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Les investissements fonciers sont une vaste trahison des agricultrices

Pambazuka | 3 juin 2010

par Nidhi Tandon

Pambazuka N° 484

(Traduit par GRAIN)

Original version in English is available here

Les incertitudes qui entourent l’approvisionnement mondial en nourriture et en carburants ont attisé l’intérêt des investisseurs qui se sont mis à acquérir d’importantes parcelles de terres fertiles un peu partout dans le monde, écrit Nidhi Tandon. Mais en privant effectivement les paysans locaux de leurs terres et en perpétuant souvent « des méthodes agricoles nuisibles à l’environnement », cette évolution menace d’avoir des conséquences très négatives pour les petits exploitants, et en particulier les femmes, qui n’ont pas voix au chapitre dans les décisions politiques et commerciales concernant leurs terres, met en garde N.Tandon.

 

La flambée des prix de l’alimentation et des carburants de la fin 2007 a été provoquée par la volatilité des marchés financiers. Dans les six premiers mois de 2008, des émeutes populaires dues à la pénurie de nourriture et à des prix inabordables ont secoué le monde, du Sénégal au Zimbabwe, en passant par Haïti, le Mexique, le Bangladesh ou le Yémen. Ces émeutes ont obligé tous les pays, pauvres comme riches, à prendre davantage conscience des problèmes de sécurité alimentaire.

 

Les incertitudes qui entourent l’approvisionnement mondial en nourriture et en carburants ont provoqué l’intérêt des investisseurs qui se sont mis à acquérir d’importantes parcelles/zones de terres fertiles un peu partout dans le monde, écrit Nidhi Tandon. Mais en privant effectivement les paysans locaux de leurs terres et en perpétuant souvent « des méthodes agricoles nuisibles à l’environnement », cette évolution menace d’avoir des conséquences très négatives pour les petits exploitants, et en particulier les femmes, qui n’ont pas voix au chapitre dans les décisions politiques et commerciales concernant leurs terres, met en garde N.Tandon.

 

«Le prochain boom sera celui de l’agriculture. Dans les 20 à 25 prochaines années, ce seront les agriculteurs qui conduiront les plus grosses voitures, et non plus les banquiers et les analystes. »(Jim Rogers)[1]

 

« L’augmentation brutale affichée par les prix des marchandises récemment, en particulier dans les secteurs énergétique et agricole…menace la santé de millions de personnes dans les pays en développement. Il ne fait aucun doute également que cette montée des prix a accru l’intérêt des investisseurs institutionnels qui voient dans ces marchandises une classe d’actifs comme une autre. La valeur des investissements des indices des marchandises a augmenté d’environ un tiers depuis le début de l’année, pour atteindre plus de 250 milliards de dollars US. » (Ben Steil, 20 mai 2008)[2]

 

« Nous ne pouvons pas réduire la pauvreté si la majorité des sans-terre ne peut se permettre d’acheter de la terre. » (Lumumba Odenda)[3]

 

Que penser de ces déclarations a priori contradictoires ? La première citation (battage de spéculateur) sous-entend que les agriculteurs pourront jouir des mêmes sortes de bénéfices que les spéculateurs. La réalité présentée dans la dernière citation est que beaucoup de ceux qui dépendent de la terre n’en possèdent pas et que de plus en plus de personnes n’ont plus accès à la terre. Tant que les financiers et les spéculateurs profiteront d’un système qui leur rapporte, ce sont eux qui continueront à conduire les grosses voitures. Au fur et à mesure que les financiers et investisseurs se mettent à signer des baux à long-terme voire à acheter purement et simplement d’énormes parcelles de terres, les paysans et les petits producteurs  viennent grossir les rangs des ruraux sans-terre. La mondialisation affecte les marchés fonciers locaux et l’exploitation des terres ; les transactions foncières affectent le prix de la nourriture. L’effet combiné des deux est particulièrement dangereux pour les femmes, car ce sont elles qui produisent la nourriture et qui nourrissent les familles.

 

Cet article examinera les trois points suivants :

 

 

 

 

 

  • Qu’est-ce qui attire les investisseurs et les spéculateurs vers les secteurs agricole et foncier ?
  • Les enjeux pour les petits exploitants – et plus spécialement les femmes – et les effets à long terme sur la production de nourriture et la sécurité alimentaire
  • Comment garantir aux femmes l’accès aux ressources naturelles et à la terre, actuellement et pour les générations futures ?

 

I. VIVRE À LA LIMITE DE LA SURVIE EN TANZANIE DU NORD

 

Le 12 mars 2010, Kooya Timan a fait 66 km pour se rendre aux bureaux du réseau d’ONG de Ngorongoro [4] à Arusha et a passé la nuit en ville, afin de pouvoir le lendemain m’accorder  un entretien téléphonique en vue de cet article. Kooya est une Masaï, mère de cinq enfants nés et élevés dans cette région. Les Masaï sont une communauté d’éleveurs itinérants de Tanzanie du Nord qui dépendent entièrement pour leur subsistance des ressources naturelles et de leurs troupeaux. Les femmes masaï comptent parmi les groupes les plus pauvres et les plus marginalisés de la société tanzanienne.

