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Agriculture : " Arrêtez de brader vos terres "

Alternatives Economiques n° 300 - mars 2011

Entretien avec Ambroise Mazal, chargé de mission au CCFD-Terre solidaire
Propos recueillis par Manuel Domergue


L'accaparement des terres arables est une des principales menaces qui pèsent actuellement sur la souveraineté alimentaire des pays du Sud, principalement en Afrique. Ces cessions à grande échelle sont facilitées par la fragilité des droits de propriété. Pour mettre un coup d'arrêt à ces pratiques le dernier Forum social mondial a lancé un " Appel de Dakar contre les accaparements de terres ".

Pourquoi l'accaparement des terres est-il devenu une question aussi centrale pour l'avenir ?

Avec la hausse des prix agricoles, on a assisté ces dernières années à une véritable ruée sur les terres des pays en voie de développement. Les acheteurs sont aussi bien des entreprises, comme Daewoo à Madagascar, que des Etats importateurs nets qui achètent des terres dont les cultures sont destinées à l'exportation d'aliments ou d'agrocarburants. S'y sont greffés, depuis la crise financière, divers spéculateurs. On parle ici d'achats ou de locations à long terme de dizaines de milliers d'hectares. D'après la Banque mondiale, on est passé de 4 millions d'hectares cédés par an en moyenne au cours de la dernière décennie à 45 millions en 2009 : le phénomène a plus que décuplé !

En quoi est-ce un problème d'investir dans l'agriculture du Sud ?

L'utilisation de ces terres pour l'agriculture exportatrice entre en concurrence avec les besoins des populations locales. Au Mali, sur les terres fertiles le long du fleuve Niger, des acheteurs de terres libyens ont déplacé des populations, ont bouleversé des cimetières pour mettre en place leurs projets agricoles. Et les populations locales s'en rendent compte quand il est trop tard. Il faut donc bien sûr davantage d'investissements dans l'agriculture, mais dans le but d'aider les populations locales, en misant sur l'agriculture vivrière et l'agroécologie. L'investissement étranger n'est pas automatiquement source de développement et il peut déstabiliser les systèmes socio-économiques locaux.

Que peut-on faire face à ce phénomène ?

Nous demandons aux gouvernements l'arrêt immédiat de ces cessions de terres à des acteurs souvent étrangers. Les Etats du Sud doivent prendre en compte leurs populations, tourner le dos au mirage des investissements étrangers accueillis sans contrepartie, que ce soit en termes de répartition des richesses produites ou de respect des populations locales. Cette bataille au niveau des idées se décline aussi en bataille diplomatique, dans laquelle les Etats du Sud, main dans la main avec les multinationales du Nord, sont hélas bien souvent opposés à toute réglementation.

ccfd-terresolidaire.org/e_upload/pdf/fsm_appeldakarcontrelesaccaparementdeterres.pdf
 

Pour aller plus loin

    * Accaparement de terres au Cameroun
    * Le FSM souffle ses dix bougies à Dakar, Alternatives Economiques n° 298.
    * L'agriculture, première source de développement, Alternatives Economiques n° 270.
    * Le monde peut-il nourrir le monde ?, Alternatives Economiques n° 270.

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