Projet de mise à disposition de terres au profit de saoudiens : 60 villages du Brakna seront-ils privés de leur espace vital ?

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CRIDEM | 01-06-2011

Projet de mise à disposition de terres au profit de saoudiens
60 villages du Brakna seront-ils privés de leur espace vital ?


La raréfaction des terres cultivables et l’accentuation de la crise alimentaire mondiale poussent de plus en plus des investisseurs étrangers à louer ou acheter surfaces cultivables dans les pays pauvres.

En Mauritanie, le gouvernement a lancé un projet de mise à disposition d’environ 40 000 hectares à la société saoudienne Tabouk Eziraiya Groupe. Les populations vivant dans la zone d’attribution (une soixantaine de villages) s’opposent aux projets.

Le 07 juillet 2010, le préfet de Boghé (une moughataa située à environ 300 kilomètres de Nouakchott), rend public Un avis qui concerne des terres à usage agricoles dans la commune de Boghé, une superficie d’environ 40 000 hectares sur une zone de dieri (cultures sous pluie) et de walo (culture de décrue).

Qui concerne aussi une superficie d’environ 10 000 hectares dans la commune de Dar El Barka, essentiellement des terres de Walo. Cet avis porte décision de l’Etat de « mettre à la disposition des investisseurs saoudiens » les terres en question.

Après la publication de cet avis, il a été donné un délai de 60 jours à toute personne physique ou morale ayant des prétentions sur les superficies objet du projet d’attribution des terres aux investisseurs saoudien de faire connaitre ses réclamations avec pièces administratives justificatives.

Le décret de 2010 portant applications de l’ordonnance 83127 du 05 juin 1983 sur la réorganisation foncière et domaniale prévoit trois commissions chargées de la prévention et de l’arbitrage des conflits fonciers collectifs. IL s’agit d’une commission nationale, une commission régionale et une au niveau des moughataa. C’est au niveau de la première commission (nationale) que ce premier avis rendus public par le Hakem de Boghé le 07 juillet 2010 a été invalidé pour « vice de forme.»

Le 11 mai 2011 autre avis a été rendu public. Il ne concerne que trois communes de la Moughataa de Boghé (Boghé, Ould Birome et Dar El Avia). Il ne concerne aussi que des zones de culture sous pluie (Dieri). Comme dans les deux premiers avis invalidé, il y est donné un délai de 60 jours aux personnes physiques ou morales pour faire prévaloir leur prétention sur les terres concernées.

Les différentes communautés de la commune de Boghé, concernées par la question se sont réunies le 26 mais derniers. Elles ont, en, bloc, rejeté le projet d’attribution des terres aux investisseurs saoudiens. Pour ces populations, il s’agit en fait « d’un projet d’accaparement des terres, d’expropriation. » Des Organisations membres du Comité de suivi de la sécurité alimentaire ont pris part à cette réunion du 26 mais à Boghé (Fonadh, le RPC, PCQVP, AMAD, ACCOR…). Ces différentes organisations entendent appuyer les populations dans le traitement de e dossier.

Assourdissant silence des élus…
Ces populations rejettent le projet pour plusieurs raisons. D’abord, la zone concernée est à haute intensité pastorale et l’espace dépasserait largement les trois communes citées dans l’avis du Hakem. L’attribution d’une zone de pâturage a des investisseurs étrangers « affecterait durablement hommes et bêtes et pourrait exacerbait l’insécurité alimentaire ambiante. » Pour ces populations, il s’agit d’un espace « vital » qui ne saurait être cédée.

Ensuite, selon Sarr Mamadou, secrétaire exécutif du FONADH, « aucune étude d’impact n’a été réalisée avant la publication de ces avis portant mise à disposition de terres à usage agricole aux saoudiens. » « Les populations n’ont aucune idée du projet des saoudiens… » Ajoute Monseiur Sarr. Les populations réunies à Boghé ont mis en place une commission chargée de suivre la question.

Elles entendent créer une coordination avec les habitants des communes de Ould Birome et Dar El Avia, sensibiliser leurs élus sur la question. Ces élus (maires, députés et sénateurs) n’ont guère été entendu au sujet de la mise a dispositions des terres aux saoudien dans des zones où ils ont été élu. Les populations, elles, prévoient d’organiser une marche de protestation contre un projet qui « vise à les déposséder de leur terres.»

Khalilou Diagana



Convoitise sur les terres agricoles mondiales : les pays arabes au cœur du débat.

Le choix des pouvoirs publics d’externaliser une partie de la production agricole à l’étranger est donc récent, et a été relancé par la crise alimentaire 2007-2008 et la forte volatilité des prix mondiaux. Ainsi certains gouvernements ont décidé des initiatives pour contrer les menaces sur la sécurité alimentaire nationale.

