépôle : « On trompe le gouvernement sur les réalités du terrain»

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Les paysans que nous avons rencontrés nous ont dit : « Oui, on parle de pôle de croissance de Bagré, mais la croissance est à Ouagadougou »
Afrique Net | 8 mai 2017

SALIFOU DIALLO A PROPOS DE BAGREPOLE : « On trompe le gouvernement sur les réalités du terrain»

Le vendredi 5 mai dernier, le gouvernement devait répondre à une question orale de l’Assemblée nationale sur le pôle de croissance de Bagré. Le député Alexandre Sankara, auteur de la question, a demandé au gouvernement de faire un bilan exhaustif de Bagrépôle. Un rapport a été lu devant l’Assemblée nationale par un représentant du gouvernement, notamment du ministère de l’Economie, des finances et du développement. C’était une question orale sans débat, mais cela n’a pas empêché le président de l’Assemblée, Salifou Diallo, de dire ce qui lui tenait à cœur à propos de Bagrépôle. Lisez plutôt !

« C’est une question orale sans débat, mais c’est une question d’intérêt national. Je voudrais, à la suite du député Sankara qui a posé la question, inviter le gouvernement à envoyer une mission de contrôle à Bagré… Parce que le rapport qui nous a été lu, émane certainement de la direction -je ne dirai pas bureaucratique- de Bagrépole. Ce qui nous a été lu ici, pour emprunter le mot de l’honorable Sankara, est en déphasage avec la réalité. Pourquoi je dis cela ? Je prends à témoin le député Sorgho qui est ici avec moi ; nous avons fait un tour à Bagré et les problèmes qui sont posés à Bagré témoignent plutôt d’un déclin du projet d’aménagement de Bagré que d’une croissance, à telle enseigne que les paysans que nous avons rencontrés, nous ont dit : « Oui, on parle de pôle de croissance de Bagré, mais la croissance est à Ouagadougou ». J’ai retenu cette phrase. Toutes les infrastructures qui ont été construites à Bagré sont en train de prendre un coup sérieux. Nous avons parcouru la plaine ; il y a des hectares qui ont été aménagés à coûts de millions, voire de milliards de F CFA, qui sont à l’heure actuelle envahis par les hautes herbes. Ils n’ont pas été distribués aux paysans et sont inoccupés par les agro-businessmen. Le Centre éco-touristique est abandonné. La piscine est devenue,…je ne sais plus comment qualifier cela. Et les paysans, depuis le départ de l’équipe chinoise, se plaignent de l’inaccessibilité des intrants agricoles. Et mieux, le rendement à l’hectare, si la direction de Bagrépôle dit qu’il est en hausse, ce n’est pas le point de vue des paysans que nous avons croisés.

Donc, la stratégie des pôles de croissance est une très bonne stratégie du gouvernement, il faut le reconnaître, mais il faut sérieusement organiser et contrôler la mise en œuvre des pôles de croissance parce qu’il se pose même un problème institutionnel entre la création du pôle de croissance de Bagré et le moment où Bagré était sous la tutelle du ministère de l’Agriculture. Les paysans connaissaient les ingénieurs ; il y avait des activités, mais depuis que le pôle est créé, il est vraiment basé à Ouagadougou. On a laissé une petite équipe sur le terrain et les paysans ne se sentent plus encadrés. Donc, cette question interpelle vraiment le gouvernement. Si nous voulons faire de Bagré un exemple de pôle de croissance, je demande au gouvernement d’aller faire le contrôle et surtout de revoir les questions de mise en œuvre. Parce que Bagrépôle a été d’abord placé sous la tutelle du ministère des Finances ; ensuite les partenaires ont commencé à se plaindre, et on l’a envoyé au Premier ministère depuis 2012. Mais sur le terrain, côté activités, il y a de sérieux problèmes. Et je demande au gouvernement d’envoyer une équipe gouvernementale vérifier d’abord la réalité de ce qu’on lui met dans les rapports. Il y a une nécessité de se ressaisir pour faire de Bagré un véritable pôle de croissance. La stratégie et la vision du gouvernement sont bonnes, mais sur le terrain, la mise en œuvre pose des difficultés certaines. Je le dis parce qu’à l’hémicycle ce soir, s’est sûr que les paysans qui sont à Bagré nous suivent.

Si nous donnons un tableau idyllique sur cette question, nous sommes en déphasage avec les populations sur le terrain. C’est pourquoi je demande au gouvernement de prendre le taureau par les cornes, d’envoyer une mission et d’ausculter vraiment ce qui est sur le terrain et si possible même, revoir toute la direction de Bagrépôle pour en faire véritablement un instrument de développement. C’est pénible. Les députés du Centre-Est qui sont là, savent de quoi je parle. Il ne se passe pas un seul mois sans qu’ils ne soient interpelés par les populations de Bagré. Par conséquent, il y a beaucoup de problèmes sur ce périmètre. Donc, je voudrais demander au gouvernement, en tout cas, de contrôler la direction de Bagrépôle dans ses activités et dans les rapports qu’elle vous met en lecture pour que, réellement, Bagrépôle puisse constituer l’exemple de stratégie de développement intégré dans les différents pôles de croissance. C’est sûr, nous allons demander au gouvernement de revenir à l’Assemblée nationale avec un point beaucoup plus concret et des perspectives sur les autres pôles de croissance, à savoir le Sourou, Samendéni… parce que ces rapports, venus des bureaux, des directions, posent réellement un problème. On trompe le gouvernement sur les réalités du terrain et l’Assemblée nationale ne va pas se laisser embarquer dans ces appréciations, parce que nous côtoyons les populations. Nous savons ce qu’il y a comme réalités ».

Propos retranscrits par Michel NANA

Le Pays
Original source: NetAfrique
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