La Banque mondiale dénonce le Monopoly agricole

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Le Figaro | 08/09/2010

Par Arnaud Rodier

Un rapport publié ce mercredi relève que les acquisitions de terres cultivables sont devenues un champ de bataille.

Avec son rapport publié ce mercredi, la Banque mondiale met le pied sur une poudrière. Intitulé «L'intérêt croissant pour les terres agricoles dans le monde peut-il apporter de bénéfices équitables à long terme?», il relance la guerre entre industriels et paysans. Aujourd'hui, partout sur le globe, les acquisitions de terres cultivables ou riches en minerais se transforment en véritables champs de bataille.

Entre 1998 et 2008, il ne se vendait pas plus de 4 millions d'hectares par an. En 2009, ce chiffre est passé à 45 millions d'hectares. Flambée des prix des matières premières, volatilité des cours du pétrole, explosion des besoins alimentaires, tout concourt à favoriser la spéculation. Spéculation des États qui, comme la Chine, veulent s'assurer leur autosuffisance. Spéculation des multinationales qui flairent un marché plus que prometteur.

La sécheresse en Russie a contraint le pays à geler ses exportations de blé l'été dernier, entraînant une hausse des cours de 70%. Le Brésil a décidé de restreindre les achats de terres par les étrangers. L'Inde vient de rejeter un projet minier britannique pour protéger les 8000 membres d'une tribu locale. Tout le monde cherche à s'organiser face aux spéculateurs.

Opérations frauduleuses

La Banque mondiale, qui souligne qu'un milliard d'individus ne mangent pas à leur faim sur terre, se garde bien de trancher. Elle remarque que les investissements étrangers peuvent être un moyen de corriger la faiblesse des moyens financiers des pays visés, d'apporter des transferts de technologie, d'améliorer la productivité de leur agriculture et de réduire la pauvreté. Mais elle reconnaît aussi que ces investissements peuvent être source de conflits sérieux, voire d'opérations purement et simplement frauduleuses.

Son rapport passe en revue quatorze pays (Brésil, Cambodge, Congo, Éthiopie, Indonésie, Liberia, Laos, Mexique, Mozambique, Nigeria, Pérou, Soudan, Ukraine, Zambie) et note qu'en Afrique, en particulier, les promesses sont rarement tenues, contrairement au Pérou, au Brésil, au Mexique où les règles du jeu concernant les acquisitions de terres sont clairement définies.

Car les étrangers ne sont pas seuls en cause. Les gouvernements sont souvent responsables, faute de législation, de cadres compétents ou, tout simplement, de volonté politique d'organiser leur développement agricole. Autant d'éléments qui, conjugués au manque d'information, favorisent la corruption.

«L'ampleur et souvent l'aspect spéculatif des transactions sur les terres observés ces derniers temps ont pris tout le monde par surprise», plaide la Banque mondiale. Et d'ajouter: «Du coup les acquisitions se font souvent au détriment des populations locales, en particulier celles qui sont les plus vulnérables, sans leur apporter les compensations appropriées.»

Outre la Chine, la Corée du Sud, le Japon, les pays du Golfe participent également à ce gigantesque Monopoly. Mais la banque ne désigne personne nommément. Elle se contente de renvoyer les acteurs à leurs propres responsabilités. Que les gouvernements fassent respecter les lois, que la société civile se comporte en «chien de garde», que les organisations internationales soient vigilantes et que le secteur privé, enfin, prenne conscience qu'il ne s'agit pas seulement d'investir, mais d'«investir mieux».
Original source: Le Figaro
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