 

Kooya cultive comme denrées de base des haricots rouges (maharage) et du maïs (mahindi) pour nourrir sa famille. À 37 ans, dit-elle, « …[nous menons] une vie qui n’a jamais été aussi dure. La terre est peu fertile. Nous avons perdu tellement de bêtes à cause des infections virales[5] et de la famine. Les enfants ne vont pas à l’école. » Les quelques vaches et chèvres qui leur restent mènent en effet cette famille au bord du gouffre. Leur régime alimentaire est un régime de famine parce que les ressources dont ils dépendent sont de plus en plus limitées. Kooya n’a pas assez de terre pour pouvoir cultiver un supplément de nourriture qu’elle pourrait vendre au marché. « Beaucoup de femmes se retrouvent sans toit et migrent vers les villes avoisinantes pour y chercher du travail », explique-t-elle.

 

L’empiètement sur les pâturages n’est pas une tendance récente. Ce qui est peut-être différent, c’est que cette tendance est exacerbée par la mondialisation, qu’elle devient plus difficile à cerner et qu’elle accroît encore la discrimination contre les droits des peuples indigènes. En 1984, Tanganyika Breweries Ltd.  et les investisseurs partenaires de l’entreprise avaient besoin de terres pour cultiver de l’orge pour la fabrication de la bière. Dix mille hectares furent réservés à cette époque pour la culture de l’orge.

 

L’empiètement continue de nos jours sous des formes diverses : de nouvelles terres sont ainsi louées à des tierces personnes pour le développement touristique, la conservation, l’extraction de pierres précieuses ou l’agriculture. Cette façon de diviser la terre en faveur des investisseurs et des intérêts étrangers est courante et les conseils de villages ont un mal infini à essayer de récupérer les terres ou à négocier des droits pour les éleveurs ou les paysans locaux. Les chefs spirituels des Masaï, les laibons, sont presque entièrement exclus de toutes les décisions prises au nom de leurs communautés. Quant aux femmes, inutile de le dire, elles n’ont pas voix au chapitre dans ces affaires.

 

La région est célèbre pour sa beauté naturelle. Parmi les principaux sites touristiques, on peut citer le cratère du Ngorongoro, les gorges d’Olduvai et un volcan toujours en activité, le  Mont Lengai. Des artéfacts trouvés dans la région indiquent que les pastoralistes  y font paître leurs troupeaux depuis au moins 2 500 ans. Samwel Nangriria, coordinateur du réseau d’ONG de Ngorongoro écrit : «  Les terres communautaires sont aliénées par le gouvernement et des grandes entreprises du Moyen-Orient ou d’Amérique du Nord dans un but de “conservation”. Durant les neuf derniers mois, nous avons eu un mal terrible à tenter de sauver les terres communes de huit villages que le gouvernement était en passe d’aliéner pour les céder à la famille royale de Dubai. » [6] « A Loliondo, poursuit-il, plus de 300 maisons ont été incendiées ; 1 800 personnes se sont retrouvées sans toit et plus de 100 000 bêtes ont été laissées sans eau et sans pâture. Cela s’est passé entre juillet et décembre 2009. Une femme aurait été violée par la police anti-émeutes déployée par le gouvernement pour évincer les gens de leurs terres par la force. En ce moment nous avons à faire face à une société américaine qui veut s’approprier un bon morceau de terre dans des buts touristiques. » Dans la plupart des cas, les lois foncières émanent directement du gouvernement central. « Nous ne sommes pas surpris d’apprendre après coup que telle ou telle ferme a été vendue à un tiers et sommes habitués à la pagaille qui s’ensuit pour évincer les villageois. Bref, les terres dans des zones clés de Ngorongoro ont atteint des valeurs astronomiques et leur transfert peut être conclu en quelques secondes. »[7]

 

Au congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature [IUCN] en novembre 2004, Martin Saning’o, un chef masaï, l’a rappelé : « Nos pratiques agricoles ont permis de polliniser de nombreuses espèces de semences et de maintenir des corridors entre les écosystèmes. » Cependant, pour sacrifier à la nouvelle mode de la “biodiversité”, plus de 100 000 pasteurs masaï ont été déplacés de leurs territoires traditionnels.[8]

 

Pour Kooya Timan, ce sont les femmes et les enfants qui souffrent le plus, cela ne fait aucun doute. En tant que membre d’une association de femmes pasteurs, elles me fait savoir que chaque membre va contribuer à hauteur de 500 shillings tanzaniens(1,50 dollar US), pour envoyer une délégation de femmes à un meeting communautaire en avril, afin d’exprimer leurs inquiétudes au ministre des ressources naturelles et du tourisme. Une mission préalable qui devait permettre à des femmes de faire une présentation à la State House a été bloquée en décembre 2009. Quand on lui demande ce dont les femmes ont vraiment besoin, Kooya n’hésite pas : « Nous devons pouvoir nous faire entendre à différents niveaux, au niveau de notre gouvernement mais aussi des réseaux de femmes  à travers le monde pour qu’ils nous soutiennent. Nous sommes marginalisés par le gouvernement mais aussi par les hommes de nos communautés, et pourtant, nous les femmes, sommes en majorité dans nos communautés. Il nous faut mettre sur pied un grand mouvement qui forcera le gouvernement à rendre des comptes. »

