« Mbane sera plus grave que Fanaye »

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"Nous ne sommes pas prêts à faire des concessions. C’est une question de vie ou de mort pour les agriculteurs, les éleveurs et les populations futures."
La Gazette | vendredi 8 juin 2012

ALIOU DIACK, DIRECTEUR DE CAMPAGNE DE BES DU NIAKK ET EX-PRESIDENT DE LA COMMUNAUTE RURALE DE MBANE
 
« Mbane sera plus grave que Fanaye »
 
Aliou Diack plane sur le hit des politiques depuis l’affaire de Mbane. L’ancien président de la communauté rurale de Mbane éjecté de son fauteuil communautaire par le décret, 2011- 653 du 1ER juin 2011, érigeant la commune de Ndombo Sandjiry veut devenir le « Bour Walo » et patron de Dagana au soir du 1er juillet. Directeur de campagne du mouvement Bës du Niakk, il s’indigne de la spoliation foncière et de la menace qui pèse sur la culture multiséculaire peule avec l’octroi de 4312 hectares à la Compagnie Sucrière du Sénégal (Css). Chasseur, pêcheur, cultivateur, boulanger et talibé, l’ancien potache du Lycée Faidherbe est titulaire d’un doctorat de l’Université de Stuttgart. Spécialiste des études de ponts et chaussées, marié à une Allemande, ce militant du Parti communiste allemand dès 1975, juge les premiers jours de l’ère Macky Sall. L’ancien professeur de bétons de l’école polytechnique de Thiès (1984- 1988), premier sénégalais à la diriger, décline les bases de la campagne du mouvement citoyen Bës du Niakk dirigé par Serigne Mansour Sy Djamil. Sa tête bourdonne de projets en miniature pour la communauté rurale de Mbane, sa raison de vivre. Dans cet entretien, l’ex-directeur technique de la Banque de l’habitat du Sénégal sous l’actuel Premier ministre Abdoul Mbaye revient sur la spoliation foncière à Mbane.

Monsieur Diack, quelles sont les nouvelles de Mbane ?

Elles ne sont pas bonnes. Dimanche (20 mai), l’ancien président de la délégation spéciale de la communauté rurale de Mbane, Bassirou Tall installé depuis le découpage de Mbane par le décret 2011-653 du 1er juin 2011, a fait une sortie fracassante et inquiétante sur Sud Fm et la 2stv. Il a déclaré que l’autorité lui a demandé d’octroyer une superficie de 4312 ha à la Compagnie sucrière sénégalaise (Css) et il aurait refusé. Mais sur la base de ce refus, l’ancien ministre des Collectivités locales, Aliou Sow a, par arrêté ministériel, demandé qu’on le remplace. C’est grave parce qu’il n’y a qu’un décret présidentiel qui peut proroger son mandat ou l’enlever. La loi qui régit les collectivités locales notamment le Code des Collectivités Locales en son article 193 prévoit une durée de 6 mois, après on organise des élections locales pour l’élection d’un nouveau bureau ou à défaut, on proroge le mandat. Cela n’a pas été fait, donc Bassirou Tall qui était illégalement en place a été relevé entre les deux tours. Le sous-préfet, Talla Ndiaye aurait fait la passation de service le lundi (le 21 mai). Cela est extrêmement grave pour la République parce qu’on a piétiné la loi qui régit les communautés rurales d’une part et d’autre part, il y a le scandale des terres.

Le président Macky Sall disait qu’il allait abroger le décret sur les découpages administratifs, pourquoi alors, il y aurait passation de service entre des présidents du conseil rural de Mbane au moment où vous devez être rétabli dans vos fonctions ?

