Forum des Peuples Bandiagara 2009 : De la nécessité de promouvoir une politique agricole africaine

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Togo Presse Liberté | 19 juillet 2009

Vue sur une partie des participants durant la cérémonie d'ouverture (abc burkinresse-liberté | dimanche 19 juillet 2009

Par Sylvanus Abalo

De Bandiagara à l'Office du Niger

La lettre d’information n° 339 d’abc Burkina, relate la tenue de la dernière rencontre du Forum des Peuples qui s’est tenue à Bandiagara au Mali, en même temps que se réunissaient en Italie, au sein du G8, les dirigeants des pays les plus riches du monde.

Les participants avaient inscrit à l’ordre du jour de leurs travaux la question de l’agriculture africaine, et des risques à court terme que fait peser la pression de plus en plus importante sur les terres agricoles. Sujet que nous avons déjà abordé dans plusieurs articles de notre blog. AFRIQUE-ECONOMIE : AU G8 L'AFRIQUE ENCORE AUX OUBLIETTES Economie AFRIQUE OUEST ACTUALITE TOGO ; AFRIQUE-AGRICULTURE : TERRES AGRICOLES SELON l’IIED UNE NOUVELLE RUEE VERS L’OR !  Economie  AFRIQUE OUEST ACTUALITE TOGO  21/06/2009 à 23h38 ; dans lesquels nous donnions des exemples concrets et actuels pris au Ghana et au Togo, pour illustrer notre propos.

Il est intéressant de relever ici un nouvel exemple qui est donné relatif à un projet agricole Lybien  au Niger, Malybia, portant sur 100 000 hectares.

Ceci prouve bien qu’une véritable course contre la montre est désormais engagée en Afrique pour l’appropriation des terres agricoles.

Nous publions ci-dessous la lettre d’information n°339 d’abc Burkina : De Bandiagara à l'Office du Niger

Alors que les dirigeants des 8 pays les plus riches se réunissaient en Italie, nous étions plus de 600 participants à Bandiagara, au Mali, pour le Forum des Peuples. Nous étions là pour affirmer avec force que le G8 n’a reçu aucun mandat pour concevoir des plans de développement au nom de l’Afrique.

« Au moment où le G8 se tiendra dans un style bourgeois, en Italie, nous tenons notre sommet des pauvres sur le plateau dogon, dans la localité de Bandiagara (Nord du Mali) », a déclaré mardi Mme Barry Aminata Touré, citée par l’AFP. « Il n’y aura pas de sujets tabou, nous parlerons de tout…des défis que pose la crise financière internationale aux populations, mouvements sociaux et gouvernements africains », a-t-elle ajouté en précisant : « nous voulons donner mauvaise conscience aux pays riches. Notre message est clair : il n’appartient pas au G8 d’élaborer des programmes et stratégies de développement pour l’Afrique. »

Les pays riches ont annoncé à la fin du sommet du G8 qu'ils vont investir 20 milliards de dollars en faveur de la sécurité alimentaire mondiale. Ne croyez surtout pas qu'il s'agit là d'une bonne nouvelle.

Cette annonce est dans la logique des préoccupations des dirigeants du G8.

Depuis la crise alimentaire mondiale de 2008, les pays industrialisés ne pensent qu'à cela : investir dans les pays pauvres, spécialement en Afrique, pour leur propre sécurité alimentaire ou dans l'espoir de faire des profits juteux.

Une étude de la FAO et du Fonds international de développement agricole (FIDA) a été publié le 25 mai 2009.

Elle a pour titre :

« Accaparement des terres ou opportunité de développement ? » Elle « appelle à la consultation des populations rurales menacées et à une meilleure prise en compte de leurs intérêts dans les transactions » (Cité par l'hebdomadaire malien « Les Echos » du 12 juin 2009, dont nous empruntons ici plusieurs éléments).

Le rapport confirme l'accroissement des transactions à grande échelle. En 5 ans, en Ethiopie, au Ghana, au Mali, à Madagascar et au Soudan, ce sont 2,5 millions d'hectares sur lesquels les investisseurs se sont rués. Et le phénomène va encore s'accentuer car les profits sont réels et juteux.

Malibya agriculture la société chargée d'exploiter les 100 000 hectares "offerts" à la Libye (abc burkina)

Ce phénomène d'accaparement des terres agricoles devrait s'accroître. Le « commerce du carbone »va renforcer ce phénomène. En effet, il permet au pays du Nord de continuer à polluer en produisant des agro carburants sur les terres agricoles du Sud (nous y reviendrons plus longuement dans un prochain article).

« Comme souvent en Afrique, ces terres sont propriétés des Etats et les paysans ne détiennent qu'un droit d'usage » dénonce ladite étude. Les contrats signés par les investisseurs restent très vagues et la répartition des récoltes entre exportation et consommation locale est totalement occultée.

Ce que nous avons vu à l'Office du Niger ne contredit pas cette étude. En effet, en quittant Bandiagara, nous nous sommes rendus à Kolongo et nous avons visité le domaine de 100 000 hectares offert par le Mali à la la Libye dans la zone de l'Office du Niger. Nous avons pu constater que les travaux (confiées à une entreprise chinoise) avancent rapidement, tant du côté des canaux d'irrigation que de la route de 40 km qui traversera ce domaine large de 2 à 3 km.

Travaux d'aménagement du canal principal (100 m de large) (abc burkina)

Nous avons posé la question à plusieurs personnes normalement bien informées de l'Office du Niger: personne n'a pu nous dire si le riz qui sera produit par la société « Malibya agriculture » est destiné à la population libyenne, malienne, africaine ou au marché mondial ! »

Le Forum des Peuples de Bandiagara a bien eu raison d'affirmer, une fois de plus, la nécessité de promouvoir la souveraineté alimentaire. La sécurité alimentaire de l'Afrique de l'Ouest ne passe pas par l'investissement des pays industrialisés, à leur profit, dans les terres africaines, mais par l'application d'une politique agricole à l'abri des fluctuations du marché mondial.

Bamako, le 13 juillet 2009

Maurice Oudet Président du SEDELAN
Original source: Togo Presse Liberté
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