La foire aux ombres chinoises

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Le Quotidien |  4 mars 2014 

La foire aux ombres chinoises

Écrit par  Arona BASSE

Le projet Sen huile-Sen éthanol présente des ramifications troublantes. Derrière sa vitrine opaque se cachent une foultitude de connexions qui plongent leurs ramifications en Italie, aux Etats-Unis, au Brésil, au Panama et dans les hautes sphères de l’Administration sénégalaise. Selon le rapport d’Oakland Institute, il s’agit avant tout d’une société contrôlée par «un réseau d’intérêts privés».

A ce jour, de nombreuses zones d’ombre subsistent sur l’entreprise et ses opérations, et on ne sait toujours pas précisément ce qu’elle prévoit de produire. A la base, il s’agissait de «produire des patates douces pour fabriquer du bioéthanol destiné au marché européen», mais entre-temps, «Sen huile-Sen éthanol semble avoir depuis changé plusieurs fois de plan». Le Tampieri Financial Group, qui est derrière, dit vouloir produire des graines de tournesol pour alimenter sa production d’huile végétale. La presse sénégalaise a fait état d’un projet conjoint avec l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) pour produire des graines d’arachide pour la recherche et pour le marché local. L’entreprise prévoirait aussi la production de maïs. Près de deux ans après le début des activités, la population locale et les chercheurs, qui se sont intéressés au projet, ignorent encore ce que Sen huile-Sen éthanol a déjà planté, sur quelle surface, et dans quel but. Le rapport d’Oakland Institute de s’interroger également sur les dirigeants du projet : «Pourquoi par exemple Benjamin Dummai, le Pdg de Sen éthanol, a-t-il impliqué un cabinet d’avocats panaméen dont le nom ressort dans des activités criminelles et des scandales financiers internationaux pour établir une société écran à New York comme maison mère de cette opération au Sénégal ?» L’institut pense également que les rôles de l’homme d’affaires sénégalais Gora Seck et de Ibrahima Basse, un fonctionnaire du ministère des Mines du Sénégal, doivent être définis. Il poursuit : «Etant le Pdg d’une demi-douzaine de sociétés au Sénégal, on peut légitimement se demander si l’homme d’affaires dirige réellement ces entreprises ou s’il sert d’homme de paille pour des entreprises étrangères intéressées dans l’exploitation des ressources du Sénégal.» Les rédacteurs du rapport ne manquent pas également de s’interroger sur les raisons du revirement de Macky Sall, qui après avoir abrogé les décrets de Wade concernant le projet, revient sur sa décision quelques mois plus tard pour redonner la terre à Sen huile-Sen éthanol, sans même consulter les communautés locales. 

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Original source: Le Quotidien
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