 

II. LA QUESTION FONCIÈRE DANS LE CONTEXTE ÉCONOMIQUE ACTUEL

 

Le renouveau de l’intérêt pour la terre et les investissements agricoles de par le monde s’explique en partie par l’augmentation de la demande en nourriture, en eau et en carburants ; il est suscité d’autre part par les opportunités fournies par les marchés spéculatifs et également par le fait que les pays cherchent à assurer leurs propres sources de nourriture pour les protéger contre les futures variations de prix et de disponibilité liées au marché. Le rythme d’acquisition des terres s’est beaucoup accéléré à la suite de la crise économique de 2008, créant un marché mondial des terres et des droits sur l’eau qui n’a pas grand chose à voir avec les programmes agricoles des pays concernés.

 

Les investisseurs privés et institutionnels cherchent actuellement des façons de diversifier leurs transactions ; cela peut être l’achat ou la location à long terme de terres agricoles (le point central de notre article),  une spéculation encore accrue sur les marchandises alimentaires [9], et plus d’investissements systématiques tout au long de la chaîne de la ferme à la table. En 2008, les fonds agricoles ont obtenu un retour sur investissement de 9,5 % selon Barclay Hedge, alors que pratiquement tous les autres investissement avaient perdu de l’argent.[10] La spéculation financière sur les contrats à terme de marchandises, qui a suivi l’effondrement des marchés de dérivés financiers, a donné naissance à un « super-cycle » des marchandises. En 2008 et 2009, les spéculateurs cherchant des rendements rapides ont transféré des milliards de dollars de capital-risque et d’obligations hypothécaires pour les investir dans l’alimentation et les matières premières. Cette spéculation débridée sur les marchandises affecte le prix de la nourriture dans le monde entier, du fait de la mondialisation du système de production alimentaire et de l’effet domino qui peut affecter les différents secteurs de l’alimentation. L’impact des prix sur les citoyens des pays importateurs de nourriture a provoqué des ravages partout dans le monde.

 

Les intérêts bilatéraux et multilatéraux se tournent eux aussi vers les investissements politiques et financiers dans le domaine agricole. On le voit par exemple dans l’annonce de la Société financière internationale (IFC) en 2008 : la société allait augmenter ses investissements dans le « développement de l’agrobusiness » en Afrique, en Amérique du Sud et en Russie, en raison de l’intérêt pour l’alimentation récemment démontré par le secteur privé. Une partie de l’argent servira à permettre l’exploitation des terres “sous-utilisées”.[11] Le terme “sous-utilisé” fait souvent référence à une agriculture vivrière à petite échelle qui ne correspond pas aux modèles d’“économies d’échelle” défendus par l’agrobusiness.

Le partenariat de la Fondation Gates et de la Fondation Rockefeller avec Monsanto, destiné à mettre en place sur le continent africain une révolution du type révolution verte asiatique, doit investir 150 millions de dollars US dans le projet d’Alliance pour une révolution verte en Afrique [AGRA] considéré comme essentiel pour la sécurité alimentaire. Sur son site Internet, l’Alliance se décrit comme « un partenariat dynamique couvrant tout le continent et ayant pour but d’aider des millions de petits producteurs et leur famille à se sortir de la pauvreté et de la faim. Les partenariats de l’Alliance se concentreront sur des aspects-clés de l’agriculture africaine : depuis les semences, la santé des sols et de l’eau jusqu’aux marchés, à l’enseignement et aux politiques agricoles. »[12]

Ces programmes masquent en réalité un soutien accru aux biotechnologies. Dans un rapport de 2009, on peut lire l’une des principales recommandations, à savoir « …priorité doit être donné aux investissements concernant les projets internationaux de recherche agricole censés amener des avantages substantiels à un grand nombre de bénéficiaires, en particulier les organismes génétiquement modifiés (OGM) qui permettent de grandement améliorer les rendements agricoles et les cultures “adaptées au changement climatique”.[13]

Josphat Ngonyo, du Réseau africain pour le bien-être animal à Nairobi, a comparé la façon d’opérer de l’Alliance à celle de Monsanto, le producteur mondial n°1 de semences génétiquement modifiées. « La manière dont la Fondation Gates et la Fondation Rockefeller ont monté l’AGRA ressemble à la démarche habituelle de Monsanto : l’AGRA prétend financer et former des franchises agrochimiques de petite et de moyenne taille, jusque dans les villages, afin de garantir aux semences “améliorées” un voie d’accès facile à tous les agriculteurs du continent. Mais Monsanto doit surveiller ses contrats technologiques ; le meilleur moyen de contrôler le transfert des laboratoires de Monsanto vers les agriculteurs est donc que le financier garde la main sur la chaîne d’approvisionnement des semences en Afrique. » En clair, ce sont les grandes entreprises qui ont la maîtrise de l’approvisionnement en semences, qu’elles soient ou non génétiquement modifiées. [14]

