Le concept d'agropole porte vraiment à débat au sein des ONG

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CommodAfrica | 28 juin 2017

Le concept d'agropole porte vraiment à débat au sein des ONG

C'est au tour des ONG Inter-Réseaux développement rural et de SOS Faim-Belgique dans le Bulletin de synthèse Souveraineté alimentaire qui vient de paraître ce matin de s'interroger sur la pertinence des agropoles.

Des agropoles qui ont le vent en poupe comme en témoigne encore le projet au Togo lancé par la Banque africaine de développement (BAD) et le gouvernement togolais et dont nous faisions l'écho hier dans nos colonnes (lire nos informations). Mais un modèle contesté comme nous le relations aussi le 9 juin à l'occasion de la parution du rapport "Agriculture africaine : l’impasse des pôles de croissance agricoles" publié par trois ONG françaises, Action contre la Faim, CCFD-Terre Solidaire et Oxfam France à l’occasion du G20 Africa Partnership les 12 et 13 juin derniers (lire nos informations).

Dans son Bulletin, Inter-Réseaux constate que "la promotion des « partenariats public-privé » comme stratégie de financement du secteur agricole en Afrique s’amplifie. Elle répond à la volonté d’une transformation de l’agriculture jugée « traditionnelle » en une agriculture à forte mobilisation de capitaux, capable d’accélérer la croissance agricole et de répondre à la demande alimentaire. Cette orientation vers les investissements privés se matérialise par différentes approches dont celle des pôles de croissance agricole ou agropoles. Bien que ces processus connaissent des avancées différentes selon les pays, ils suscitent déjà plusieurs débats autour du modèle agricole entrepreneurial à grande échelle promu et de sa capacité à répondre aux défis actuels des économies et des sociétés africaines."

Et l'ONG de rappeler qu'à côté d'autres approches territoriales, comme les zones économiques spéciales (ZES) ou encore les corridors de croissance, ces pôles de croissance agricole ou agropoles sont "à l’origine basé sur l’idée d’un développement inégalement reparti dans l’espace (approche territoriale) autour d’un pool d’industries motrices bénéficiant des « effets d’agglomération". Depuis la fin des années 2000, la Banque modniale est le précurseur de la nouvelle approche des pôles de croissance comme dispositif d’attraction des investissements privés dans des secteurs spécifiques -agriculture, mines, tourisme,…-."

Inter-Réseaux et SOS-Faim Belgique contestent la pertinence du "modèle théorique d’agropoles [qui] se heurte à des réalités historiques et sociales spécifiques aux zones de mise en œuvre. Ces réalités sont faiblement prises en compte dans les processus de réflexion et d’élaboration des agropoles." En outre, " la réalisation de nouveaux aménagements et infrastructures implique des déplacements de populations et d’importantes redistributions du foncier." L'ONG rappelle que "développés dans le cadre de partenariats public-privé, les pôles de croissance agricole nécessitent toutefois un important investissement initial en ressources publiques difficilement mobilisables par les Etats."

Tout ceci pour de faibles résultats, estime-t-on, tout en soulignant la relative nouveauté du concept et des projets. Au Burkina, " les niveaux de productivité observés sur les projets pilotes conduits par les acteurs de l’agrobusiness sont faibles : les rendements sont dans plusieurs cas, deux à trois fois moins élevés que les moyennes attendues." D'autre part, si un des objectifs est de faciliter l'accès aux marchés, pour l'heure ces projets se concentrent davantage sur l'accès aux intrants et aux équipements. En outre, les "dynamiques d'agrégation" des agriculteurs familiaux aux entreprises de plus grande taille sont "quasi-inexistants". Sans oublier qu'à ce jour, "les investisseurs se mobilisent peu".

En somme, une "trop forte concentration des investissements publics sur quelques milliers d'hectares et principalement en faveur du secteur privé commercial se fait en défaveur d'autres acteurs clés", dont les agriculteurs familiaux.
Original source: Commodafrica
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