"L'argent public ne doit pas financer l'accaparement des terres"

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L’Allemande Birgit Zimmerle, de Berlin, spécialiste des domaines environnement et développement, collabore régulièrement avec des organisations d’entraide (Photo: Bernard Bovigny)

APIC | 12.10.2012

Olten: L’argent public ne doit pas financer les accaparements des terres

Des organisations d’entraide tirent la sonnette d’alarme   

Bernard Bovigny, Apic

Olten, 12 octobre 2012 (Apic) Les organisations chrétiennes d’entraide Action de Carême (AdC) et Pain pour le Prochain (PPP) dénoncent le financement des accaparements de terres dans le monde par l’argent public. Alors qu’elles devraient réduire la pauvreté et la faim, les banques internationales de développement adoptent des projets qui ont un effet contraire, ont-elles affirmé le 12 octobre 2012 devant la presse à Olten.

Cette campagne de dénonciation des accaparements de terrain intervient à l’occasion de l’assemblée annuelle de la Banque mondiale à Tokyo et 4 jours avant la Journée mondiale de l’alimentation. Dans une étude commanditée par AdC et PPP, intitulée "When Development Cooperation becomes Land Grabbing" (Quand la coopération au développement provoque l’accaparement des terres), l’Allemande Birgit Zimmerle démontre le processus utilisé par des entreprises agroalimentaires pour exploiter à leur à profit des terrains agricoles au détriment de populations privées de moyens de subsistance. Tout cela avec le soutien financier de banques internationales de développement, cofinancées par des fonds publics.

Birgit Zimmerle a elle-même été témoin des conséquences désastreuses de certains projets en Asie du Sud-Est ou en Amérique latine. Ainsi, des terres sont cédées par des gouvernements à des prix parfois dérisoires. Elles sont déboisées, puis asséchées pour faire place à des monocultures, sur de grande étendues, destinées à l’exportation.

Miges Baumann, économiste et responsable du secteur "Politique de développement" chez Pain pour le Prochain (Photo: Bernard Bovigny)

"Procurer des places de travail"

Souvent, ces entreprises profitent des législations lacunaires en matière d’acquisition de terrains ou de systèmes traditionnels villageois, comme en Afrique, qui ne reconnaissent pas le droit de possession individuel des cultivateurs. Pourquoi les gouvernements acceptent-ils de brader ainsi de bonnes terres? Et pourquoi les banques de développement soutiennent-ils de tels projets? "Ils croient tous participer à un effort de développement et veulent procurer des places de travail", affirme Miges Baumann, économiste et responsable du secteur "Politique de développement" à PPP. "Les entreprises affirment parfois qu’elles cultivent des terrains qui n’étaient pas utilisés. Mais en réalité, les gouvernements ignorent que ces terres sont cultivées par des communautés locales", souligne Birgit Zimmerle.

Le phénomène d’accaparement des terres a principalement débuté avec la colonisation. Il date de plusieurs centaines d’années, affirme Yvonne Buschor, responsable du secteur Sud à AdC. Sera-t-il difficile de le supprimer? En tous cas, dans un premier temps, les deux organisations ont demandé que l’argent du contribuable en Suisse ne puisse plus le favoriser. Dans une prise de position présentée lors de la conférence de presse à Olten, Miges Baumann a mis en évidence trois revendications adressées au monde politique suisse:

  • Les recettes fiscales suisses ne doivent pas financer les projets d’accaparement des terres. PPP et AdC demandent au Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) de s’engager en faveur d’une meilleure politique de développement.
  • Les normes de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) doivent absolument être respectées lorsque les banques de développement soutiennent des projets agricoles à large échelle. Ainsi, une protection minimale de la population locale sera garantie lors de projets agricoles portant sur de grandes surfaces.
  • Une transparence maximum doit être adoptée pour les projets et les contrats fonciers. "Il est souvent difficile de voir clair sur les provenances des financements en raison de la complexité des organisations impliquées", a expliqué Miges Baumann.
Henk Hobbelink, directeur de Grain, organisation lauréate du Prix Nobel alternatif, spécialisé dans larecherche sur les accaparements de terres (Photo: Bernard Bovigny)