Le président a pris l’engagement de nous rétablir dans nos fonctions mais il n’a pas encore abrogé le décret sur les découpages administratifs. La mesure a été annoncée en conseil des ministres. Toutefois, c’est grave que des autorités soient impliquées dans le bradage et la spoliation des terres appartenant aux paysans. Ces terres avaient été demandées par la Compagnie sucrière sénégalaise à la communauté rurale de Mbane, nous avions refusé en son temps parce que ces terres sont habitées par des populations peules, éleveurs et concernent Pathé Badio qui fait plus de dix villages séculaires. Ils y ont cimetières, mosquées et terres et y vivent. C’est aberrant de leur demander de déguerpir pour y planter de la canne à sucre. Certaines mauvaises langues disent que c’est l’une des raisons qui ont fait que la délégation spéciale a été installée à Mbane sous la pression de la Css. Aujourd’hui, Bassirou Tall a refusé de signer l’octroi des terres et est à son tour destitué et remplacé par un autre, Bassirou Tall pour qu’il signe la délibération avant notre réhabilitation. C’est scandaleux !

En avez-vous parlé aux autorités ?

Je n’ai eu l’information que dimanche (le 20 mai) mais quand j’ai rencontré (le 22 mai) le ministre de l’Aménagement du territoire et des Collectivités locales, Cheikh Bamba Dièye, il m’a dit ne pas être au courant. C’est étonnant, dans une République qui fonctionne que le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales ne soient pas au courant qu’un Sous-préfet est en train d’installer un nouveau Pcr à Mbane. Et cette installation enfreint la loi, il y a une grosse anguille sous roche.

C’est vrai qu’on avait octroyé plus de terres que ne détient la communauté rurale de Mbane…

J’ai des documents que je ne voulais pas publier par pudeur, mais il y a des limites à ne pas franchir. On cherche à déposséder les éleveurs et les paysans de leurs terres et de leur espace vital au profit d’une agriculture, à mon avis, qui ne nourrit pas les hommes. Car, je suis convaincu qu’il faut d’abord passer par les cultures vivrières pour que les gens aient à manger et à boire et puissent atteindre l’autosuffisance alimentaire. Et il faut que les troupeaux aient où paître. J’interpelle les autorités et le Président de la République sur cette bombe explosive qui dort à Mbane.

Craignez-vous que la tragédie-Fanaye se répète ?

Mbane sera plus grave que Fanaye ! Ce sont des milliers d’hectares détenus par les anciens ministres d’Etat, des hautes autorités et des gens qui ont profité de leur position de gouvernement et d’influence avec l’ancien régime. Nous avons fait de l’audit citoyen et nous avons toutes les informations et la liste des bénéficiaires illégales depuis la création de la communauté rurale en 1980. Aujourd’hui, la Compagnie sucrière veut prendre les terres comprises entre le village de Madina et de Pathé Badio, pour faire de l’irrigation goutte à goutte, ce n’est pas acceptable ! Les troupeaux ne peuvent plus paître entre les deux Madina, ils envoient le bétail au Ferlo ou plus haut encore. Et entre les villages de Thiago et de Ndombo, les troupeaux ne peuvent plus paître. La Css a tout barré. Le bétail ne peut plus circuler et les villages sont enfermés. Nous avions refusé la demande de 4312 ha pour protéger plus de 10 villages peuls. Nous avons engagé un bras de fer et nous n’allons pas reculer, sinon de Richard Toll à Mbane, les troupeaux ne pourront plus se déplacer, c’est inacceptable. Seulement, ils ont trouvé dans l’administration, des gens pour mettre la pression sur les populations et prendre leurs espaces. Ceux qui travaillent à la Css sont menacés de renvoi. D’autre part, des gens de l’entourage proche de l’ancien président de la République se sont octroyé des terres : son ex-chef de cabinet, des ministres, … Nous avions pris une délibération pour désaffecter toutes ces terres mais le sous-préfet a mis les pieds dessus. Je ne sais plus ce qui en est advenu après notre départ, mais c’est une bataille que l’on continue. Macky Sall a pris l’engagement de corriger l’injustice des délégations spéciales, nous attendons que cet engagement soit respecté et sur le problème des terres, nous ne sommes pas prêts à faire des concessions. C’est une question de vie ou de mort pour les agriculteurs, les éleveurs et les populations futures.

