La terre roumaine, un paradis pour les étrangers

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Photo : J.M.
Le Petit Journal

La terre roumaine, un paradis pour les étrangers

Écrit par Jonas Mercier

L'agriculture roumaine intéresse de plus en plus les investisseurs étrangers. Les autorités sont en train de s’en rendre compte et souhaitent prendre la situation en main.

Il y a quelques années, les Hani n'auraient jamais pensé trouver leur bonheur en Roumanie. Pourtant, cette famille d'agriculteurs suisses s’apprête aujourd'hui à semer pour la troisième année consécutive quelque 800 hectares dont elle est propriétaire dans la région d'Arad (ouest). Christian Hani, 31 ans, est venu pour la première fois en Roumanie il y a sept ans. Il venait tout juste de terminer ses études d'agronomie. Sur les conseils de son père, un ancien conseiller financier dans le domaine agricole, il a acheté des terres, embauché des paysans et mis en place la ferme. Son beau-frère l'a rejoint quelques années plus tard. "En Suisse, tout est déjà fait, il n’y a plus de place pour les jeunes. Ici, nous avons la possibilité de construire quelque chose en partant de zéro", témoigne-t-il. Comme la majorité des agriculteurs suisses qui sont venus s'installer en Roumanie, les Hani font du bio. Ils exportent ensuite la totalité de leur production en Suisse et en Allemagne. Une affaire désormais rentable. "En Suisse, un hectare de terre peut coûter jusqu'à 80.000 euros, alors qu'ici, en Roumanie, nous avons acheté l'hectare entre 2.000 et 3.000 euros", détaille Theo Hani, le père.

Comme les Hani, de nombreux agriculteurs d'Europe de l'Ouest ont compris que la Roumanie était devenue un très bon investissement. Dans la région du Banat, à l’ouest du pays, ce sont 80% des terrains agricoles qui sont aux mains des étrangers. La majorité d’entre eux viennent d’Italie. "Beaucoup d’investisseurs ont eu accès aux programmes des fonds européens. Cela leur a permis d’acheter de nombreuses machines agricoles et de construire des silos où sont entreposées leurs céréales. La production est ensuite exportée dans toute l’Europe", explique Michelangelo Rosso, investisseur italien basé à Timisoara depuis huit ans, qui a créé son entreprise de fourrage agricole.

La nouvelle PAC change la donne
"En Europe de l'Ouest, on a décidé d'encourager la production de biocarburants au détriment des cultures classiques. C'est ce phénomène qui entraîne le développement de l'agriculture en Roumanie", soutient Samuel Widmer, un éleveur suisse basé dans la région de Sibiu. Et les chiffres lui donnent raison. En 2010, la Roumanie est devenue le premier cultivateur de maïs d'Europe en terme de surface et le deuxième derrière la France en terme de production, selon les statistiques provisoires de l'Institut national des statistiques. Le pays devient d'autant plus attrayant que la nouvelle PAC (Politique agricole commune), en 2014, va permettre au niveau européen une répartition plus égalitaire des subventions à l'hectare. Avec près de 15 millions d’hectares de terres agricoles, la Roumanie ambitionne de devenir la troisième puissance de l’UE dans ce secteur.

Le principal problème reste cependant la parcellisation excessive des terres qui freine le développement de grandes exploitations. Pour contourner cet obstacle, le ministère de l'Agriculture travaille à un projet de rachat ou de concession des petites parcelles pour pouvoir constituer de grandes surfaces. Celles-ci seront ensuite proposées en concession aux investisseurs agricoles. "L'important, c'est de réunir ces terrains, de les cataloguer et de voir comment ils peuvent être mieux exploités", a récemment déclaré le ministre de l'Agriculture, Valeriu Tabara. Reste à voir si les agriculteurs roumains en profiteront aussi.

Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) mercredi 25 mai 2011
Original source: Le Petit Journal
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