L’eau au centre des accaparements de terres

Les constats effectués par Birgit Zimmerle et les conclusions de son étude ont été confirmés par le Néerlandais Henk Hobbelink, directeur de GRAIN, lauréat du Prix Nobel alternatif 2011 pour son étude sur le développement qui a dénoncé les processus d’accaparement des terres. Son organisation a documenté de nombreux cas, en Ethiopie, en Inde, au Soudan, au Soudan du Sud et en de nombreux autres pays dans le monde, où des projets agroalimentaires ont provoqué la misère de la population locale. Tout cela avec des financements très complexes et difficiles à identifier. Henk Hobbelink a insisté sur l’eau comme objet de profit dans beaucoup de projets en Afrique. Car en accaparant des terres alimentées par d’importants cours d’eau, les entreprises assurent la prospérité de leurs monocultures, sur le dos des populations paysannes de la région. "Les investissements sont nécessaires au développement de l’agriculture, mais pas au détriment des besoins de la population locale", a lancé le directeur de GRAIN.

En général, les banques de développement soutiennent de grands projets de monocultures sur d’énormes surfaces, par exemple de soja de fourrage concentré pour nos animaux ou de canne à sucre pour les agrocarburants alimentant nos voitures, ont souligné plusieurs intervenants. "La population rurale locale en subit les conséquences. Elle perd ses bons champs, voit ses forêts s’éroder et ses fruits disparaître et souffre de la faim. Seule une minorité retrouve du travail. Les dédommagements pour l’achat ou le loyer atterrissent rarement dans les poches des petits paysans", a affirmé Miges Baumann.

Note: des photos de la conférence de presse de AdC et PPP peuvent être commandées à [email protected] Prix pour diffusion: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.

16 octobre: Journée mondiale de l’alimentation

"Près de 870 millions d’êtres humains souffrent de la faim dans le monde", souligne Caritas Suisse en marquant la Journée mondiale de l’alimentation. C’est le 16 octobre 1945 qu’a été fondée la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. L’une de ses priorités est d’établir la sécurité alimentaire dans le monde.

"Mais qu’en est-il aujourd’hui?", se demande Caritas Suisse dans un communiqué diffusé le 12 octobre. L’organisation d’entraide des catholiques suisses souligne que depuis les années 70, la proportion de personnes affamées a quasiment diminué de moitié dans le monde. "Toutefois, en chiffres absolus, leur nombre a augmenté. Selon la FAO, 868 millions de personnes souffrent de la faim aujourd’hui dans le monde. Plus de la moitié de ces personnes vivent en Asie et dans la région du Pacifique, un quart environ en Afrique. Chaque jour, 24’000 personnes meurent de faim et de ses conséquences. Parmi elles, se trouvent 18’000 enfants de moins de 5 ans", lance Caritas.

La FAO voit dans l’augmentation constante du prix des denrées alimentaires la cause principale de la faim. "Selon une étude de la Banque mondiale, ces prix ont augmenté de 83% entre 2005 et 2008. Entre juin 2010 et mai 2011, les prix du maïs et du froment ont presque doublé", dénonce Caritas Suisse. Selon elle, différents facteurs sont à l’origine de ce phénomène : l’augmentation de la demande (avant tout de denrées d’origine animale et de matières premières végétales destinées aux carburants), la crise économique, l’augmentation du prix du pétrole, de mauvaises récoltes dues au changement climatique et la spéculation sur les denrées alimentaires.

Qui sont les personnes souffrant de la faim?

"Paradoxalement, ce sont souvent les personnes qui participent à la production des denrées alimentaires qui souffrent de la faim", poursuit l’organisation d’entraide. "Ce sont avant tout de petits paysans (environ 40% de la population mondiale vit de cette forme d’agriculture). Les rendements sont souvent trop faibles. Les infrastructures nécessaires (routes, machines, alimentation en courant) font défaut. Les connaissances manquent également. Et les petits paysans ne sont que peu, voire pas du tout, impliqués dans le développement de nouvelles techniques de production. Beaucoup ne possèdent pas leur propre terre et le travail est saisonnier".

Original source: APIC
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