Au cours la récente rencontre entre le président Macky Sall et les Pcr, est-ce que d’autres communautés rurales ont fait état de bradage foncier à l’image de Mbane ?

La situation diffère d’une communauté rurale à une autre. Mbane c’est une zone plate, l’eau est accessible, il y a le lac de Guiers, le fleuve Sénégal. Ce sont des terres fertiles, non salées et près de l’eau. Le rush est grand à Mbane mais la plupart des communautés rurale ont ce problème. Sangalkam est victime de lotissements et la spoliation des terres par des sociétés immobilières. Dans les régions arides, il y a moins de problèmes parce qu’il y a un investissement à faire, des forages à construire pour accéder à l’eau. A Mbane, on veut déconstruire par cet accaparement des terres la culture peule. Les gens des villes ne peuvent pas comprendre ce qu’est un village peul, maure ou wolof. Dans ces zones, l’espace joue un très grand rôle. C’est différent de Dakar où les gens prennent des distances par rapport à leurs pères. Dans cet espace de Mbane, les maisons ne sont pas collées, donc vouloir rassembler tous les villages peuls, va créer une explosion, ce sera difficile de trouver de l’espace cultivable entre Diagay et Mbane.

Est-ce que les populations s’impliquent dans cette bataille ?

Elles s’organisent. Nous les avons sensibilisées et conscientisées sur les valeurs de la terre. Il y a plusieurs villages qui sont déplacés. Déjà en 1970, les populations du Diatour, Pathé Badio, Niani ont été déplacés, moyennant 50 000 f CFA et des cabanons ridicules qui ne correspondent en rien à l’habitat peul. En 2012 encore, on veut les déplacer, il faut qu’on réfléchisse aux symbioses entre les agriculteurs et les éleveurs. En Europe, les fermes sont dans les villages et dans les zones d’habitation, il y a l’élevage intensif. Il n’y a qu’à réfléchir sur certaines solutions pour la transhumance et l’élevage intensif. C’est scandaleux de se dire que parce qu’on veut cultiver de la canne à sucre, les peuls doivent partir. Malheureusement, les préfets et les sous-préfets sont dans la même logique de demander les terres. On demande 20 mille ou 50 mille hectares à d’anciens ministres, d’anciens sous-préfets. Dans les délibérations, il y en a qui ont 50 mille ha, l’équivalent de la région du Cap Vert, de Dakar à Bargny. Il y a eu des actions d’éclat mais l’on n’a pas suffisamment communiqué sur cela. Le malheur dans ce pays c’est qu’on soulève un problème important mais après quelques jours, on n’en parle plus. Ceci encourage les gens à spolier les terres.

Pensez-vous que la situation puisse changer ?

