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Avec les accords fonciers en Afrique, on se croirait au Far West – Il faut appeler le shérif, dit la FAO

Le directeur-général de la FAO José Graziano da Silva veut mettre un frein aux acquisitions massives de terres pour protéger les pauvres. (Photo: Giorgio Cosulich/Getty Images)

The Guardian | 29 octobre 2012 | traduit de l'anglais par GRAIN

Avec les accords fonciers en Afrique, on se croirait au Far West – Il faut appeler le shérif, dit la FAO

Mark Tran

Devant les avertissements de l’effet destructeur des transactions foncières sur la sécurité alimentaire, le chef de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) a comparé “l’accaparement des terres” en Afrique au “Far West” et indiqué qu’il fallait un “shérif” pour restaurer l’État de droit.

José Graziano da Silva, directeur-général de la FAO, a admis qu’il était impossible d’empêcher les gros investisseurs d’acheter de la terre, mais que les transactions menées dans les pays pauvres devaient être encadrées.

« Je ne vois pas comment on pourrait y mettre fin. Il s’agit ici d’investisseurs privés, » a indiqué M Graziano au cours d’un entretien téléphonique. « Nous n’avons ni les outils ni les moyens pour empêcher les grandes entreprises d’acheter de la terre. Les acquisitions foncières sont une réalité. Nous ne pouvons pas les faire disparaître comme par enchantement, mais il va falloir trouver la bonne façon de leur imposer des limites. On se croirait au Far West et nous devons faire appel à un shérif et à la loi. »

Les grandes acquisitions foncières se sont accélérées depuis la flambée des prix alimentaires de 2007-2008, incitant les sociétés et les fonds souverains à prendre des mesures pour garantir l’approvisionnement alimentaire. Mais en Afrique, quatre à cinq ans plus tard, seulement 10 à 15 % des terres sont effectivement en cours de développement, a affirmé M. Graziano da Silva. Certains de ces investissements ont provoqué des pertes d’emplois, en remplaçant une agriculture qui employait beaucoup de main d’œuvre par une agriculture mécanisée, et se sont parfois traduits par une perte des droits fonciers.

Selon Oxfam, la ruée mondiale sur les terres échappe à tout contrôle et l’organisation a exhorté la Banque mondiale à geler ses investissements concernant les acquisitions massives de terres, afin de signaler de façon très claire aux investisseurs mondiaux qu’il est temps de s’arrêter.

M. Graziano da Silva, qui a été responsable du programme brésilien “Défi faim zéro”, a exprimé son sentiment de frustration devant la lenteur de la mise en place d’une gouvernance mondiale pour faire face à l’accaparement des terres, la sécurité alimentaire et autres problèmes du même genre. En 2008, le Secrétaire-général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a créé un groupe de travail de haut niveau sur la sécurité alimentaire dont M. Graziano da Silva est le vice-président.

En mai, le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), un organisme dépendant des Nations Unies et qui regroupe des gouvernements et des représentants du monde des affaires et de la société civile, a établi les bases d’une structure de gouvernance pour l’alimentation, en approuvant des directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts.

Les droits fonciers ont des effets importants sur le développement, car il est difficile pour des populations pauvres et vulnérables de surmonter la faim et la pauvreté quand leurs droits à la terre et aux autres ressources naturelles sont limités et non protégés. Mais les directives ont pris plusieurs années de négociations et ne disposent pas d’un véritable mécanisme d’application du fait même qu’elles ne sont que volontaires. Le CSA est un groupe complexe à gérer mais il a l’avantage d’être non-exclusif.

« Il a fallu deux ans pour discuter les directives volontaires et il va maintenant nous falloir encore deux ans pour négocier les principes de base des investissements agricoles responsables, » a déploré M. Graziano da Silva. « Il nous faut accélérer le processus de prise de décision sans abandonner le modèle de non-exclusivité. »

Le directeur-général de la FAO a affirmé faire tout son possible pour améliorer la coordination entre les diverses institutions liées à la sécurité alimentaire. Il suggère que la FAO devienne la branche exécutive du CSA pour tenter de faire appliquer les décisions du comité.

Il n’est pas le seul à avoir ce sentiment de frustration. Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, reconnaît l’importance des directives volontaires du CSA, mais souligne l’absence d’un mécanisme d’application effectif. Il soutient que les gouvernements d’Afrique sub-saharienne ou d’Asie du Sud-Est qui souffrent d’une gouvernance médiocre ou qui sont sujets à la corruption, continueront à chercher à attirer les investisseurs à n’importe quel prix.

« La communauté internationale devrait accepter l’idée qu’elle a un rôle à jouer pour vérifier si les droits des usagers des terres, tels qu’ils sont stipulés dans les directives, sont effectivement respectés », a déclaré M. De Schutter au Guardian. « Puisqu’il n’existe pas, au niveau mondial, de shérif qui puisse s’en assurer, ce serait la moindre des choses que les États d’origine des investisseurs fassent preuve de diligence et s’assurent que les investisseurs privés, sur lesquels ils peuvent exercer un contrôle, respectent parfaitement les droits des usagers des terres. Ainsi, les agences de crédit à l’exportation pourraient imposer, avant d’accorder leur soutien, que les investisseurs se conforment complètement aux directives ; et à l’avenir, les droits des investisseurs impliqués dans les accords d’investissement devraient être subordonnés à leur acceptation des directives. »

Pour M. Graziano da Silva, il est essentiel d’appliquer les directives volontaires au niveau de chaque pays. L’intérêt et la prise de conscience du public ne cessent de croître, ce qui le conforte dans cette idée. Il prend l’Uruguay comme exemple d’un gouvernement prêt à résister aux investisseurs fonciers internationaux ; c’est « peut-être le meilleur shérif » en matière de transactions foncières.

« Ils ont de très bonnes lois sur les acquisitions de terres », explique-t-il, tout en reconnaissant que la plupart des pays où se produit l’accaparement des terres ne tiennent guère compte des organisations paysannes, ou bien ont un gouvernement faible ou répressif.

Quant à l’éternel débat sur les mérites respectifs de l’agriculture industrielle et de l’agriculture paysanne, le patron de la FAO considère que l’Afrique a suffisamment d’espace pour les deux modèles, comme le Brésil a réussi à le prouver, ajoute-t-il.

« Certaines parties de l’Afrique – le Mozambique et l’Afrique du Sud – ont la possibilité d’accueillir de grandes fermes, mais cette approche n’est valable que pour certaines céréales, dont la culture est complètement mécanisée, » explique-t-il. « Mais cela ne s’applique pas aux fruits, aux légumes ni à beaucoup d’autres denrées locales. Le manioc n’a rien à voir avec l’agriculture mécanisée et un bon rendement ne signifie pas une agriculture une large échelle. Tout dépend de la façon dont on combine les cultures, dont on utilise l’eau dont on dispose. En Afrique aujourd’hui, l’efficacité est davantage liée à de meilleures semences qu’à des gros tracteurs. Les deux modèles agricoles y ont toujours coexisté. L’agriculture industrielle peut quelquefois fournir des denrées destinées à l’exportation, mais les marchés locaux sont fondés sur l’agriculture familiale. »

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