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La sécurité alimentaire dans la péninsule arabique

Momagri | 25 octobre 2010

Photo: Al Jazeera

S’il est mondial, le thème de la sécurité alimentaire reste le plus souvent focalisé sur des régions comme l’Afrique ou l’Asie qui sont les plus touchées par la faim. En effet, le dernier rapport de la FAO sur l’Etat des lieux de l’insécurité alimentaire mondiale estime qu’en 2010, 98% des personnes touchées par la famine vivent dans les pays en développement, dont 30% en Afrique sub-saharienne et 60% en Asie-Pacifique.

Toutefois, il est aussi important de parler des autres régions du monde, et notamment des pays émergents du Moyen-Orient qui ont mis en place des politiques actives pour sécuriser leur sécurité alimentaire, du fait des contraintes climatiques qui les handicapent dans le développement d’une agriculture locale forte et diversifiée. Aujourd’hui et de plus en plus, ces pays procèdent à des investissements lourds et diversifiés en Afrique ou en Asie, et qui peuvent prendre la forme de partenariats technologiques, voire de programmes d’achat de terres.

C’est ce qu’ont analysé des experts de cette région lors d’une conférence organisée par le Carnegie Endowment for International Peace en 2010. Nous vous proposons ici la synthèse de cette conférence qui a eu le mérite de traiter des problèmes et des risques spécifiques à la région du Golfe en ce qui concerne la sécurité alimentaire. Ce sujet est d’autant plus d’actualité qu’il sera au cœur des prochaines discussions relatives à la régulation des marchés des matières premières financiarisées pour lesquels les problématiques foncières et plus généralement d’achats de terres, représentent un enjeu majeur.

La rédaction de momagri

La sécurité alimentaire devient un enjeu crucial pour les pays du Golfe Persique. Un grand nombre d’entre eux font face à des marchés alimentaires mondiaux plus restreints à cause d’une réduction des excédents exportés par leurs partenaires commerciaux, d’une baisse de la production alimentaire nationale, et de la croissance démographique. Les pays les plus riches de la péninsule Arabique, craignant qu'un jour ils ne soient plus en mesure de sécuriser suffisamment de nourriture pour leurs populations, ont augmenté les subventions gouvernementales, constitué des stocks stratégiques et ont investi dans l'agriculture à l'étranger.

Eckert Woertz, du Gulf Research Center à Dubaï, a examiné la situation de la sécurité alimentaire du Golfe et a évalué les initiatives actuelles des pays qui font partie du Gulf Cooperation Council. Il a été rejoint par Thomas Lippman, du Council on Foreign Relations, qui a commenté la controversée « initiative de sécurité alimentaire » de l'Arabie Saoudite, qui vise à produire de la nourriture dans les pays sous-développés pour la consommation de la population croissante de l'Arabie Saoudite. Christopher Boucek du Carnegie Endowment for Peace a animé le débat.

Les Problèmes

Selon Woertz, la sécurité alimentaire dans le Golfe a pris de l’importance en 2009, lorsque le monde a vu un grand boom des matières premières et une hausse des prix des aliments associée à une restriction accrue de l'exportation par les partenaires commerciaux. Alors que le coût de l'approvisionnement alimentaire en dehors de la région a augmenté, l'offre locale a baissé et la demande régionale a augmenté.

• La demande : 60% des denrées alimentaires du Golfe sont déjà importées. Pendant ce temps, la population du golfe est en augmentation, et entre 2000 et 2030, il est prévu qu’elle double.

• L’approvisionnement local : l'eau utilisée pour l'irrigation provient des nappes anciennes et n'est pas renouvelable. Par exemple, l'Arabie Saoudite était un exportateur net de blé dans les années 1980 et 1990, mais ne peut pas soutenir son réseau d'irrigation. En 2060, le désert aura envahi les terres agricoles où le blé était autrefois cultivé.

• Les coûts des importations : la restriction de l'exportation de produits alimentaires par les principaux partenaires commerciaux a augmenté. Ces derniers sont eux-mêmes préoccupés par leur propre sécurité alimentaire.

Les Solutions

Les pays du Golfe ont cherché à stimuler la production alimentaire dans les pays qui ont suffisamment d'eau et de terres irrigables pour soutenir la population croissante du Golfe. Les pays qui bénéficient des investissements du Golfe s’étendent du Soudan, du Pakistan et de l'Ethiopie, aux Philippines, au Kazakhstan, à la Thaïlande et à la Tanzanie. Les pays du Golfe ont généralement acheté des terres dans ces pays et fourni des capitaux pour accroître la production alimentaire en utilisant leurs ressources naturelles.