LES NOUVEAUX GOLIATHS

De puissantes coalitions d’entreprises agroindustrielles, de fonds d’investissement et de laboratoires de recherche en biotechnologies sont prêts à imposer de nouveaux systèmes d’agriculture industrielle à des pays incapables de défendre leurs propres intérêts. La propriété de la terre et celle des semences sont les piliers essentiels de cette nouvelle industrie.

Une étude de 2009 de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement)[15] note une recrudescence [de l’intérêt] d’anciens investisseurs et l’arrivée de nouveaux dans la production agricole. Les gouvernements qui s’intéressent de plus en plus à la production agricole utilisent des Investissements étrangers directs (IED ou FDI), des fonds souverains (SWF) et d’autres arrangements contractuels pour financer leurs investissements. Parmi les nouveaux investisseurs, on en trouve qui n’ont pas l’habitude d’investir à l’étranger, ou bien des entreprises transnationales comme Daewoo Logistics (Corée du Sud) et Exxon Mobil (USA) ou des fonds de capital-risque, comme Palmer Capital/Bidwells (Allemagne) et le Gulamareh Fund (Malaisie). Ces pratiques d’agriculture industrielle vont continuer à réduire encore l’accès des femmes à la terre et à augmenter leurs difficultés à utiliser cette terre pour produire localement ou trouver des sources d’alimentation locale. De plus, avec les politiques de lutte contre le changement climatique, les mesures internationales légitiment systématiquement ces procédures et préfèrent des initiatives qui vont très souvent à l’encontre des intérêts des femmes.

III. QUELS ENJEUX POUR LES AGRICULTRICES ?

Si la vision d’ensemble qui commence à émerger reste encore floue et parcellaire, les histoires qui nous parviennent du terrain indiquent que les populations locales sont en train de perdre leur accès aux ressources mêmes dont ils dépendent pour assurer leur sécurité alimentaire et leur approvisionnement en eau et en combustible. Les populations rurales dont la survie est inextricablement liée aux écosystèmes locaux sont les plus affectées par la manière dont est défini et dont s’exerce le contrôle de l’usage du sol. Même si les paysans vivent encore sur les terres, il se peut qu’ils n’aient plus aucune influence sur ce qui y est cultivé ou sur le destinataire de la récolte. Quand on enlève à un paysan ce genre de responsabilité, on crée un paysan qui n’a plus aucun lien émotionnel avec sa terre. Nous avons déjà été témoins de l’effet engendré par cette sorte d’“aliénation” sur des terres autrefois fertiles, en Afrique comme en Asie.

La FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) estime que sur les quatre milliards de pauvres et de personnes souffrant de la faim, 50 % sont des petits producteurs, dont une majorité de femmes, 20 % sont des ruraux sans-terres, 10% vivent de l’élevage, de la pêche ou de la forêt, et les 20 % restants vivent dans les villes. La FAO suggère aussi que dans les pays en développement, en particulier en Afrique sub-saharienne,  les femmes accomplissent 60 à 80% du travail mis en œuvre pour produire la nourriture familiale et celle qui se vend sur les marchés.

Quoique les mesures destinées à promouvoir un développement équitable pour les hommes et les femmes aient été popularisées, la réalité est bien autre. Les femmes sont désavantagées à tous les niveaux : elles reçoivent systématiquement moins de formation à la vulgarisation, ont moins facilement accès aux prêts pour le développement agricole, pour le développement et la commercialisation de produits et n’ont généralement pas voix au chapitre face aux hommes. Ainsi, sur les 150 serres qui ont été distribuées en République dominicaine en 2009, seulement quatre ont été accordées à des femmes.[16] Comment donc expliquer que la marginalisation des intérêts des femmes dans le secteur agricole continue?

L’AGRICULTURE COMMERCIALE EST PRIVILÉGIÉE PAR RAPPORT À L’AGRICULTURE VIVRIÈRE LOCALE : Les pays qui dépendent de leurs revenus agricoles favorisent l’agriculture commerciale (pour l’exportation) comme moyen de faire entrer des devises, plutôt que les systèmes agricoles à plus petite échelle qui permettent de nourrir le pays. En d’autres termes, le gouvernement soutient des initiatives qui dépendent souvent d’un financement étranger ; il ignore ou exclut les petits exploitants qui ne produisent pas de monoculture ou de produit à haut rendement qui soit commercialisable. Cela signifie aussi que la polyculture, la combinaison des cultures et les autres méthodes qui ne remplissent pas ce critère de haut rendement sont systématiquement ignorées. Et comme beaucoup de femmes cultivent de plus petites parcelles de terrain avec toute une série de plantes, elles sont de fait exclues de tout projet politique national.

