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Senhuile-Senethanol : Un procès pour l'avenir de la planète
Published: 25 Feb 2016
Posted in:  Italy | Senegal | Senhuile-Senethanol
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L'historique de cet investissement relève, dans les faits, d’une véritable saga politico-judiciaire
Radio Popolare | 25 février 2016 [IT]

(Traduit de l'italien par GRAIN)

Senhuile-Senethanol
Un procès pour l'avenir de la planète


de Lorenzo Bagnoli

Dakar – Il y cinq ans, l’ancien président du Sénégal, Abdoulaye Wade, annonçait que chacune des 321 communautés rurales du pays possédait un millier d'hectares de terrain pouvant être mis à disposition des investisseurs étrangers souhaitant faire affaire dans le secteur agricole, de la production de biocarburant à la culture de produits agricoles destinés au marché intérieur. Cette déclaration sonna le début d'une ruée vers la terre qui a permis à des étrangers de faire main basse sur plus de 50 pour cent du foncier sénégalais, par le biais de licences d'exploitation dont la durée peut atteindre 99 ans.

Il s'agissait bel et bien d’accaparement de terres, selon les conclusions d'ONG tant sénégalaises qu'étrangères.

Aujourd'hui, tout cela se résume à des miettes : à peine quelques dizaines de milliers d'hectares, tout au plus, à en croire les estimations. Peut-on parler de victoire pour les mouvements de la société civile qui se sont opposés à ces achats massifs de terrains ? Peut-être. Ou n'est-ce le fruit que de l'évolution naturelle d'une bulle spéculative ayant éclaté faute d'esprit d'entreprise chez ceux qui ont tenté l'aventure au fin fond de l'Afrique en espérant tirer profit des mesures d'incitation écologiques promises par l'Europe pour la production d'énergie propre ? La fin de la spéculation n'a cependant pas changé la donne en ce qui concerne les problèmes de développement agricole dans cette région du globe. Le bilan est sans appel : les biocarburants africains n’aident ni les Africains, ni les Européens alors que, sur le plan agricole, les résultats se font encore attendre et que la justice n'a toujours pas tranché.

De ce projet, il ne subsiste qu'un important investissement foncier au Sénégal : 20 000 hectares dans la région du Ndiaël, cédés par Wade par décret présidentiel à la société italo-sénégalaise Senhuile Senethanol. La majorité des actions de ce groupe sont aux mains de Tampieri de Faenza, tandis que Senethanol, une société à capitaux mixtes dont le siège se trouve à Dakar, reste minoritaire : cependant, il reste encore des zones d'ombre sur les parts détenues par ces deux sociétés.

L'historique de cet investissement relève, dans les faits, d’une véritable saga politico-judiciaire qui, lorsque le rideau tombera, scellera l'avenir du secteur agro-industriel sénégalais. Le 3 mars, sauf coup de théâtre, le Tribunal de Dakar rendra son jugement dans le cadre du premier d'une série de procès où les dirigeants actuels et passés faisant l'objet d'une accusation sont traduits en justice. L'un de ces procès appellera à la barre Tampieri, sous le chef d'inculpation de blanchiment d'argent et, plus précisément, d'augmentation fictive du capital social.

Pourtant, le premier procès devant avoir lieu devra se prononcer pour savoir si l'ancien directeur général de la société, l'agriculteur israélo-brésilien Benjamin Dummai, qui s'oppose à Tampieri, a volé de l'argent à cette société. Dummai, licencié de manière expéditive par Tampieri, vient de passer cinq mois en détention préventive, alors qu'il pourrait être libéré faute de motifs permettant de le garder derrière les barreaux. Ces événements remontent à avril 2014. Depuis, il semble que l'enquête ne soit pas arrivée à prouver grand-chose.

L'accusation et la défense de ceux qui furent membres du conseil d'administration s'affrontent dans une lutte politique sénégalaise où la terre constitue l'un des principaux enjeux. Macky Sall, l’actuel président, est aussi arrivé au pouvoir grâce à sa rhétorique contre l’accaparement des terres. Sur le papier, l’investissement dans le Ndiaël aurait bel et bien dû contribuer au projet visant à fournir en aliments la zone semi-désertique du Sénégal.

Quiconque souhaite être en odeur de sainteté au Palais présidentiel doit avoir les bonnes relations. De 2012 à 2015, le sésame était Gora Seck : un entrepreneur tous azimuts, des locaux du « Dakar by night » aux secteurs de l’agriculture et de la sécurité, Gora possède des parts de Senhuile ainsi que de Senethanol. Associé à Dummai dans un premier temps, Gora Seck s'est ensuite rangé aux côtés de Tampieri, prenant fait et cause pour les dirigeants italiens quand l’ancien directeur général a été mis en prison.

Gora Seck était le garant politique de l'investissement de Senhuile et, pour Tampieri, l'avoir dans leur poche leur permettait de rester sur le terrain. Gora se prévalait de ses entrées auprès d'un des proches de Macky : Harouna Dia, homme d'affaires de la région de Matam (Sénégal central), qui a fait fortune au Burkina Faso. Or, cette amitié ne sert plus à grand-chose : Harouna Dia a été mis à la porte du Palais présidentiel, chassé de son bureau, qui jouxtait celui du président, bien qu'il n'occupait aucune fonction gouvernementale, et il est reparti à Ouagadougou. Au vu des résultats obtenus par l'entourage d'Harouna, le président Macky lui a clairement retiré sa confiance et il écoute maintenant de nouveaux conseillers qui lui « soufflent » leurs idées en matière d'investissement. Désormais persona non grata dans l'arène politique, Gora Seck risque d’avoir à régler ses comptes avec la justice : parmi les diverses accusations à son encontre, l’orientation de tous les contrats de sous-traitance de Senhuile-Senethanol vers des sociétés qu'il possède ou qui appartiennent à son cercle d'amis. Si les poursuites judiciaires qui pèsent sur lui aboutissaient, il serait le premier « intermédiaire » à se retrouver à la barre du tribunal.

Hormis la bataille judiciaire, un grand point d'interrogation continue de planer sur l'investissement agricole. La construction de l’infrastructure d'approvisionnement en eau des champs est déjà bien avancée. La majeure partie des coûts a déjà été couverte. Sera-t-il donc encore possible d'abandonner purement et simplement cette zone en l'état ? Est-ce qu'il en ira de l'intérêt de la population ? Le doute subsiste puisque la demande alimentaire dans la région est réelle. Le Collectif pour la défense des terres du Ndiaël a pris contact avec le gouverneur régional pour forcer le gouvernement à revoir à la baisse la durée de la concession. Cependant, pour y parvenir, il faudra envisager une contrepartie financière adaptée pour qui remportera la bataille devant le Tribunal. En l'occurrence, le gouvernement sera-t-il disposé à mettre la main à la poche ?

Il faudra encore attendre quelques mois avant d'avoir les réponses. 
Source: Radio Popolare



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