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Terres agricoles: comment des speculateurs contournent la loi

«Depuis que le cognac est reparti. Les deux endroits de forte pression, ce sont les vignes en Charente et les terres céréalières dans la Vienne», dit Benoît Biteau. (Photo archives CL)
Charente Libre | 8 juillet 2015

Terres agricoles: comment des speculateurs contournent la loi

Benoît Biteau le concède: «Le dispositif et l’interventionnisme de la Safer peuvent sembler violents.» Dans un pays attaché à la propriété privée, ce dispositif qui encadre la transmission du foncier agricole heurte.

«C’est un dispositif mis en place par Edgar Pisani, qui considère que la terre agricole n’est pas un bien comme les autres.» Un bien qui ne doit pas passer entre des mains étrangères pour, à l’époque, garantir l’indépendance alimentaire de la France. La Safer, c’est aussi un outil d’aménagement du territoire rural, une garantie contre les immenses exploitations qui vident les campagnes.

Mais la spéculation n’est pas un gros mot réservé aux marchés boursiers. C’est une réalité qui commence à gagner les campagnes, jusqu’en Charente. Vers Champagne-Mouton et Le Bouchage, une exploitation atteint 3.800 hectares.

«Plus personne ne peut acheter ici. Le propriétaire rachète tout ce qui est à la vente», peste un agriculteur. Qui se demande: «Quand il n’y aura plus qu’un homme sur un tracteur pour 500 hectares, il n’y aura plus personne dans les boulangeries, les écoles. Ce sera la mort totale de nos campagnes.»

Sur le sujet, l’omertà est de mise, l’anonymat: la règle. Cap sur Bioussac, Condac, le Nord-Charente et le Sud-Vienne. Là, c’est un groupe financier irlandais qui met la main sur les terres. «Ils font cultiver les terres par un entrepreneur agricole. Il passe une fois de temps en temps avec un tracteur de 300 chevaux et c’est tout», râle un élu, impuissant.

Pour mettre la main sur ces terres sans passer par la case Safer, ces groupes ou très gros céréaliers incitent les vendeurs à créer une société. Le foncier est ensuite apporté au capital de la société. «Et les groupes rachètent des parts sociales, qui ne sont pas soumises au droit de préemption de la Safer.» Il y a un simple devoir d’information: «Et on se rend compte que 50% du marché se font hors Safer», regrette Benoît Biteau.

Pour les investisseurs, l’intérêt est sonnant et trébuchant et le retour sur investissement rapide. Pour schématiser: les récoltes paient les charges courantes. L’évolution du prix du foncier agricole, de 3 à 4% par an, assure une bonne rentabilité à long terme. Et les hectares achetés permettent de récolter les aides de la politique agricole commune, indexées sur la surface des exploitations.

Ou comment les aides européennes destinées à soutenir l’agriculture et la paysannerie viennent alimenter les bénéfices de fonds d’investissements. Cantonné aux grandes régions céréalières, le phénomène a gagné la Charente il y a cinq ans. «Depuis que le cognac est reparti. Les deux endroits de forte pression, ce sont les vignes en Charente et les terres céréalières dans la Vienne», dit Benoît Biteau.

Conséquence immédiate: selon les chiffres fournis il y a une semaine par la direction régionale de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Forêt, le prix des terres agricoles a augmenté de 15% dans le Ruffécois entre 2013 et 2014, de 14% dans le Confolentais et de 11% dans le Cognaçais.

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