L’INSÉCURITÉ FONCIÈRE RÉDUIT LA PRODUCTIVITÉ : L’Afrique est un continent qui produit de la nourriture et des marchandises. Soixante-dix pour cent des Africains travaillent dans l’agriculture, qui fournit entre 50 et 70 % du PIB africain, et pourtant les rendements agricoles n’atteignent qu’un quart de la moyenne mondiale. Ceci est moins le reflet de la productivité que celui de la nature fragile de l’accès à la terre et de la sécurité des régimes fonciers. Des recherches menées au Ghana ont montré que la productivité des femmes sur leurs parcelles était moindre que celle des hommes, parce qu’elles avaient moins de sécurité foncière, ce qui les empêchent par exemple de laisser une partie de la terre en friche, de peur de perdre leur terre.[17] D’autres études ont également montré que quand les paysans sont “propriétaires” des arbres qu’ils plantent, il est plus probable qu’ils s’intéressent à long terme à la plantation d’autres arbres. Autrement dit, ils ont besoin d’être assurés que le travail investi dans la terre leur garantira un profit sur plusieurs saisons.

LES FOYERS DONT LE CHEF EST UNE FEMME OFFRENT MOINS DE SÉCURITÉ : De plus le pourcentage de foyers dont le chef est une femme (FHH) a considérablement augmenté ces dernières années dans beaucoup de pays d’Afrique. Les FHH ont un taux de dépendance plus élevé, moins d’actifs et un accès réduit aux ressources ; ils ont tendance à avoir davantage souffert de perturbations dans le passé.[18] Les femmes, dont les droits fonciers formels sont quasiment non-existants, qui ne disposent pas de possibilités légales ni procédurales pour protéger leurs intérêts, faire des recours ou obtenir des compensations, sont sûres de perdre d’avance, quand elles sont en concurrence avec des hommes pour des terres. Ces différences entre les genres sont encore plus prononcées quand les ressources de production se réduisent et font des foyers dont le chef est une femme le maillon le plus vulnérable des ruraux pauvres.

Les tendances observées dans les investissements fonciers ne font qu’exacerber ces problèmes sous-jacents. Avec l’apparition des nouveaux investissements fonciers, les agricultrices ont à faire face à toute une série de nouveaux défis.

Plus les transactions financières sont importantes, plus les problèmes des pauvres sont invisibles. Les paysans pauvres n’entendent parler des décisions concernant l’allocation des terres et le choix des cultures que bien après la fin de la transaction. Ils n’ont pas place à la table des négociations et se trouvent devant le fait accompli. En d’autres termes, les femmes risquent de perdre la tenure de leur terre et de devenir des travailleurs agricoles sous contrat sans garantie aucune.

Les transactions foncières sont souvent des accords à plusieurs niveaux entre des gouvernements, des banques et des intermédiaires financiers, qui impliquent une superposition complexe d’éléments du droit foncier. Comme les détails de ces accords ne sont pas faciles à obtenir, les associations paysannes ont de grandes difficultés à en contester les conditions. Les droits des pauvres dans leur pays ne garantissent pas qu’un recours à la justice pourra résoudre leur problème. Au contraire, c’est même souvent la loi internationale qui prévaut sur la loi du pays, ce qui confère encore plus de droits aux investisseurs étrangers.

La monoculture ou agriculture de plantation suppose des investissements et une mécanisation à grande échelle ; elle institutionnalise toujours plus un système agricole au bilan énergétique (énergies fossiles) très lourd et dévastateur pour la terre et l’eau. Ce système favorise une agriculture fondée sur la chimie qui s’est déjà montrée désastreuse pour l’avenir de la biosphère (et est une source majeure de GES [gaz à effet de serre]). Les nouvelles technologies, les semences GM et autres intrants de ce type font partie d’un ensemble fourni avec le financement qui pousse à la fois les gouvernements et les paysans dans un cercle infernal de dette et de dépendance d’intrants importés. Ce système agricole se heurte avec les pratiques biologiques fondées sur plusieurs cultures et des intrants locaux qui sont généralement le propre des petites exploitations.

La construction d’infrastructures destinées au commerce à l’exportation (grands systèmes d’irrigation et de stockage, construction de voies ferrées, de routes et de ports) contribue encore à consolider les voies d’accès des exportations agro-industrielles. C’est une façon de plus de détourner les ressources et l’attention des agricultrices qui ne disposent que de petits marchés locaux et auraient besoin que les infrastructures soient construites autour des besoins locaux.

