Djibouti: "La sécurité alimentaire constitue la priorité des priorités dans notre pays"

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La Nation | 3 decembre 2009

Entretien avec...

Abdoulkader Kamil Mohamed

Ministre de l'Agriculture, l'Elevage et de la Mer, chargé des Ressources Hydrauliques

Le ministre djiboutien de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Mer, Abdoulkader Kamil Mohamed, a participé du 16 au 18 novembre 2009, à Rome, en Italie, à un Sommet mondial sur la sécurité alimentaire. Il a prononcé, à cette occasion, une allocution dans laquelle il a présenté la vision et les préoccupations de notre pays sur les problématiques de la faim et de la sécurité alimentaire. Le ministre a bien voulu accorder une interview à nos confrères de l'Agence Djiboutienne de l'Information (ADI). Nous reproduisons ci-dessous l'intégralité de ses propos dans cette revue de presse.

M. le ministre, vous avez représenté le Chef de l'Etat au Sommet mondial sur la sécurité alimentaire organisé par la FAO à Rome, en Italie, du 16 au 18 novembre 2009.  Quels ont été les grands axes de votre intervention à la tribune de cette conférence ?

Comme vous le savez, cet important Sommet a réuni plus de 60 chefs d'Etat et de gouvernement et 191 ministres de 182 Etats membres de la FAO. Mon intervention était axée essentiellement autour des préoccupations et des souhaits de nos peuples sur les questions de la sécurité alimentaire.  Nous avons soulevé alors l'urgence de convenir d'une action immédiate visant à inverser la tendance et à donner une impulsion déterminante pour éradiquer le fléau de la faim et de la malnutrition dans nos pays respectifs.

En 2006, dans cette même ville de Rome, le Sommet mondial sur la sécurité alimentaire, avait adopté une résolution appelant à réduire de moitié, à l'horizon 2015, le nombre de personnes souffrant de la faim et de la malnutrition, estimé à l'époque à 800.000 personnes.

Or aujourd'hui, les dernières statistiques de la FAO chiffrent à plus d'un milliard- la majorité dans les pays en voie de développement- le nombre des personnes souffrant de la faim et de la malnutrition. C'est en partie pour toutes ces raisons que nous avons interpellé les leaders de ce monde, à faire bloc dans le combat contre la faim, comme ils l'ont fait récemment pour surmonter à coups de centaines de milliards de dollars, la profonde crise financière qui a ébranlé les économies de nombreuses nations.

Mais hormis cette responsabilité de la communauté internationale dans la situation d'insécurité alimentaire dans les pays en voie de développement, n'avons-nous pas nous aussi notre part de responsabilités ?

En effet, il est évident que la responsabilité première incombe aux pays en voie de développement concernés par ce fléau. Faut-il le rappeler, de nombreux pays de l'Asie du sud-est confrontés au même problème, il y a quelques décennies, ont mis en place des politiques et des moyens appropriés qui leur ont permis de juguler la faim et la malnutrition, tout en exportant de larges excédents de production agricole.

Sans négliger les contributions des organisations spécialisées et des aides de la communauté internationale, il est temps que les pays africains concernés s'engagent dans la même voie en investissant massivement dans le secteur primaire pour augmenter rapidement la production agricole, appliquant en cela la résolution du Sommet de l'Union Africaine de juillet 2003 à Maputo ( Mozambique ), qui fixe au minimum à 10% la part du budget consacrée au secteur primaire dans chaque Etat Membre de l'Union Africaine.

Le Président de la République a placé la sécurité alimentaire au premier rang de ses priorités, quels sont concrètement les dispositifs adoptés par le gouvernement djiboutien pour lutter contre ce fléau ?

Comme vous le savez, le gouvernement malgré la conjoncture de crise économique mondiale, a mis en place un dispositif courageux pour assurer la sécurité alimentaire pour tous, en accordant d'importantes subventions pour lutter contre la flambée des prix des principales denrées alimentaires de base, au profit notamment des populations les plus vulnérables. Encore une fois, malgré ce contexte difficile la sécurité alimentaire constitue la priorité des priorités dans notre pays. En effet dans le cadre de l'Initiative Nationale pour le Développement Social, impulsée par M. Ismaïl Omar Guelleh, le gouvernement a mis également en place des mécanismes et des institutions appropriés pour développer rapidement le secteur primaire.

Ainsi, la part du budget national consacré au secteur primaire a été doublée au cours de ces dernières années, passant de 2,5% en 2006 à plus de 5% en 2009 ; pour atteindre l'objectif de 10% dans les prochaines années, conformément à la résolution de l'UA adoptée en juillet 2003 au Sommet de Maputo.

Au niveau institutionnel, le gouvernement a mis en place cette année, la Société Djiboutienne de Sécurité Alimentaire.

Cette institution dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière, est chargée notamment de la mise en œuvre et la gestion des projets de sécurité alimentaire sur des milliers d'hectares de terres fertiles mis à la disposition de notre pays par l'Ethiopie, le Soudan, et le Malawi ; de la gestion du Stock National Stratégique Alimentaire ; et enfin de la mise à disposition d'informations sur les marchés et les prix de denrées alimentaires de base.

Par ailleurs, nous avons décidé d'accorder des facilités et des privilèges aux investisseurs privés nationaux ou étrangers, dans le secteur primaire.

Ces facilités vont de la concession de terres agricoles, d'équipements hydrauliques, tels que des forages ou des infrastructures de pêche (port de pêche, usine de traitement des poissons etc.), d'exonération de taxes sur le matériel et les produits importés destinés au secteur agricole, ou encore le libre rapatriement des bénéfices d'exploitation.
Original source: La Nation
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