Terres agricoles : la Russie, nouveau Far East pour le Japon

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Le Blog Finance | 6 janvier 2014

Terres agricoles : la Russie, nouveau Far East pour le Japon

Elisabeth Studer

Quand la sécurité alimentaire devient un enjeu national voire la priorité du 21ème siècle.

Alors que le Japon doit faire face notamment aux conséquences écologiques de la catastrophe de Fukushima sur les secteurs de la pêche et l’agriculture, une banque japonaise serait actuellement en discussions en vue d’investir dans des terres agricoles dans l’Extrême-Orient russe.

« Des zones agricoles spéciales pourraient être crées en Extrême-Orient« , a ainsi indiqué au journal Oleg Saveliev, vice-ministre russe du Développement économique.  Ajoutant mener des négociations depuis plusieurs années avec des partenaires japonais, ces derniers ayant d’ores et déjà effectués des tests d’ensemencements de soja et de blé noir dans la région de l’Amour et étant actuellement en train d’analyser les résultats.

Cerise sur le gâteau : ces zones pourraient permettre aux investisseurs d’obtenir des avantages fiscaux.

Selon un haut-fonctionnaire russe, l’établissement japonais Hokkaido Bank serait actuellement en train de former un pool d’investisseurs d’entreprises japonaises en vue de créer des zones économiques spéciales dans les régions de Khabarovsk et de Primorie.

Selon Oleg Saveliev, « la capacité du marché mondial de la production alimentaire est très grande ». Et ce d’autant plus que « les principales économies asiatiques, dont la Chine et le Japon ont adopté des programmes de sécurité alimentaire ».

Laissées à l’abandon après la chute de l’Union soviétique, en 1991, les immenses étendues agricoles de la Russie attirent désormais les convoitises. Néanmoins, les investisseurs doivent encore à l’heure actuelle affronter des obstacles tels que la bureaucratie russe ou le manque d’infrastructures de stockage pour les récoltes.

Il n’en demeure pas moins que l’émergence des deux grandes crises mondiales qui se sont déclenchées au cours des derniers mois (la crise alimentaire mondiale et plus largement la crise financière) ont donné naissance à une nouvelle tendance consistant à acheter des terres pour externaliser la production alimentaire.

Un certain nombre de pays dépendant des importations alimentaires et préoccupés par les tensions existantes sur les marchés, achètent en ce moment des terres en dehors de leurs territoires en vue d’y produire leur propre alimentation.

Convaincus que les opportunités agricoles sont limitées et que les marchés s’avèrent peu fiables à l’heure actuelle, les gouvernements « de l’insécurité alimentaire » cherchent ainsi à placer leurs liquidités en externalisant leur production alimentaire nationale via la prise de contrôle d’exploitations agricoles situées à l’étranger. Un concept vu comme une stratégie innovante à long terme en vue d’assurer l’alimentation de leur population à bon marché.

Parallèlement, les gouvernements courtisés en vue d’obtenir leur accord pour l’usage des terres agricoles situées sur leurs territoires accueillent généralement favorablement ces offres d’investissements étrangers d’un nouveau genre.

L’Arabie saoudite, le Japon, la Chine, l’Inde, la Corée, la Libye et l’Égypte figurent ainsi parmi les pays les plus moteurs de cette catégorie. Des responsables de haut niveau de nombre de ces contrées se sont engagés depuis mars 2008 dans une sorte de chasse au trésor diplomatique, à la recherche de terres agricoles fertiles dans des pays comme l’Ouganda, le Brésil, le Cambodge, le Soudan et le Pakistan.

Contexte de nature à pousser certains à vouloir augmenter la productivité des terres cultivables au niveau mondial en vue d’assurer leurs profits. D’où la course actuelle pour la prise de contrôle des meilleurs sols, proches des ressources en eau.

En août 2013, nous nous faisions l’écho des craintes de Markus Ritter, le président de l’Union suisse des paysans (USP) quant à une possible émergence d’une crise alimentaire sur territoire helvétique d’ici quelques années. Ce dernier redoutant à terme des difficultés d’approvisionnement de la population suisse en denrées alimentaires.  Une peur qui pourrait s’étendre à nombre de gouvernements sur la planète … les richesses prodiguées par Dame Nature semblant décidément être un des enjeux fondamentaux du 21ème siècle.

Rappelant qu’en 2050, neuf milliards de personnes vivront sur la Terre, Markus Ritter redoute en effet que toute la population mondiale ne puisse être nourrie à cette date. La Suisse pourrait faire partie des « déshérités », ne disposant d’un taux d’auto-approvisionnement que de 54%.

S’il considère que l’agriculture helvétique ne peut être intensifiée davantage, le président de l’USP propose que soient conclus des accords avec des pays disposant de beaucoup de terres cultivables et auprès desquels la Suisse pourrait s’approvisionner en cas de crise. Selon lui, le Brésil ou la France seraient des candidats potentiels pour de tels contrats.

Un rapport de l’ONU datant de mars 2010 indiquait déjà à cette date, que « depuis 2006, entre 15 et 20 millions d’hectares de terres agricoles » avaient « fait l’objet de transactions ou de négociations » entre les pays en développement et des investisseurs étrangers ». Une surface correspondant à la totalité des terres agricoles de la France et au cinquième de celle de l’Union européenne.

Le rapport rappelant par ailleurs que ces dernières années, une société indienne, Varun International, avait loué 465 000 hectares de terres à Madagascar pour cultiver du riz destiné au marché indien. Au Mali, les autorités ont concédé quant à elles 100 000 hectares aux Libyens, également pour la production de riz.

Au Soudan, la Corée du Sud a acquis 690 000 hectares en vue d’y produire du blé. La Chine prévoit pour sa part de créer en République démocratique du Congo  la plus grosse plantation de palmiers à huile du monde sur des centaines de milliers d’hectares.

Une pression foncière qui s’exerce en tout premier lieu en Afrique subsaharienne, notamment au Cameroun, en Éthiopie, au Ghana, à Madagascar, en Tanzanie, au Soudan, ces pays étant dotés d’une main-d’oeuvre peu coûteuse et de prix au mètre carré peu élevé. L’Europe de l’Est, l’Asie et l’Amérique latine sont également concernés, ainsi que le Brésil, le Cambodge, l’Ukraine, les Philippines ou le Pakistan.

Au final, des contrats négociés entre les multinationales ou les États et les autorités locales portent sur des acquisitions ou des locations de surfaces de plusieurs milliers d’hectares, et sur de longues périodes.

Une course aux surfaces cultivables qui s’est intensifiée après la flambée des prix des denrées alimentaires observée en 2007-2008. « Les pays pauvres en ressources, mais riches en réserves monétaires, se sont alors tournés vers l’acquisition ou la location de terres à grande échelle pour assurer leur sécurité alimentaire », insiste le rapport de l’ONU. « Des investisseurs privés, y compris d’importants fonds d’investissement, ont ensuite acheté des terres pour des raisons purement spéculatives, convaincus que le prix du mètre carré continuerait d’augmenter » poursuit-il.

De plus, dans de nombreux pays, les agriculteurs ne détiennent pas de titres de propriété. De ce fait, quand l’État les exproprie, alléché par les royalties offertes par les investisseurs étrangers, leurs intérêts ne peuvent être défendu en justice.

Sources : AFP, ONU, La Croix, Le Monde , Vedomosti, Revenu agricole, GRAIN

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com   – 06 janvier 2014

Original source: Blog Finance
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