Les terres agricoles ne sont plus «achetables»

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Les terres agricoles ne sont plus «achetables»

CHRONIQUE / À qui la faute? Aux spéculateurs qui font monter les enchères? Aux fonds d’investissement qui ratissent de plus en plus large? Aux citadins qui débarquent à la campagne et se découvrent des talents de gentlemen-farmers?

Chose certaine, les terres ne sont plus «achetables». Il faut avoir les reins solides et accepter de payer jusqu’à 25 000 dollars l’hectare, dans certains cas extrêmes, pour acheter une terre en culture ou une terre agricole.

Résultat: ou bien on s’endette, ou bien on renonce à se lancer dans l’aventure. Pas étonnant, dans ces conditions, que les jeunes ne parviennent pas à rassembler les montants nécessaires pour «passer à la banque».

C’est tout de même ironique. D’une part, le gouvernement Legault nous fait de belles promesses à propos d’une agriculture «made in Québec». D’autre part, ce même gouvernement tarde à mettre en place des mesures progressistes pour permettre à la relève agricole d’accéder à la propriété terrienne.

Des chiffres

Hausse moyenne du prix des terres [en 2020]

  • 7,3 % : pour l’ensemble du Québec
  • 32,4 % : en Estrie
  • 19,5 % : au Saguenay-Lac Saint-Jean

Source : Financement agricole Canada

Pourquoi morceler les terres?

Tout dernièrement, le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, a fait part de son intention de «morceler [davantage] les terres» pour soutenir le développement des petites fermes. Il croit que cela favorisera l’accès aux terres pour les jeunes agriculteurs qui ambitionnent de nourrir les Québécois.

Dans le cadre du projet de loi 103 – qui fera l’objet d’une commission parlementaire - Québec accorderait plus de pouvoirs administratifs à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ).

Il est question ici de favoriser l’émergence de différents modèles agricoles, ce qui n’est pas, en soi, une mauvaise idée.

Le problème, c’est que la bonne volonté apparente manifestée par le ministre Lamontagne est loin de faire l’unanimité. Plusieurs organisations, et non les moindres, ne sont pas convaincues que l’avenir de l’agriculture doit passer par l’accentuation du processus de morcellement des terres.

On craint même que cette mesure se fasse au profit des développeurs et des spéculateurs qui vont sauter sur l’occasion pour acheter des petits lots pour y construire des maisons et des commerces.

On appréhende également une accélération de l’étalement urbain. On voit venir de loin tous ces citadins qui pourraient mettre la main sur des terres de plus petite superficie sans avoir l’intention de les rendre productives.

Parmi les organisations qui ont levé un drapeau rouge après avoir pris connaissance des intentions du gouvernement sur une redéfinition du zonage agricole, on retrouve la Fédération de la relève agricole du Québec, Équiterre, le Centre québécois du droit de l’environnement, Vivre en Ville.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) fait aussi partie du groupe. Le puissant syndicat de producteurs, par la voix de son président général, Marcel Groleau, appréhende que les nouveaux lopins de terre qui seront morcelés deviendront des «cibles idéales» pour y construire des «maisons-manoirs» à la campagne.

Dans une lettre d’opinion publiée ce week-end dans les médias de la province, le premier dirigeant de l’UPA, qui termine son dernier mandat, estime que «l’enjeu principal n’est pas l’absence de lots de petite taille, mais plutôt leurs prix et le détournement [possible] de leur vocation initiale». Il signale au passage que la valeur des terres a augmenté de 327 % depuis 10 ans. Rien de moins.

Tout au contraire de ce que pense l’UPA, l’Union paysanne voit plutôt cela comme une avancée. Ses militants estiment que ce virage fera en sorte que l’agriculture ne sera plus réservée aux grands producteurs, aux grandes fermes. C’est aussi la vision de Jean-Martin Fortier, porte-étendard d’une nouvelle forme d’agriculture axée sur la culture biologique.

Faut-il rappeler qu’il est le plus grand défenseur du modèle de ferme maraîchère à plus petite échelle, les microfermes.

***

Quoi qu’il en soit, sommes-nous sur le point d’assister à une réforme en profondeur du modèle agricole traditionnel? En d’autres termes, est-il raisonnable d’espérer que le Québec deviendra – finalement - une terre fertile pour les producteurs de la relève? Cessera-t-on un jour de céder nos plus belles terres à des investisseurs qui carburent aux rendements?

À défaut de leur faciliter l’accès à la propriété, pourrait-on offrir aux jeunes la possibilité de louer les terres à long terme tout en leur offrant des incitatifs fiscaux?

Chose certaine, le débat fait rage. Il y a ceux qui espèrent que le gouvernement caquiste donnera aux jeunes les moyens de leurs ambitions. Cela suppose qu’il bonifiera comme il se doit les programmes d’aide à l’établissement en agriculture et qu’il favorisera l’accès au financement en vue de l’acquisition des terres agricoles.

Il y a ceux, également, qui ne voient rien de mal à ce qu’on dézone des terres, à gauche et à droite, puisque, de toute façon, ces terres ne sont plus cultivées...

C’est le débat entre ceux qui continuent de croire à une agriculture saine et assumée, et ceux qui privilégient le développement économique à tout prix. Ce n’est pas la première fois, loin de là, que le gouvernement au pouvoir promet de se pencher sur l’enjeu de l’accès aux terres agricoles.

Il est grand temps qu’on passe à l’action.

Souvenons-nous que sous le gouvernement de René Lévesque, le Québec avait une autonomie alimentaire de 80 %. C’était à l’époque où l’Agriculture, alors représentée par le regretté ministre Jean Garon, était au cœur des priorités du gouvernement.

Original source: Le Soleil
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