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L’Afrique face à l’accaparement de ses terres agricoles par des investisseurs étrangers

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(Source : Mediaprod/Flickr)

Orient Le Jour 30/05/2016

L’Afrique face à l’accaparement de ses terres agricoles par des investisseurs étrangers

L'Afrique doit absolument élaborer une gouvernance foncière pour éviter l'accaparement de terres par de grands groupes étrangers, qui génère pauvreté et conflits, ont affirmé à l'AFP à Abidjan divers experts en politique foncière régionale.

La cession massive de terres à des investisseurs nationaux ou étrangers a débuté au sud du Sahara après la crise alimentaire de 2008, explique Francis NGang, secrétaire général de l'Institut africain pour le développement économique et social (Inades).

Alors que l'Afrique est, selon la Banque mondiale, le continent au plus grand potentiel agricole inexploité, des millions d'hectares de terres ont ainsi été cédés, au détriment des populations locales, selon l'Inades, une institution panafricaine spécialisée dans les questions foncières.

En 2013, les dix plus importants acquéreurs de terres en Afrique étaient (en million d'hectares) : les Émirats arabes unis (1,9), l'Inde (1,8), le Royaume-Uni (1,5), les USA (1,4), l'Afrique du Sud (1,3), l'Italie (0,6), l'Allemagne (0,5), le Soudan (0,5), l'Éthiopie (0,4) et le Portugal (0,4).

Violences

Pour la seule Afrique de l'Ouest, 2,31 millions d'hectares ont été acquis entre 2000 et 2012 au Bénin, Burkina, Côte d'Ivoire, Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo, selon l'étude « Touche pas à ma terre, c'est ma vie » réalisée par l'Inades.

« C'est un phénomène qui a engendré beaucoup d'injustice et de violence contre les communautés paysannes », a expliqué à l'AFP le Malien Ibrahima Coulibaly, vice-président du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l'Afrique de l'Ouest (Roppa), lors d'une conférence de la FAO pour l'Afrique qui s'est tenue début avril à Abidjan.

Au Tchad, presque 60 % des espaces fertiles au bord des fleuves Chari et Logon, autour du lac Tchad et du lac Fitiri, sont désormais la propriété d'investisseurs qui ont chassé les agriculteurs et les éleveurs, selon Ahmat Adoum Djibrine, président de la Confédération nationale des organisations des éleveurs du Tchad.

L'absence de loi protégeant les occupants de fait ou traditionnels a parfois permis l'expropriation de communautés entières de leurs terres, déplore Wafa Essahli, consultante chargée du développement rural et de la gestion des ressources naturelles de la Communauté des États sahélo-sahariens.

Le véritable défi à relever est celui de la gouvernance des terres sur un continent où « peu de pays disposent d'une politique claire qui protège et sécurise ces espaces » ruraux, estime-t-elle.

Mais pour Ibrahima Coulibaly, la première chose à faire est « de reconnaître que les communautés ont des droits sur les terres qu'elles occupent depuis des générations. Il faut inscrire cela dans des lois qui sont votées par les Parlements ».

Evelyne AKA/AFP

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