Avides d’investissements

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Wall Street Journal | 6 septembre 2012 | traduit de l'anglais par GRAIN | español 
 

Avides d’investissements

Le secteur privé peut stimuler le développement agricole dans les pays qui en ont le plus besoin.

par SUMA CHAKRABARTI et JOSE GRAZIANO DA SILVA
 
Sécheresses sévères, hausse du prix des céréales et pénuries alimentaires : l’actualité récente appelle de toute urgence à agir. Les inquiétudes concernant la sécurité alimentaire sont souvent éclipsées par les problèmes de la zone euro ou d’autres crises ; pourtant, cette question affecte nettement plus de personnes et de façon beaucoup plus immédiate. On parle ici du pain quotidien de milliards d’êtres humains. Il est donc grand temps d’intensifier notre réponse.
 
Le 13 septembre, aura lieu à Istanbul la rencontre la plus grande et la plus importante regroupant les entreprises et les décideurs en matière d’agroalimentaire, de la mer Caspienne et de la mer Noire jusqu’à la Méditerranée. Les participants y discuteront le rôle clé que peut jouer le secteur privé pour nourrir le monde. La Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement ainsi que l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture mèneront le débat, un débat que nous espérons transformer en un débat international.  
 
La vérité est tout simplement que le monde a besoin de plus de nourriture, ce qui signifie augmenter la production. Les régions où opère la BERD ont de grandes possibilités de croissance agricole à offrir : Une grande bande de terre qui s’étend de la Mongolie en Asie centrale jusqu’au Maroc en Afrique du Nord.
 
Le secteur privé peut devenir le moteur principal de cette croissance. Dans des pays comme la Russie, l’Ukraine et le Kazakhstan, des entreprises privées dynamiques et efficaces ont réussi à transformer les terres dévastées des années 1990 – suite à l’effondrement du système agricole collectiviste – pour faire de ces pays les plus grands exportateurs de céréales actuels. Ces trois pays fournissent déjà 15 % des exportations mondiales de céréales et peuvent, avec une politique appropriée, doubler leurs récoltes. Leurs terres fertiles sont capables de produire des rendements bien plus élevés, jusqu’à 75 % de plus dans les dix prochaines années. A eux seuls, la Russie, l’Ukraine et le Kazakhstan ont le potentiel nécessaire pour produire la moitié des importations mondiales de blé. Des sociétés privées montrent déjà la voie : Ainsi, l’entreprise ukrainienne Nibulon est presque à même de fournir l’équivalent de la consommation annuelle de blé de l’Égypte ; elle fournit également des céréales au Programme alimentaire mondial des Nations Unies.
 
L’hôte de la conférence, la Turquie, a elle aussi un énorme potentiel. Le pays a la chance de disposer d’une vaste superficie de terres arables fertiles et a triplé ses exportations agricoles au cours des dix dernières années ; les exportations se sont montées à plus de 15 milliards de dollars US l’an dernier. Une fois résolus les problèmes qui freinent son expansion  – niveau relativement élevé de protectionnisme, manque d’irrigation correcte, petites fermes de taille peu économique et accès limité aux capitaux pour obtenir les intrants indispensables à une production moderne – il peut aller beaucoup plus loin.
 
Comme beaucoup d’investisseurs occidentaux le savent, l’agro-industrie dans les pays en transition peut être une affaire délicate, mais elle peut aussi rapporter gros. Comparée aux autres industries, l’agriculture est souvent plus transparente : une bonne partie des grands producteurs ont l’intention d’attirer des investisseurs étrangers et adaptent leur gestion à cette réalité. Mais le succès de cette industrie va bien au-delà des simples bénéfices. Dans un monde où vivent presque sept milliards d’humains, les pays en transition peuvent combattre la faim en  produisant plus de céréales et potentiellement plus de viande ; mais ils peuvent aussi combattre la pauvreté en aidant leurs propres populations rurales à s’engager sur le chemin d’une agriculture durable. Certains pays d’Asie centrale, dont les enfants souffrent aujourd’hui d’un retard de croissance dû à la malnutrition, pourraient  tirer profit d’une hausse des prix des denrées agricoles au niveau international pour nourrir leur propre population. 
 
Y parvenir demandera toutefois beaucoup d’efforts. 
 
Le secteur privé doit doubler ses investissements dans les terres elles-mêmes, les équipements et les semences. L’investissement dans les installations de stockage, de transport et de commerce est essentiel non seulement pour s’assurer que la nourriture puisse atteindre les destinataires visés, mais aussi afin d’amortir les effets de choc négatifs et les sécheresses. Une partie des investissements le cadre de partenariats adaptés. 
 
Les organisations internationales peuvent aider à coordonner les décisions, à  fournir  investissements, assistance technique et formation, et à favoriser les transferts de technologies. La BERD et la FAO fournissent et mobilisent déjà des investissements pour les infrastructures et les équipements et améliorent l’accès des agriculteurs à la finance, grâce à la réforme sur les transactions sécurisées qui permettra à ces derniers d’engager leurs récoltes et leurs équipements en nantissement. La BERD et la FAO encouragent également un usage efficace des ressources, en d’autres termes « plus de [nourriture] pour chaque goutte » d’eau et d’engrais.
 
Mais les gouvernement eux aussi se doivent d’agir.
 
Premièrement, ils doivent élaborer un cadre politique prévisible qui encourage les investissements du secteur privé. Dans le passé, les restrictions commerciales ad hoc ont grandement contribué à la flambée et à la volatilité des prix et ont eu un impact négatif prolongé sur la confiance des investisseurs. Il faut que les prix soient fondés sur le marché et qu’il y ait davantage de possibilités d’accéder à la finance, utiliser par exemple les céréales-mêmes, par le biais des entrepôts ou des récoltes, en nantissement. Pour ce faire, la plupart des pays auraient besoin de mettre en place une nouvelle législation.
 
Deuxièmement, les gouvernements doivent promouvoir la transparence du marché et une meilleure gestion des risques. Ce qui implique de soutenir les bourses nationales et régionales de denrées agricoles et les marchés d’assurances récolte et météo.
Troisièmement, il faut soutenir le développement de cultures plus résistantes et leur faciliter l’accès au marché international.
Quatrièmement, un meilleur dialogue doit s’établir entre public et privé. Cela suppose de mettre en commun les données concernant les matières premières agricoles et la coordination des politiques de réserves alimentaires d’urgence. 
 
Le débat sur le rôle du secteur privé pour assurer la sécurité alimentaire mondiale doit être entendu non seulement dans les pays européens émergents, en Asie et en Afrique du Nord, mais aussi dans les pays occidentaux. Ce sont les investissements privés responsables émanant du monde entier qui peuvent fertiliser la planète avec l’argent, quand les conditions économiques locales sont correctes. Bien des pays sont avides de ce type d’investissements et ces investissements peuvent vraiment faciliter la vie de tous ceux qui souffrent de la faim. 
 
M. Chakrabarti est président de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement. M. da Silva est le directeur-général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. 
Original source: Wall Street Journal
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