Le rôle traditionnel des femmes dans la gestion génétique des ressources végétales (collection, sélection et sauvegarde des semences) sera  réduit à néant et totalement dévalué si l’on continue à soutenir les biotechnologies comme il est prévu dans le programme de développement américain. Le moyen de subsistance que représentent la sauvegarde des semences et la production agricole des femmes pourrait  tout simplement disparaître au nom d’un programme de développement mal conçu, qui vise davantage à assurer les bénéfices de l’agrobusiness qu’à renforcer les capacités pour que les femmes obtiennent véritablement la propriété et le contrôle de leur terre. Parmi les risques encourus par les paysans s’ils adoptent une agriculture industrielle, en particulier les semences GM, il faut souligner :

 

 

 

 

  • le transfert des décisions concernant l’alimentation et l’agriculture aux grandes entreprises multinationales
  • la perte de diversité écologique et agricole tandis que les variétés génétiquement modifiées se répandent, et
  • l’éloignement forcé des petits et moyens exploitants de leur terre parce qu’ils ne peuvent se permettre la cherté des intrants, y compris les semences génétiquement modifiées que nécessite l’agriculture industrielle.

IV. CONSÉQUENCES AUX NIVEAUX POLITIQUE ET PRATIQUE POUR LES ÉTATS ET LES ONG

Les solutions technologiques et financières à ces problèmes sont secondaires. Ce qui est essentiel, c’est de mettre en place des alliances, de favoriser le dialogue et la solidarité à travers les frontières locales comme internationales, et de permettre aux femmes de déterminer leurs choix, leurs priorités, leurs façons d’être et d’agir pour obliger les gouvernements locaux à rendre des comptes.

SOLIDARITÉ AVEC LES GROUPES QUI  SOUTIENNENT LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE PLUTÔT QUE L’AGRICULTURE COMMERCIALE

Les femmes veulent pouvoir avoir une influence sur les décisions affectant la vie de leur famille et de leur communauté, ainsi que leur environnement politique et économique. Pour pouvoir demander des comptes à leurs représentants et aux gouvernements, les femmes veulent être mieux informées et voir leurs connaissances, leurs expériences et leurs idées appréciées à leur juste valeur et devenir des voix pour le changement. La “culture du silence” dans laquelle les femmes doivent accepter les décisions des chefs de famille mâles et des dirigeants mâles, même si celles-ci doivent avoir des conséquences négatives pour elles, disparaîtra peu à peu tandis que les femmes construisent leurs propres réseaux de soutien.

Les femmes ont besoin de soutien pour apprendre à s’exprimer et à agir afin de :

 

 

 

 

  • résister aux pressions exercées pour consacrer les terres et les forêts utilisés pour les besoins vivriers des personnes à la production de cultures de rente ou de biocarburants, dans le seul but de maintenir un type de consommation d’élite manifestement non durable
  • tisser des liens de solidarité pour protéger sérieusement les ressources en Biens publics mondiaux (GPG) mais aussi résister fermement aux tentatives d’ouvrir les Biens publics nationaux (NPG) aux multinationales. Les NPG incluent, par exemple, les ressources en eau pour l’usage ménager, l’énergie et l’électricité pour les entreprises nationales, l’éducation, les savoirs indigènes et les expressions de la culture, ou l’accès à des terres “conservées” dans des buts touristiques.
  • renforcer les capacités pour pouvoir négocier avec les représentants des intérêts de la technologie et des capitaux nécessaires aux investissements. Dans ce domaine il faut absolument s’appuyer sur les succès déjà remportés par les organisations populaires.

Les mouvements paysans, les groupes d’agriculteurs biologiques et les mouvements pour l’alimentation se font entendre au niveau local et international pour garder ou reprendre le contrôle sur la production et la consommation locales. Dans de nombreux pays, la Via Campesina [19], le mouvement pour la souveraineté alimentaire et les groupes d’agriculture urbaine reflètent un peu partout l’ampleur de la demande d’une alimentation locale saine. Et ce mouvement de fond amène à regarder l’industrie alimentaire mondiale d’un œil critique. « Quand je choisis tel ou tel haricot, ce n’est pas nécessairement parce qu’il va pousser plus vite ou qu’il va me rapporter davantage au marché : je vais peut-être le faire pousser parce qu’il a meilleur goût. Et c’est ça, la souveraineté alimentaire ! »[20] Les femmes vétérans du Zimbabwe ont émergé en tant que mouvement pour l’alimentation depuis qu’elles se sont fait les championnes de l’accès à la terre dans l’idée d’augmenter la production de nourriture des familles.[21]

SOUTENIR LES POLITIQUES ET LES PRATIQUES D’AGRICULTURE DIVERSIFIÉE– REMETTRE DE LA “CULTURE” DANS L’AGRICULTURE

L’agriculture diversifiée est la “technologie” la plus moderne pour assurer la sécurité alimentaire dans un climat sujet au changement. C’est pour les communautés d’agriculteurs une forme d’assurance séculaire qui leur permet de limiter leurs risques. La sécurité alimentaire implique la sécurité foncière pour les producteurs, la biodiversité de la production  et des liens forts et directs entre consommateurs et producteurs.

