Logo-text

Appropriation et concentration de droits fonciers à grande échelle-Le cas de l'Ethiopie

AGTER | janvier 2010

ETHIOPIE

Accaparement des terres.

Mathieu Perdriault

Cet article fait partie d’une sélection de cas retenus par AGTER pour illustrer les phénomènes actuels d’appropriation massive de terre dans le monde. Les informations proviennent dans une large mesure de la presse et la plupart peuvent être consultées sur le blog de GRAIN. Ces informations sont souvent très incomplètes. Nous vous invitons à nous aider à les améliorer en nous envoyant d’autres données, en mentionnant vos sources avec précision par le biais du forum associé à cet article.

Caractéristiques du cas

Nombreux et vastes projets d’acquisition de droits fonciers à des fins de production alimentaire et non alimentaire (en particulier énergétique) impliquant à des degrés divers des investisseurs nationaux, dans un contexte d’insécurité alimentaire élevée.

Politique du gouvernement à l’égard des investissements Attractive
Échelle des projets d’acquisition de droits fonciers identifiés Plus de 8.400 investisseurs étrangers et locaux ont obtenus des licences d’exploitations agricoles commerciales ces derniers mois. 2.000 d’entre eux ont entamé la mise en œuvre de leurs projets. Ces derniers sont de dimensions variables. Les plus grands portent sur des ensembles fonciers compris entre plusieurs milliers (par exemple, une "joint-venture" réunissant des capitaux éthiopiens et des capitaux des Emirats Arabes Unis s’est constituée pour produire du thé sur 5.000 Ha) et plusieurs centaines de milliers d’Ha (300.000 Ha sont désormais sous le contrôle de Karuturi Global Limited, entreprise indienne, 400.000 Ha sous celui d’intérêts saoudiens).
Finalités des projets Production agricole alimentaire (canne à sucre, thé), production non alimentaire (huile pour divers usages industriels dont la production d’agrocarburants, l’industrie cosmétique ou pharmaceutique)
Modalités de production Production à grande échelle/Agriculture contractuelle impliquant notamment des exploitations communautaires
Impacts économiques, sociaux et environnementaux identifiés Données non disponibles
Contestations sociales Données non disponibles

Description de la situation identifiée

Les sources et registres officiels font apparaître que l’usage de quelques 600.000 Ha de terres a été confié a des investisseurs agricoles privés et publics, nationaux ou étrangers entre le 1er janvier 2004 et le 31 mars 2009. Les auteurs du rapport Land Grab or Development Opportunity ? [1] font apparaître que ces données sont souvent très inférieures aux surfaces mentionnées par ailleurs (presse, déclarations d’investisseurs) pour les mêmes projets. Selon le gouvernement (qui déclarait cet été avoir délimité 2,7 millions d’Ha à attribuer prochainement), 1,7 millions d’hectares auront été confiés à des investisseurs étrangers d’ici à la prochaine campagne de récolte. Au premier rang de ceux-là figure l’Inde qui a déjà investi 2,5 milliards de dollars dans le secteur agricole de ce pays pour les 3 à 5 prochaines années et plus de 4 milliards si l’on compte ses investissements dans les secteurs de la santé et de l’industrie pharmaceutique, des technologies de l’information et de la communication, de la formation à la gestion de l’eau et de la consultance en plasturgie (entre autres). Dans le secteur agricole et horticole 80 entreprises indiennes sont ainsi implantées en Éthiopie, dont Karuturi Global Limited, l’un des principaux producteurs de roses coupées mondiaux, qui a acquis des droits sur plus de 300.000 Ha dans la région de Gambella. L’Inde a aussi offert au gouvernement éthiopien une aide au développement d’infrastructures par le biais de prêts à bas taux pour un montant total qu’elle n’avait mobilisé pour aucun autre pays jusqu’ici (plus de 600 millions de dollars).