Nous ne pouvons pas venir exproprier les gens. L’Etat doit développer une stratégie en matière d’agriculture pour donner aux paysans les moyens d’aménager leurs terres et de les cultiver. On ne peut pas continuer à spolier les paysans. Il y a des étendues de terres que le petit paysan ne peut pas exploiter mais l’Etat peut trouver une stratégie pour donner aux paysans les moyens d’aménager ces terres. Prendre leurs terres et faire d’eux des paysans ou des ouvriers agricoles moyennant 1000 F CFA par jour, n’est pas une solution. Il faut donner aux gens la possibilité de travailler eux-mêmes leurs terres. 5ha, pour une famille, 2ha si l’on exploite correctement on peut vivre mais la solution qui est préconisée, déguerpir des villages pour donner les terres à des étrangers, ou à des non-résidents, c’est une mauvaise solution. Aujourd’hui, le président de la République a pris un engagement qui n’est pas encore effectif. Il est en train de chercher une solution qui va nous remettre à notre place, parce que nous avons été élus pour cinq ans. On nous a enlevé de la tête de la localité de manière illégale pour des raisons politiques et financières. Il y a de grands lobbies qui ne veulent pas avoir des présidents de communauté rurale gênants. Je comprends les motivations et je me bats contre elles. Il doit y avoir une cohabitation entre les peuls et la Css. Cette société a les moyens de se rabattre vers le Ferlo, trouver de l’eau dans les zones arides et laisser ces zones auprès du fleuve aux Peuls et aux troupeaux. Mais, ils ont une posture de capitaliste et veulent rentabiliser leur investissement le plus rapidement possible. Cette zone est plate et facile à travailler. Pour eux, ils veulent donner de l’argent aux populations pour les inciter à partir. Il y a quelques-uns qui ont accepté mais la grande majorité a refusé. Pour nous, il reste un problème d’aménagement du territoire, on ne peut pas accepter cette solution. La Css argumente que c’est accidenté et cela va leur coûter de l’argent. Elle a de l’argent et ne doit pas détruire l’espace vital de ces populations.

Quelle lecture faites-vous de cette attitude de Pcr libéraux gelant leurs activités au Pds parce que non investis aux Législatives ?

Ce phénomène est national. La société sénégalaise est gangrénée par la transhumance. Le président de conseil rural n’a pas vocation à défendre les intérêts d’un parti politique. Ce sont des élus locaux qui se sont engagés à défendre les intérêts de leur localité. Les populations doivent primer sur les partis politiques même si ce sont eux qui nous investissent. Mais, le parti n’est qu’un moyen pour accéder aux postes. Une fois fait, c’est l’intérêt qu’il faut mettre devant. Alé Lô, malheureusement a très fortement politisé cette association de droit privé. Les gens l’ont fait pour leurs intérêts et le fait qu’il change de cap dès que le régime est tombé montre qu’il était là pour lui-même. Aujourd’hui, il dit retourner au Pds mais il faut s’attendre à ce qu’il revienne à l’Apr. Ce sont des calculs politiques qu’il faut réglementer et légiférer aussi bien pour les députés que les Pcr. Quand on est élu par les peuples, il faut les défendre.

Qu’est –il advenu de votre dernier recours à la cour suprême ?

On avait demandé l’annulation du décret 2011 -653 qui découpait Mbane en créant la commune de Ndombo Sandjiry. Comme le dossier n’est pas clos, je préfère ne pas trop m’avancer et attendre pour les commentaires. Seulement, nous sommes déçus et scandalisés par la décision, car dans un premier temps, la cour avait rejeté notre recours, nous attendons l’arrêt pour interjeter appel. En première audience l’avocat général avait amendé l’annulation du décret parce qu’illégal. En effet, un décret doit définir les biens dévolus à la collectivité, cela a été oublié par l’Etat et l’avocat général avait demandé son annulation. Après délibération, on l’a rejeté et non annulé. La président de chambre a dit que l’avocat aurait changé d’avis parce qu’il aurait reçu une étude socio-économique entre-temps. Ce document devait nous être transmis. La partie adverse devait en prendre connaissance pour réagir, cela n’a pas été fait. On attend la fin de la procédure pour prendre position.

Aliou Diack est investi sur la liste du mouvement Bës du Niakk et convoite le département de Dagana, fief d’Oumar Sarr (Pds) qui le gagne depuis 1996. Sur quoi fondez-vous votre prochaine victoire ?

Omar Sarr a gagné Dagana en 1996 parce qu’il était à la tête d’un mouvement de cadres qui regroupait tous les grands responsables de Dagana dont moi et l’actuel ambassadeur du Sénégal en France, Mankeur Ndiaye. Et c’est ainsi que le Ps perdait pour la première fois à Dagana et à Mbane en même temps. En ce temps, j’étais au Pit. Aujourd’hui, nous n’avons pas certes les moyens d’Omar Sarr mais nous avons une certaine représentativité dans le département. Au premier tour de la Présidentielle, Macky Sall avait 13 mille voix et au deuxième 36 mille voix, avec l’appui de Serigne Mansour Sy. Le Walo, c’est le fief de Serigne Mansour Sy. Notre crédo reste la vérité et nous sommes persuadés que les commerçants, les éleveurs et les agriculteurs savent où se trouvent leurs intérêts.