L’Arabie Saoudite, qui avait auparavant une politique ambitieuse pour produire sur son sol la quasi-totalité de denrées agricoles nécessaires à sa consommation dans un pays où seules le 2% des terres du pays sont arables8, se tourne aujourd’hui vers la délocalisation de la production agricole.

L’Initiative du Roi Abdallah pour la sécurité alimentaire de son pays en 2008 officialise une stratégie consistant à réimporter des récoltes directement produites à l’étranger. Le pays ne cache pas ses ambitions. Les 14 et 15 novembre 2009 s’est tenu un important forum économique entre l’Arabie saoudite et les pays de l’Afrique de l’Est (Ethiopie, Kenya, Ouganda, Somalie, Rwanda, Tanzanie), manifestation ayant permis à Riyad d’affirmer son intérêt croissant pour les terres agricoles de cette partie du continent africain.

Ministres et hommes d’affaire se sont rencontrés pour certes renforcer les liens économiques entre le royaume saoudien et ses voisins est-africains, mais surtout pour discuter des moyens que la monarchie pétrolière du Golfe pouvait dégager en vue d’exploiter les vastes étendues disponibles des pays susmentionnés, qui ne refuseraient pas, étant donné leurs besoins de développement, les perspectives économiques alléchantes capables de se dégager de telles opérations.

Le pays multiplie donc ces derniers années les négociations avec des pays africains (Ethiopie, Soudan) ou de l’Asie du Sud Est.

Source : CIHEAM (Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes



République islamique de Mauritanie Honneur-Fraternité-justice
Ministère de l’intérieur et de la décentralisation
Willaya du Brakna
Moughataa de boghé

Boghé le 11/05/11

N°001

Avis au public

Il est porté à la connaissance du public que l’Etat a décidé de mettre à la disposition des investisseurs saoudiens (société Tabouk EZIRAIYA-Errajihi) un terrain à usage agricole situé dans la moughataa de Boghé, Communes de Boghé, Ould Birom et de dar EL Avia.)

Ce terrain est délimité comme suit :

A L’Est: à 5km à L’Oouest de la route Aleg (entre le PK6 et le PK16)

A L’ouest : par le prolongement sud cordon dunaire Elb Ijmel et au Sud Ouest A 3km Du Village D’avdjeijir

Au Nord : par des terres non occupées (voir plan annexés).

Au sud : A 2km au nord de la route boghe Rosso et 5 km au nord du village de Sayé

Toute personne physique ou morale ayant des prétentions sur le lit dit terrain, est priée de se présenter à la moughataa de boghé dans un délai de 60 jours à compter de la date d’affichage de cet avis, munie des pièces administratives justificatives

Ahmed ould Mohamed lemine



Décret n° 2010 080 abrogeant et remplaçant le décret n°2000/089 du 17 juillet 2000 portant application de l’ordonnance 83 127 du 05 Juin 1983 portant réorganisation foncière et domaniale.

Article 21 : La Commission Nationale de prévention et d’arbitrage des conflits fonciers collectifs assure l’arbitrage des conflits fonciers collectifs. Elle se compose ainsi qu’il suit :

Président : le Réviseur du Plan Foncier au Ministère de l’Intérieur, Membres :

- Le Directeur Général des Domaines et du Patrimoine de l’Etat ;

- Le Directeur de l’Administration Territoriale du Ministère de l’Intérieur ;

- Le Directeur de l’Aménagement du Territoire et de l’Action Régionale, secrétaire de séance ;

- Le Directeur de l’Elevage ;

- Le Directeur de l’Agriculture ;

- Le Directeur de l’Environnement ;

- Le Directeur de l’Aménagement Rural ;

- Le Directeur de la Topographie et de la Cartographie ;

- Le Directeur de l’Urbanisme ;

- Le Président de l’association des Maires de Mauritanie ou son représentant ;

- Un Magistrat désigné par le Ministère de la Justice ;

- Deux personnalités reconnues pour leur probité morale désignées par le Ministre de l’Intérieur.

La commission Nationale de prévention et d’arbitrage des conflits fonciers collectifs ne peut connaître que des litiges qui sont soumis à son appréciation par le Comité Interministériel des Affaires Foncières et qui ont été arbitrés successivement aux échelons de la Moughata et de la Wilaya. Les règles de fonctionnement de la commission Nationale de prévention et d’arbitrage des conflits fonciers collectifs sont fixées par arrêté conjoint des Ministres de l’Intérieur et des Finance.
Original source: CRIDEM
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