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Québec ne s'inquiète pas de la dépossession des terres agricoles

«Ce n’est pas dans nos mentalités ni dans notre système nord-américain que l’État crée des banques de terres», a déclaré le ministre. Pourtant, les fonds d’investissement agricoles continuent à faire des acquisitions, sans tambour ni trompette.

Le Journal de Montréal | 02 septembre 2014

Québec ne s'inquiète pas de la dépossession des terres agricoles

LOIS ANN BAKER/CORNWALL STANDARD-FREEHOLDER/QMI AGENCY

Le gouvernement du Québec n’a pas l’intention de créer une société publique qui participerait aux transactions foncières relatives aux terres agricoles du Québec.

Le ministre de l’Agriculture Pierre Paradis estime qu’il n’y a pas de phénomène de dépossession des terres agricoles par des spéculateurs ni d’effondrement des prix, qui justifieraient l’intervention de l’État.

«Ce n’est pas dans nos mentalités ni dans notre système nord-américain que l’État crée des banques de terres», a déclaré le ministre.

Pourtant, les fonds d’investissement agricoles continuent à faire des acquisitions, sans tambour ni trompette. Récemment, la société Investerre, de Longueuil, détenues par des fondateurs du Fonds Hexavest, a acheté 2000 acres de terres agricoles à Saint-Henri-de-Taillon au Lac-Saint-Jean, tandis que Partenaires Agricoles poursuit ses négociations pour acheter six nouvelles terres.

Si l’annonce réjouit les producteurs agricoles qui n’appréciaient pas que l’État mette le nez dans leurs affaires, elle soulève la colère chez les membres de la relève agricole.

«Dans le contexte actuel, c’est une sage décision. Le gouvernement n’a pas les finances pour créer une super structure. Nous n’en voyons pas l’utilité», a dit Clément Gagnon, président de Partenaires agricoles, un fonds d’investissement qui détient des milliers d’hectares de terres agricoles au Québec.

«Nous avons reçu une véritable douche froide», a répliqué Pascal Hudon, un jeune producteur laitier de La Pocatière et président de la Fédération de la relève agricole. «Il faut un outil pour contrôler la spéculation que des producteurs eux-mêmes pratiquent. Les prix sont trop élevés en fonction de la valeur agronomique qu’un jeune puisse tirer de sa terre. Comment peut-il alors s’établir?»

Les membres de la relève estiment que le fort lobby des riches agriculteurs et des investisseurs, y compris bancaires, a fait son œuvre.

Un inventaire essentiel des terres

Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) Marcel Groleau, est sûr que le ministre Paradis continuera à travailler sur la question.

«ll est important de faire un relevé des propriétaires, pour avoir un portrait juste de la situation, région par région. À défaut d’avoir une Société d’aménagement et de développement agricole, est-ce que la Commission de protection du territoire agricole du Québec pourrait faire cet inventaire? Ce portrait aidera à choisir les mesures les plus concrètes»,  dit le président de l’UPA.

Marcel Groleau a soutenu que la financiarisation des terres agricoles, leur accès pour la relève et l’assurance de la pérennité de l’agriculture dans des régions comme le Lac-Saint-Jean et l’Abitibi, deux secteurs très convoités par les investisseurs, devraient inciter le ministre à réfléchir.

«On a déjà le Bureau de la publicité des droits du Québec qui enregistre toutes les transactions foncières. J’ai juste à demander au MAPAQ de s’informer pour avoir un portrait de la situation. Ça va être mis en oeuvre aussitôt qu’on va avoir une fenêtre d’opportunité pour le faire», a promis Pierre Paradis.

Des solutions pour la relève

Le ministre estime que la création de banques de terres par des MRC, comme celle de Brome-Missisquoi ou d’Argenteuil, dans les Basses-Laurentides, jumelée à d’autres initiatives comme l’exemption de gain en capital de 1 million $ pour le vendeur et la création d’un compte d’épargne libre d’impôt, sur le même modèle que les CELI, seraient des solutions pour aider la relève à s’établir.

«Cela risque de demeurer des solutions marginales, croit toutefois Marcel Groleau.  Il y a une profonde réflexion à faire. On ne peut pas laisser les plus riches de la société s’accaparer notre patrimoine au détriment des générations futures et de la souveraineté alimentaire. Il faut établir rapidement un dialogue sur le sujet», a dit le président de l’UPA.

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