Le Walo, c’est le fief de Serigne Mansour Sy, ne craignez-vous pas que le religieux puisse prender le dessous sur le politique ?

Non, je ne le pense pas ! Serigne Mansour est un exemple unique au Sénégal. Il est religieux mais il a un parcours politique qu’aucun politique n’a. Il a démarré la politique très jeune, à 13 ans, à Saint-Louis. Il a dirigé la grève de 1968, il a été président des étudiants de France avec de grandes têtes comme Abdourahim Agne, Sémou Pathé Guèye, Assane Diagne, Mamadou Seck, l’actuel président de l’Assemblée nationale. Pour être le président de ces fortes têtes, il faut savoir les convaincre au plan idéologique, de l’engagement et du courage.

N’empêche le label religieux peut freiner la campagne de Bes du Niakk…

Non, vous verrez que le politique prime sur le religieux chez Serigne Mansour Sy. Il a une connaissance encyclopédique de la politique. Il ne fait que lire. Sa philosophie de la politique c’est la philosophie de l’islam et de la politique. Le prophète Mouhamed était un homme religieux et un politique. Il était le président de la République, en même temps prophète de Dieu. Il y’a eu la révolution de 1776 de Thierno Souleymane Baal, dans le Fouta, qui était un religieux doublé d’un politique. Les Almamys, Cheikh Oumar Foutiyou, c’est de la politique et du religieux. Cheikh Oumar Foutiyou avait un empire de 28 états. C’était un homme de guerre, un guide religieux. A mon avis, le vrai héros du Sénégal, c’est Cheikh Oumar pour ce qu’il a fait pour le Sénégal et la révolution qu’il a réalisée dans le pays. Les vrais héros, ce sont les gens qui ont lutté contre l’esclavage. Thierno Souleymane Baal a aboli l’esclavage 13 ans avant la révolution française. Les gens qui nous rabâchent la révolution française ne connaissent pas leur histoire. C’est cela l’héritage de Serigne Mansour.

Mais est-ce que cela va être facile du moment qu’au Sénégal, il y a un déni du religieux dans la gestion politique, le ndiguel n’est plus suivi ?

Le Ndiguel n’est plus suivi parce qu’il ya des religieux qui ne jouent pas leur rôle. Chacun est libre d’avoir une position mais quand vous êtes vénéré et que les gens vident leurs poches pour chercher Dieu chez vous, vous ne devez pas les lâcher quand ils sont opprimés. L’image de Serigne Mansour Sy à la place de l’Obélisque et à la place de l’indépendance est très forte. Certains disent que le marabout ne devait pas s’impliquer et aller se faire jeter des bombes lacrymogènes. Ces gens-là n’ont pas compris le message de Cheikh Oumar Foutiyou, de Cheikh Ahmadou Bamba ou d’El Hadj Malick Sy. Eux, ils sont allés au front, ont fait la guerre et la prison, ont bravé la brimade pour protéger leur peuple. Ces gens qui restent chez eux et qui s’accommodent de tous les présidents ne connaissent pas le rôle du marabout. Quand les gens volent les deniers publics, prennent les véhicules de l’Etat pour les donner à d’autres, on se tait, je le regrette mais ce n’est pas le rôle du marabout. Serigne Mansour Sy a joué le vrai rôle du marabout en allant au front.

