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La finance au secours de l'alimentation mondiale

 

(Photo : Associated Press)

 

Les Échos | le 7 juin 2010

Vincent Jacob et Bertrand Hervieu

 

Vincent Jacob est Associé-Gérant de Crystal Consulting et Bertrand Hervieu est Inspecteur Général de l'Agriculture.

 

La crise alimentaire s'aggrave. Désormais, selon la FAO, plus de 1 milliard de personnes souffrent de la faim. Le défi d'en nourrir 9 milliards en 2050, dont 1,8 milliard en Afrique, reste donc entier car, pour y parvenir, il faudra multiplier la production agricole par deux et inventer de nouveaux modes d'accès à l'alimentation pour les populations non solvables. Cette crise incite à repenser le mode de développement, d'intervention et de financement. L'économie de moyens dans ce contexte est essentielle à un moment où les ressources publiques sont réduites par le niveau des déficits, l'aide publique au développement en retrait et les modes de gouvernance mondiaux souvent en deçà de ce qu'on pourrait attendre.

 

La mobilisation de la sphère financière en matière alimentaire peut être une partie de la solution et non la source d'une aggravation du problème. Elle n'élude pas la responsabilité des politiques publiques nationales et la manière dont la coopération Nord-Sud peut contribuer à favoriser les transferts de technologies, le conseil sur la gouvernance foncière et la stratégie agricole. La réflexion qui s'est engagée au plan international sur les outils financiers publics et privés pour traiter le changement climatique devrait être étendue à la problématique de la sécurité alimentaire mondiale.

 

Car iI y a une carence de financement de l'agriculture (recherche, production, transformation, formation) dans les pays en développement (PED). L'agriculture reçoit en Afrique moins de 3 % du financement total du secteur privé alors que, dans nombre de pays africains, elle représente la moitié du PIB et emploie 2 actifs sur 3. Le financement de la valorisation des terres agricoles encore disponibles principalement en Afrique et en Amérique latine ainsi que celui des améliorations techniques permettant d'obtenir dans des conditions de durabilié acceptables le doublement de la production peuvent être encouragés par la recherche pour les capitaux internationaux de rendement, de croissance et de diversification qu'offre l'investissement agricole dans les PED. C'est bien l'opportunité de financer la révolution verte en Afrique qu'appelle de ses voeux Kofi Annan.

 

Pour contribuer effectivement au plan local et au plan global à la sécurité alimentaire, les investissements étrangers, notamment en matière de foncier agricole, doivent cependant satisfaire plusieurs conditions :

 

 

 

 

 

 

  • la transparence des transactions, en matière de coûts et de bénéfices pour toutes les parties prenantes, dans le souci d'échapper en matière agricole à la malédiction des ressources expérimentée dans le domaine des industries extractives ;
  • l'équité des transactions, avec l'association systématique des populations locales, l'intégration des droits d'usage du foncier avec la mise en place le cas échéant de mécanismes compensatoires et l'appui, le cas échéant, de tiers experts, ainsi que le suivi des engagements sur la durée ;
  • la systématisation des études d'impact en termes économiques sociaux et environnementaux, mais également s'agissant de l'évaluation ex ante des effets nets des investissements sur la production agricole locale dès lors qu'on substitue un mode de production à un autre ;
  • la prise en compte de la sécurité alimentaire dans tout accord en s'assurant de la participation des communautés locales et des retombées directes pour l'approvisionnement alimentaire local. Cela peut conduire à la coexistence de grandes exploitations avec des plus petites dont les agriculteurs locaux seraient enfin dotés des moyens d'investissement et de l'accompagnement qui leur font défaut.

Les forces de rappel, tels la responsabilité sociale d'entreprise, le risque de réputation ou les risques juridiques et politiques, restent encore insuffisantes. Il faut les accentuer avec l'instrument d'une conditionnalité en matière d'assurance, de cofinancements publics ou multilatéraux, d'appuis techniques et par l'évaluation qualitative de l'impact des activités des acteurs financiers afin d'influer sur les modes de financement mis en place. La déclinaison spécifique des principes de l'investissement responsable des Nations unies par rapport à la question alimentaire s'impose. Il faut rendre plus opérationnels du point de vue des enjeux de sécurité alimentaire des outils comme les principes de l'Equateur, utilisés en matière de financement de projet pour définir la norme acceptable des financements.

Au-delà, demeure un espace pour de l'innovation produit utile et performante dans une gestion multi-actifs (actions, obligations, « private equity », foncier, matières premières, microfinance…) qui favorise la réduction de l'insécurité alimentaire tout en se situant dans une approche en amont et en aval de la filière de production agricole. A cet égard la place du commerce équitable dans les circuits de distribution, les politiques de prix et de normes des agroindustries, l'accroissement de la valeur ajoutée sur place par la mise en place d'outils de transformation, l'appui à la production vivrière, l'utilisation des biotechnologies, l'amélioration des infrastructures rurales, sont autant de pistes ayant une incidence réelle sur la sécurité alimentaire et qui peuvent guider les choix d'investissement. L'investissement privé, pour autant qu'il réponde à des exigences précises, paraît une voie incontournable pour relayer des intiatives comme le Fonds mondial contre la faim, doté de 900 millions d'euros, lancé le 22 avril 2010 avec des capitaux publics et privés, qui, géré par la Banque mondiale, ciblera la petite agriculture.

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