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Contrer le pillage des terres africaines

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Hans Herren

AgriHebdo (Lausanne) | semaine 37, 17 septembre 2010

En Afrique, de plus en plus de terres arables sont exploitées par de grandes entreprises étrangères pratiquant des monocultures sur d'immenses surfaces, pour produire des

aliments, du fourrage ou des agrocarburants essentiellement destinés à l'exportation.

De plus en plus de terres fertiles africaines sont livrées à des investisseurs étrangers. Le bradage massif de millions d'hectares annule les efforts de lutte contre la pauvreté et pour une petite agriculture durable». Tel est le constat de Hans Rudolf Herren, lauréat du Prix mondial de l'alimentation et président de la Fondation Biovision pour un développement écologique. Pour contrer ce mouvement, le remède existe: former et soutenir les paysans africains.

«Le bradage des terres africaines ne peut pas contribuer à un développement raisonnable», analyse l'agronome Hans Rudolf Herren. En règle générale, les décisions se prennent loin des petits paysans concernés, qui perdent souvent leurs droits d'exploitation et sont chassés de leurs terres. Et même quand ils peuvent rester, la concurrence avec l'agriculture industrielle pour l'accès à l'eau fait tomber leur productivité et menace les bases naturelles de leur existence.

Razzia fatale sur les terres africaines

Le boom mondial des agrocarburants et la hausse des prix de nombreux aliments de base - deux phénomènes liés - ont dopé la ruée sur les terres africaines ces dernières années. Pour les fonds étatiques des pays du Golfe, pauvres en eau, et pour des pays surpeuplés comme la Chine ou l'Inde, l'objectif est d'approvisionner leurs populations en cultivant à l'étranger.

Depuis la crise financière globale, de plus en plus de banques, fonds d'investissements et spéculateurs privés ont pris le train en marche pour trouver des placements sûrs. Ces milieux négocient avec les gouvernements ou les élites locales la vente ou la location de millions d'hectares, promettant investissements et empois. Ils obtiennent en contrepartie des avantages fiscaux et peuvent exploiter les sols sans se soucier de leur capacité de régénération. Monoculture, machines lourdes, pesticides et engrais chimiques font pression sur les écosystèmes, les eaux de surfaces et les nappes phréatiques, tout en réduisant la fertilité des sols et la biodiversité, rendant ainsi les cultures plus vulnérables aux maladies et aux parasites.

Rapport de la Banque mondiale étouffé

La Banque mondiale a réalisé une étude sur l'accaparement des terres qui confirme clairement ces craintes. La version officielle du rapport n'est pas encore publique, mais des fuites ont révélé des résultats flagrants. D'habitude, les représentants de la Banque mondiale louent les investissements axés sur le profit dans les pays en développement, comme solution pour sortir de la misère et de la dépendance. Cette fois, l'institution doit admettre que l'acquisition de terres par des investisseurs étrangers n'amène que rarement des améliorations sur place. Les fuites du rapport indiquent que les populations rurales ne profitent guère de ces situations. Le plus souvent, il se crée des conflits autour des droits d'exploitation de la terre et les gens ont le sentiment d'être exploités, surtout dans les pays ayant un Etat de droit peu développé, des pays où les investisseurs se concentrent.

L'agronome sénégalais Jacques Diouf, directeur de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), va plus loin: il met en garde contre une nouvelle forme de colonialisme qui pèse lourd sur l'avenir de l'Afrique. Dans certains pays comme Madagascar ou le Kenya, ce phénomène a déjà créé des troubles sociaux et politiques.

Biovision montre des alternatives

La Fondation Biovision prouve par les projets qu'elle soutient depuis plus de dix ans que la productivité de l'agriculture africaine peut être fortement augmentée sans les grandes entreprises agricoles étrangères. «Pour cela, il n'y a pas besoin de l'agriculture industrielle avec son énorme consommation d'énergie fossile, d'eau et de produits chimiques dangereux pour l'environnement. Il faut un renforcement des structures en faveur des petits paysans, explique Hans Rudolf Herren. Les problèmes de l'économie de subsistance peuvent être résolus avec peu d'investissements par une meilleure formation et une meilleure information des paysans. Mais pour cela, les terres qui sont la base de l'alimentation doivent rester entre les mains des populations locales».

En collaboration avec des organisations locales, Biovision soutient les petits paysans dans les pays d'Afrique orientale, en encourageant des méthodes agricoles proches de la nature, la transformation des produits et l'accès aux marchés pour créer de nouvelles sources de revenus. La résistance, en partie réussie, à des ventes de terres montre que des paysans organisés et bien informés sont plus aptes à se défendre contre le bradage des bases de leur existence et la spéculation alimentaire. «Les Africains peuvent se nourrir eux-mêmes, répète Hans Rudolf Herren. A condition que leurs terres ne soient pas livrées aux marchés mondiaux, mais restent entre leurs mains».

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