Caravane ouest-africaine sur l'eau, la terre, les semences

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Il est important d’écouter ce que cette caravane a à nous dire.
Mediapart | 7 mars 2016

Caravane ouest-africaine sur l'eau, la terre, les semences

Par Catherine MORAND

L'Afrique de l'Ouest fait l'objet d'un véritable assaut de la part de multinationales, consortiums privés et autres "alliances" visant à accaparer les terres, et à faire main basse sur les ressources naturelles de ces pays. Du 3 au 20 mars 2016, une Caravane sillonne la région pour dénoncer ces pratiques, désastreuses pour l'agriculture familiale qui représente 70% de la population.

Du 3 au 20 mars 2016, une « Caravane pour la terre,l’eau et les semences » sillonne l’Afrique de l’Ouest, pour faire entendre la voix des paysans de toute la sous-région, mis à mal par des politiques agricoles qui privilégient l’agrobusiness, l’agriculture industrielle, au détriment des exploitations familiales. Ce sont pourtant ces dernières qui nourrissent les populations, et non pas les plantations kilométriques d’huile de palme, d’anacarde ou d’hévéa.

Cette caravane, qui regroupe des représentants des communautés paysannes de tous les pays de la CEDEAO, veut sensibiliser les population et attirer l’attention des autorités nationales et sous-régionales sur les dangers que représentent, pour des milliers de paysans, l’accaparement de leurs terres, de l’eau, ainsi que de leurs semences, par des consortiums, sociétés privées et autres « alliances » et multinationales, parties à l’assaut du continent africain, et qui font main basse sur ses ressources naturelles.

Le lancement de la caravane a eu lieu à la fin de la semaine dernière à Ouagadougou, avec la participation de représentants de plusieurs pays de la sous-région – Togo, Bénin, Niger, Nigeria - qui l’ont rejointe. Dans la capitale burkinabé, puis à Hounde et à Bobo-Dioulasso, des témoignages, des débats et des activités sont prévues, sur les OGM, les semences paysannes, l’agroécologie, ainsi que sur les lois très préoccupantes en train de se mettre en place au niveau de la sous-région. La caravane fera ensuite cap sur le Mali – Sikasso, Bamako, Kayes – pour arriver au Sénégal le 14 mars, à Tambacounda, puis à Dakar le 16 mars, avec remise, le 18 mars, du Livret Vert de la Convergence sur les droits à l’eau et à la terre aux autorités de la CEDEAO.

Ce Livret dresse un bilan de la situation actuelle, raconte l’accaparement des ressources naturelles dans toute l’Afrique de l’Ouest, au détriment du plus grand nombre, et au bénéfice de quelques-uns ; ainsi que les propositions des quelque 300 associations paysannes membres de la Convergence Globale des luttes pour la Terre et l’Eau – Afrique de l’Ouest, qui organise cette Caravane, en faveur de la souveraineté alimentaire, de l’agriculture familiale et de l’agroécologie paysanne.

Les participants à la caravane veulent tirer la sonnette d’alarme. Et demandent instamment aux responsables politiques de la CEDEAO et de l’UMOA d’adopter des législations sur le foncier, l’eau, les semences, qui aillent dans l’intérêt des populations, plutôt que dans celui des élites et des investisseurs. Sinon, craignent-ils, des milliers de paysans chassés de la terre de leurs ancêtres, seront privés de leurs moyens de subsistance. Et où iront-ils ?

Car la situation n’est pas celle qui prévalait en Europe, à l’époque de la révolution industrielle, lorsque les paysans européens avaient massivement quitté l’agriculture pour des emplois en ville. Rien de tel sur le continent africain. Tous ces paysans privés de leurs terres, de quoi vivront-ils ? Devront-ils se contenter, pour les plus chanceux, de salaires de misère, sur de grandes plantations ? Et de manger des aliments qui auront fait trois fois le tour de la planète avant d’arriver dans leur assiette ?

En l’espace de 10 ans, au Sénégal, 650'000 hectares de bonnes terres ont été octroyées à 17 privés nationaux et étrangers. Cela représente 16% des terres cultivables du pays. Le Livret Vert qui sera remis aux autorités attire aussi l’attention sur la nécessité de rendre la pratique de l’agriculture attractive pour les jeunes générations.

Et aussi sur la menace que représentent, pour les agricultures ouest-africaines, les semences industrielles et commerciales, favorisées par les lois nationales et sous-régionales. La grande diversité des variétés de semences adaptées aux systèmes agricoles et alimentaires, sélectionnées et entretenues depuis des millénaires par les communautés paysannes, est désormais battue en brèche.

Il est important d’écouter ce que cette caravane a à nous dire.
Original source: Mediapart
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