Les pays du Golfe dépendent maintenant de quatre sources principales pour la production alimentaire:

1. De nouvelles initiatives dans les pays en développement, où les pays du Golfe peuvent utiliser leurs capacités d'investissement de façon plus agressive. Woertz se réfère à ces sources comme étant dans un schéma classique de dépendance coloniale d’agro-export et d’importation de nourriture.

2. Les pays en voie de développement, tels le Brésil, l'Afrique du Sud, la Thaïlande et l'Argentine, qui ne peuvent pas se permettre de subventionner leur agriculture nationale et ont donc un désavantage lors de la vente sur les marchés mondiaux.

3. Les gros fournisseurs qui subventionnent la production alimentaire au sein de leurs propres frontières, comme les États-Unis et l'Union européenne.

4. La production au sein de leurs propres frontières.

Les sources d'eau disponibles dans le Golfe sont limitées. Woertz a fait référence à un article paru dans le Foreign Policy qui a suggéré que les initiatives visant à acheter des terres dans les pays sous-développés sont en fait des tentatives d'acheter des ressources en eau, et non pas des ressources en terres. Il a signalé que ce qui se passe sur le terrain n'est pas clair ; que tous les motifs des investisseurs du Golfe ne peuvent pas encore être déterminés.

L’Arabie Saoudite

Lippman a évalué le secteur agricole en Arabie Saoudite, ainsi que la perspective saoudienne pour la course à la production agricole dans d'autres pays. Il a décrit comment le problème sociopolitique de l'inflation, associé aux pénuries alimentaires et la sécheresse, a effrayé le gouvernement saoudien et a conduit à des changements dans leurs politiques agricoles.

L’initiative sur la sécurité alimentaire est une nouvelle politique importante, dans laquelle les industries saoudiennes utiliseraient leurs capitaux pour apporter des ressources et de la technologie aux pays qui n'ont pas les moyens. Le gouvernement saoudien affirme que la relation profitera aux deux parties si les investisseurs saoudiens quintuplent la production alimentaire dans ces pays. Les pays hôtes auraient plus de revenus issus de l'agriculture et de la nourriture et ils pourraient augmenter leurs exportations vers l'Arabie Saoudite. Le gouvernement Saoudien compare cette entreprise à l'investissement par l'Occident dans le pétrole. Lippman a expliqué que ces initiatives sont effectivement des coentreprises entre les gouvernements hôtes et les organisations du secteur privé en Arabie Saoudite.

Problèmes potentiels des initiatives de la sécurité alimentaire

• Woertz a fait remarquer qu'il y a eu une certaine opposition à ces initiatives dans les pays hôtes potentiels. La Thaïlande a déclaré qu'il n'y aurait pas de ventes de terres aux pays du Golfe, et les agriculteurs au Kenya et au Pakistan ont exprimé leur opposition aux marchés proposés par les pays du Golfe.

• Lippman décrit le potentiel pour des conflits au sujet des ressources rares à l’extérieur du Golfe. Des tensions internationales pourraient se produire, par exemple, si l'Arabie Saoudite, le Koweït ou les Emirats Arabes Unis cherchent à construire de grands projets agro-alimentaires au Soudan, qui partage sa source d'eau, le Nil, avec l'Egypte.

• Des tensions pourraient également se produire entre les producteurs agricoles dans le Golfe et leurs propres gouvernements. L'Arabie Saoudite, qui a longtemps était fière de son autosuffisance en matière de production alimentaire, est un excellent exemple de ce domaine potentiel de conflit. L'agriculture est une grande entreprise en Arabie Saoudite. Il y a d'énormes projets agricoles dans les déserts, où les Saoudiens font pousser de la luzerne et des légumes et maintiennent des exploitations laitières. En l’an 2000, 5% du PIB de l'Arabie Saoudite et 12% de sa main-d'œuvre étaient orientés vers l'agriculture. De puissants éléments au sein de l'Arabie Saoudite s'opposent à ces nouvelles initiatives pour la sécurité alimentaire. Il s’agit des entrepreneurs agroalimentaires qui croient que le pays devrait augmenter de manière significative ses investissements locaux. Ou d'autres personnes qui, s'inquiétant du risque, se demandent qui assurera les contrats qui en découlent avec les autres gouvernements.

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