Depuis plus de soixante ans, l’agriculture industrielle a établi une domination toujours croissante sur le monde entier. Cette croissance a eu pour conséquence la concentration et la consolidation des terres et du pouvoir entre les mains de quelques géants de l’industrie, et la monoculture à une échelle telle qu’elle est devenue la méthode agricole par défaut. Les petits exploitants ont été éliminés par milliers et les terres ont changé de mains. Le déclin de la petite exploitation agricole ne peut que se répéter dans le monde en développement si l’accaparement des terres se poursuit et si l’on continue à soutenir les biotechnologies.

L’ENREGISTREMENT LÉGAL ET LES TITRES DE PROPRIÉTÉ DOIVENT ÊTRE  ADAPTÉS AUX BESOINS DES FEMMES

Les réformes foncières sont redevenues une priorité dans les programmes internationaux, comme le montre la récente mise en place de la Commission pour la démarginalisation des pauvres par le droit. [22] Les femmes ne possèdent que 2 % de toutes les terres du monde. C’est une situation que condamne la FAO. Dans son rapport pour le PNUD intitulé « La démarginalisation des pauvres par les droits de propriété » (Empowering the poor through property rights), Francis Chéneval attribue la situation à la discrimination des femmes par le droit en termes de propriété, à la prédominance du système patriarcal et au mélange qui s’est opéré durant la colonisation entre les impératifs de la tradition et le droit formel. Le réseau norvégien sur la démarginalisation des pauvres par le droit, basé au Centre pour l’environnement et le développement de l’Université d’Oslo, réclame que soient mis en place des processus légaux pour les titres de propriété et l’accès à la terre pour permettre l’autonomisation des femmes.

Il existe des exemples de situations où des femmes ont pris délibérément des mesures pour enregistrer les terres et garantir les terres collectives. Un groupe du Bengale occidental, SRREOSHI, a mis des terres  à la disposition de groupes de femmes, leur transférant ainsi les droits sur ces terres. Les groupes possèdent non seulement les droits sur ces terres, mais s’occupent aussi de les cultiver pour assurer leurs besoins nutritionnels. Ceci leur à évité d’avoir à chercher d’autres formes d’emploi, comme de casser des cailloux ou de travailler sur les routes,  et ces femmes ont pris suffisamment confiance en elles pour être capables de participer davantage dans leur communauté.

En Gambie, les femmes sont par tradition celles qui cultivent le riz. La plupart des basses terres adaptées à la culture du riz appartenaient à un petit nombre de colons d’origine. Comme ils ne disposaient pas d’assez de main d’œuvre, ces derniers permettaient à des fermiers pauvres sans-terre, surtout des femmes, de travailler la terre durant la saison. Quand la saison était terminée, les colons reprenaient leurs terres. En discutant avec les communautés, un plan a été formulé pour transférer la propriété foncière des colons à ces fermiers pauvres qui étaient prêts à remettre la terre en état. De 1997 à 2005, le Programme de développement agricole des basses terres (LADEP) a servi de catalyseur au changement. Les terres appartenant à des individus ont d’abord été transférées à la communauté, qui les a ensuite distribuées équitablement entre les personnes, principalement des femmes, qui voulaient participer au projet de remise en état. Aujourd’hui, environ 20 000 femmes possèdent définitivement leur terre et leurs enfants pourront en hériter.[23]

CONCLUSION

Cette question demande qu’on s’en occupe de toute urgence. Les petits producteurs et les fermiers de subsistance risquent fort de se voir priver de leur dernière garantie tandis que la crise économique lâche ses mercenaires de l’investissement. L’Alliance panafricaine pour la souveraineté alimentaire (APSA) représente les petits exploitants, les pasteurs, les chasseurs-cueilleurs et les peuples indigènes à travers l’Afrique. Elle exhorte les dirigeants africains à rejeter ce qu’elle appelle « l’appropriation par les multinationales des terres et des systèmes de production alimentaire africains. » L’APSA considère que les gouvernement africains ne s’efforcent pas suffisamment de protéger la souveraineté alimentaire, la biodiversité et les moyens de subsistance de leurs peuples.

Comme le disait Kooya Timan avec insistance, « nous devons pouvoir nous faire entendre à différents niveaux, au niveau de notre gouvernement mais aussi des réseaux de femmes  à travers le monde pour qu’ils nous soutiennent ».

Nous devons être solidaires des femmes qui veulent amener leur gouvernement à rendre des comptes. Les investisseurs viennent et repartent. La terre, elle, est obligée de rester. Que va-t-il se passer dans 10 ou 15 ans, quand les investisseurs ramasseront leurs profits et s’en iront? Qui va devoir payer les pots cassés ?

PUBLIÉ PAR PAMBAZUKA NEWS

Nidhi Tandon est fondatrice et directrice de Networked Intelligence for Development .

Cet article est publié avec l’autorisation d’Oxfam qui le présentera dans le numéro sur l’alimentation de sa revue  Gender and Development plus tard dans l’année.

 

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NOTES

[1] Co-fondateur du Quantum Fund et créateur du Rogers International Commodity Index, Jim Rogers est un investisseur et commentateur financier basé à Singapour.

