«L’heure de l’alternance a sonné en Afrique»

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Au forum anti-Davos qui s’ouvre à Dakar, démocratie et souveraineté alimentaire sont au menu altermondialiste. Joséphine Ouedraogo, secrétaire exécutive de l’ENDA. DR

Tribune de Genève | 06.02.2011

Catherine Morand

Ex-ministre de Thomas Sankara au Burkina Faso, Joséphine Ouedraogo, secrétaire exécutive de l’ENDA (une ONG soutenue par la Coopération suisse) s’est beaucoup investie dans l’organisation du Forum social mondial (FSM), l’anti-Forum de Davos, qui s’ouvre aujourd’hui à Dakar jusqu’à vendredi. Interview.

Le FSM à Dakar en 2011, c’est important pour l’Afrique?

C’est important que le FMS ait à nouveau lieu en Afrique, pour relever des défis communs, malgré nos clivages régionaux: la question de la gouvernance, la place de la femme, la gestion des ressources, l’accès à l’éducation, l’expression populaire.

Comment se présente le paysage des mouvements sociaux africains?

Il existe une mobilisation de plus en plus grande. Mais il y a parfois une confusion: les ONG, les coopératives de producteurs, les organisations paysannes ne sont pas synonymes de mouvements sociaux. Reste que les mouvements paysans sont très forts en Afrique de l’Ouest, tout comme les fédérations syndicales, les mouvements de pêcheurs. Ce sont des mouvements sociaux que peut venir le changement.

De quoi l’Afrique a-t-elle besoin pour que les choses changent?

Si on ne change pas le système de pouvoir, on va encore ramer les quinze prochaines années, en croyant que la solution viendra de l’extérieur. Mettre plus d’argent dans le système actuel ne servirait à rien. Il faut associer la population et rétablir la confiance avec les élus. Je cite souvent le modèle suisse en exemple: un système où l’esprit citoyen se construit à la base, avec des élections au niveau communal. Dans les systèmes traditionnels, nous avons des chefferies décentralisées, qui y ressemblent.

L’exemple tunisien vous inspire?

Ce qui se passe en Afrique du Nord doit nous faire comprendre qu’un peu partout sur le continent africain, l’heure de l’alternance est en train de sonner. En Afrique subsaharienne, on a déjà assisté à de vastes mouvements populaires qui sont parvenus à chasser des présidents autoritaires et corrompus: au Burkina Faso en 1966, en 1991 au Mali. En Guinée, la lutte du peuple a permis d’avoir un président démocratiquement élu.

Quelles sont les autres priorités pour l’Afrique?

La souveraineté alimentaire est la priorité absolue. Il faut gérer la production de ses propres aliments, et décider en toute liberté de la part à importer. Il faut que le premier marché de ce que produisent nos paysans soit le marché intérieur et pas l’exportation. L’accaparement des terres est une autre urgence. Des Etats qui ont besoin d’argent vendent nos ressources naturelles à des opérateurs privés, à des Etats étrangers. Des centaines de milliers d’hectares de nos meilleures terres sont bradées, par exemple, au Mali, des milliers d’hectares sont confiés à la Chine pour produire du riz chinois, sous le nez des producteurs.

Original source: TdG
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