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Le retour de la menace de l’accaparement des terres

Extrait de la bande dessinée de Slow Food

Slow Food | 07/09/2012

Le retour de la menace de l’accaparement des terres

Du Sénégal à la Tanzanie, le phénomène du land-grabbing (ou accaparement des terres) est en train de se développer de manière très rapide, quelques exemples reviennent sur le devant de la scène.

Il y a moins d’un an, un soulèvement populaire obligeait le gouvernement sénégalais à faire un pas en arrière au sujet de la location de 20 000 hectares (c’est-à-dire deux fois la métropole parisienne) a Fanaye, au nord du pays. La compagnie italo-sénégalaise Senhuile/Senethanol  voulait planter sur cette étendue de terrain des pommes de terre douces pour les transformer en biocarburant.  A l’automne 2011, après une série de protestations brutalement réprimées, le projet semblait être suspendu.  Le pays se préparait pour les élections et, probablement, l’attention des médias au sujet de la mort de deux manifestants était dérangeante.

Après les élections, cependant, Senhuile/Senethanol repartait à l’attaque et, selon AFP,  déclarait son intention de déplacer le projet dans une autre région, le Ndiael. L’ONG locale Enda Pronat déclencha rapidement l’alarme.  « Plus de la moitié de la population sénégalaise vit de l’agriculture ou du bétail fermier » déclarait la directrice Mariam Sow pendant une conférence de presse à Dakar. « Ils ont besoin de leurs terres pour produire de la nourriture de manière durable. Le land-grabbing transforme les terres en une simple denrée sans considérer les aspects sociaux et culturels. Ce phénomène promeut l’agriculture industrielle au détriment des productions agricoles de petite échelle, qui  peuvent garantir un vrai développement local ».

De l’autre côté du continent africain, en Tanzanie, la situation est tout aussi dramatique. Il y a quelques jours, l’organisation internationale Avaaz lançait un appel pour stopper les abus commis sur les terres de la population Masai dans la région de Serengeti.

En juillet 2009, les habitants de plusieurs villages dans le nord de la Tanzanie, dans la région Lolindo, étaient évacués. Selon le rapport spécial pour les droits des peuples indigènes de l’ONU, James Anaya, environ 200 maisons ont été brûlées et 50 000 bêtes ont été contraintes de prendre la fuite. Plus de 20 000 personnes de la communauté Masai ont été emportées par cette vague de violence, se retrouvant sans abri et sans nourriture. Selon le rapport de James Anaya, les responsables de ces attaques étaient des forces de la police paramilitaire Fiels Force Unit  ainsi que des hommes armés d’une compagnie privée venant des Emirats Arabes Unis, la Ortello Business Corporation, qui déclarait avoir acheté des droits de chasse au gouvernement. A l’origine de cette violence jusqu’à présent impunie, il y aurait donc les intérêts commerciaux liés à l’exploitation de la région Serengeti par l’industrie des safaris.

Malheureusement, ces abus ont des racines lointaines. Depuis le début du siècle dernier, la région de Serengeti a été présentée en Occident comme un territoire non contaminé, le règne absolu d’une nature sauvage qui ne peut cohabiter avec l’homme, même pas avec un berger Masai.  Selon le journaliste Fred Pearce, auteur de “The Land Grabbers” (Beacon Press, 2012), la symbiose ancestrale entre la population locale et la nature a été complètement niée par ce stéréotype, dans le but de justifier l’éviction de la population indigène et de laisser à d’autres le business des safaris.  « Bien que cela semble bizarre, notre vision d’une nature vierge a encouragé le rachat des terres par de nouveaux amoureux de la nature très fortunés et des tours opérateurs. La région Serengeti est devenue le plus grand zoo du monde où les guerriers Masai sont réduits à des objets de décoration ambulants. »

Téléchargez la bande dessinée de la campagne Slow Food contre l’accaparement des terres

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