Les firmes étrangères qui ont commencé la mise en culture de grandes surfaces de terres les consacrent à la canne à sucre, au thé, au coton et au jatropha pour le production de biodiesel (entreprises indiennes), au palmier à huile (entreprises saoudiennes qui auraient acquis le contrôle de 400.000 Ha en Éthiopie) et au sésame (entreprises chinoises).

Flora Ecopower, entreprise allemande, a par ailleurs conclu en 2007 un accord d’investissement de 77 millions de dollars destiné à produire du biodiesel (principalement à partir de ricin). Il devait impliquer, selon des informations datant d’avril-mai 2007, la mise en culture de 13.000 Ha dont 2.500 Ha par des producteurs locaux (« community farming ») de l’Est Hararge dans le cadre de contrats. Ces derniers prévoiraient que chaque producteur consacrent 2 Ha, pendant 5 ans, à la production souhaitée par la firme en échange de la garantie d’achat de la récolte et de la fourniture de semences. Des journalistes rapportent que cette offre aurait été bien reçue par les paysans qui sont à la recherche d’alternatives à la culture de café. Cependant, il s’avérerait que 87 % des terres concédées à l’entreprise (dont une bonne part a été défrichée pour les besoins du projet) étaient situées dans la zone du sanctuaire d’éléphants de Babile. En août dernier, une représentante de l’ONG Misereor mentionnait un objectif total de surface mise en culture différent. Selon elle, Flora Ecopower souhaitait avoir mis en culture 80.000 Ha à la fin de l’année 2008 pour produire aussi de l’huile végétale utilisable par l’industrie pharmaceutique et cosmétique.

Sur un total de 74 millions d’hectares de terres arables, les autorités éthiopiennes estiment que les agriculteurs éthiopiens en cultivent 17 millions. Elles souhaitent explicitement voir le reste mis en valeur par des investisseurs étrangers. 4,9 millions d’éthiopiens dépendent aujourd’hui de l’aide alimentaire.

Voir l’article de présentation des cas sélectionnés, pour plus de détail sur la nature de ce travail, ses limites et son objectif.

Sources

- « Development experts fear unchecked international land grabs in Africa », Deutsche Well, 13/08/2009

- « Foreign states in race to take up Ethiopia’s farmland », Daily Nation (Nairobi) By ARGAW ASHINE 13/08/2009

- « Interview : Ethiopia sets aside land for foreign investors », Reuters, 29/07/2009

- « Thailand : Field of battles », Phusadee Arunmas et Nareerat Wiriyapong, Bangkok Post, 13/07/2009

- « India joins « neocolonial » rush for Africa’s land and labour », Dean Nelson, The Telegraph 28/06/09

- « India cultivates Africa », Dinesh C. Sharma, Mail Today, New Delhi, 25/06/09

- « Indian Company launches agro-investment project in Gambella » Ethiopian News Agency , 08/06/2009

- « India outsources agriculture », Sumana Narayanan, Down to Earth, 17/06/2009

- « Saudi Arabia looks for foreign farmlands to feed itself », Dawn (Pakistan), 26/04/2009

- « Saudi investors to put $100 mln into Ethiopia farm », Reuters, 06/04/09

- « FACTBOX-Foreign forays into African farming », Reuters 20/03/09

- « Bio-diesel Project Encroaching on elephant Sanctuary » Addis Fortune, W. Zenebe, 27/05/2007

- « German Co Invets hlaf Bln Birr Plus on Bio-Fuel », Addis Fortune, W. Zenebe, 09/04/2007.
    Posted by: AGTER
  • Icon-world  AGTER
  • 19 Jan 2010

Who's involved?

Who's involved?


  • 31 Jan 2023 - Online
    Occupation of territories by foreign companies: impacts on local populations
    Large_en-lancement-31_01
    31 Jan 2023 - online
    Ocupação de territórios por empresas estrangeiras: impactos sobre as populações locais
    Large_pt-lancement-31_01_2023
  • Languages



    Special content



    Archives




    Latest posts