[2] Benn Steil, director of international economics with the Council on Foreign Relations statement before the Committee on Homeland Security and Governmental Affairs, United States Senate, May 20, 2008 http://www.usagold.com/gildedopinion/benn_steil_20080520.html

[3] http://www.oxfam.org.uk/resources/learning/landrights/downloads/kla4a.pdf

[4] http://www.kenyalandalliance.or.ke/issues/ ?http://www.ngonet-ngorongoro.net/

[5] Les jeunes gnous sont porteurs d’un virus dans leur mucus nasal, virus mortel pour le bétail domestique. Au fur et à mesure que la population de gnous s’accroît,  la menace pour le bétail domestique s’accroît aussi, si les Masaï n’éloignent pas constamment leurs troupeaux des pâturages où se trouvent les gnous.

[6] Communication par email et conversation téléphonique avec Samwel Nangiria 12-15 mars 2010

[7] Samwel Nangiria, Gaspar Leboy, and William T. Olenasha Unpublished paper

[8] (May 2008) Resource Based Conflicts in Ngorongoro District: A Draft Report of a Documentation Exercise. Mark Dowie (introduction)

[9] La montée en flèche du prix du blé, du soja, du sucre, du café est un résultat direct des défauts de dettes qui ont provoqué la panique financière dans les pays occidentaux et encouragé les investisseurs à rechercher des “stocks de valeur”. Ceux-ci vont de l’or et du pétrole au maïs, au cacao et au bétail. Les spéculateurs parient même sur le prix de l’eau..

[10] David Walker (19 January 2009) Agricultural Funds reap a rich Harvest in The Wealth Bulletin http://www.wealth-bulletin.com/home/content/3353056169/ ; (accessed December 26th)

[11] En 2008, l’IFC a dépensé 1,4 milliar de dollars dans la chaîne d’approvisionnement de l’agrobusiness. Sur cette somme 900 millions sont allés directement dans les poches des entreprises agroalimentaires.

[12] http://www.agra-alliance.org

[13] International Institute for Sustainable Development: How Might Agriculture Develop in Southern Africa: Making Sense of Complexity

[14] En 2008, le nombre d’agriculteurs utilisant des plantes GM a augmenté de 1,3 million pour atteindre un chiffred de 13,3 millions. Ce chiffre, qui concernait 6 pays en 1996, en concernait 25 en 2008.

[15] CNUCED Rapport sur l’investissement dans le monde, 2009  http://www.unctad.org/fr/docs/wir2009overview_fr.pdf

[16] NID training workshop, Dominica 2009.

[17] Goldstein, M., and C. Udry. 2005. Landrights and Agricultural Investment in Ghana. Working papers 929. Economic Growth Centre, Yale University

[18] IFAD, 1999. Assessment of Rural Poverty in West and Central Africa. Rome. August. IFAD. 1999. Human Enterprise Ecology: Supporting the Livelihoods of the Rural Poor in East and Southern Africa, Main Report and Working Paper No. 2. Rome. August. http://www.ifad.org/gender/learning/challenges/women/60.htm

[19] La Via Campesina se décrit elle-même comme un “mouvement international qui coordonne les organisations paysannes de petits et moyens producteurs, de travailleurs agricoles, de femmes du milieu rural et de communautés indigènes ». Fondée en 1992 et basée à l’origine en Belgique, l’organisation a maintenant son siège en Indonésie.

[20] Farmer woman from Honduras – interview November 2009

[21] (Mutopo P, Field data, Mwenezi September 2009).

[22]  http://www.undp.org/legalempowerment/pdf/French.Brochure.pdf

[23] cf. http://www.ifad.org/english/water/innowat/cases/f/gambia.pdf

RÉFÉRENCES ET BIBLIOGRAPHIE

GRAIN (2008) Main basse sur les terres agricoles en pleine crise alimentaire et financière. http://www.grain.org/briefings/?id=213

James, Clive (2008) ‘Global Status of Commercialized Biotech/GM Crops: 2008’ ISAAA Brief, No. 39. Ithaca, N.Y.: ISAAA

Dowie, Mark (2009) Conservation Refugees: the hundred year conflict between global conservation and native peoples. Massachusetts Institute of Technology Press, Cambridge, Massachusetts

Draper, Peter, Sheila Kiratu and Tanja Hichert (2009) International Institute for Sustainable Development: How Might Agriculture Develop in Southern Africa: Making Sense of Complexity

Mutopo, P, (forthcoming) Women`s Access to Land and Livelihoods after Fast Track Land Reform in Mwenezi District, Zimbabwe

Tandon, Nidhi (2007) Biopolitics, climate change and water security: impact, vulnerability and adaptation issues for women

Von Braun, J. (2010) ‘Food and financial crises: Implications for agriculture and the poor.’ IFPRI brief prepared for the CGIAR Annual General Meeting, Maputo, Mozambique.

 

Pambazuka Lien vers l’article : http://farmlandgrab.org/13488

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