Les autres ne sont pas des marabouts… 

Non, je n’essaie pas de qualifier ou de disqualifier un marabout. Je ne porte pas de jugement de valeurs sur eux. Chacun le vit à sa façon. Chacun a sa voie, certains restent chez eux et prient pour le départ des prédateurs, d’autres se battent. En tout cas, je trouve que c’est une bonne chose qu’Alioune Sall soit investi dans une liste pour les Législatives.

Quel va être le discours de Bës du Niakk ?

Il n’est pas beau le discours ! C’est exclu que Serigne Mansour Sy vole l’argent du pays. Il aurait pu rester chez lui et se suffire de l’aumône de ses talibés. Mais ce n’est pas la philosophie qu’il a reçue de son père. Vous savez, son père avait un coffre-fort plein de chèques auxquels il n’a jamais touchés. Déjà à l’indépendance, (Léopold Sédar) Senghor lui avait donné un chèque en blanc, il ne l’a jamais touché. Il se suffisait de l’aumône de ses talibés et c’est cette philosophie qui a poussé Serigne Mansour Sy à faire de la politique. Il se bat pour changer le pays. Il pouvait s’en passer. Il était directeur à la Banque de développement islamique de Djeddah, où il a travaillée pendant 26 ans. Il est khalife de son père. Rien qu’avec ce titre, il peut avoir 500 mille Fcfa par jour grâce à ses talibés qui viennent le voir. Donc, il voudrait que les gens comprennent le sens de son engagement.

La tâche ne risque-t-elle pas d’être compliquée vu qu’il a soutenu la coalition Benno Bokk Yakaar, elle-même en lice pour les Législatives et que souvent les Sénégalais votent pour le parti au pouvoir ? 

Ce n’est pas une contradiction. Imam Mbaye Niang est ministre-conseiller et il a sa liste pour les législatives avec le Mrds. Au Sénégal, il y a 176 partis politiques et nous pensons qu’on crée un parti pour défendre ses idées, changer la société et non pour se cacher derrière un autre. Les Sénégalais, ne veulent plus de partis « yobaléma ». Nous voulons que les gens contribuent de manière individuelle. Bës Du Niakk n’a pu avoir de candidat à la Présidentielle, mais au deuxième tour a soutenu Macky Sall. Nous l’avons accompagné avec nos moyens. Il est venu deux fois à Fass (un quartier de Dakar où habite Serigne Mansour Sy, Ndlr) et nous lui avons dit que nous lui apporterons notre contribution sans rien attendre en retour. Nous le faisons pour être en droite ligne des recommandations du M23 et des Assises nationales. A Dagana, j’ai financé la campagne électorale car pour nous, il fallait que Wade parte. Là, nous allons aux Législatives parce que nous n’appartenons pas au parti de Macky Sall, nous n’avons pas la même idéologie mais nous travaillerons en toute franchise. Nous lui avons laissé la latitude de prendre ses hommes. S’il travaille bien, on le soutient mais nous allons à l’Assemblée nationale pour défendre les intérêts des populations, de Mbane, de Dagana et du Sénégal. Nous ne voulons pas nous cacher derrière la force supposée d’un président nouvellement élu parce que si on nous octroie un poste, c’est une moitié d’élection. Un ou deux députés de Bës du Niakk dans la liste Benno Bokk Yakaar, ce n’est pas pareil à deux ou trois députés gagnés par nos propres moyens. De plus, ils disent qu’ils partent sur la base des résultats du premier tour, alors que nous n’y étions pas. Dès lors, comment pourrions-nous définir nos forces pour avoir un quota de député ? Les coalitions Macky2012, Idy4président, Bennoo Siggil Senegaal et Benno ak Tanor se sont réunies pour choisir le nombre de députés. On a fait de la place pour Taxaw Temm d’Ibrahima Fall, Cheikh Bamba Dièye et Gadio en leur donnant un député chacun. Nous, nous rejetons ce principe parce que les chefs de partis ne nous donnent pas la légitimité populaire, c’est le peuple qui nous la donne. On a dit que quelles que soient nos forces, nous nous évaluerons en nous pesant. Nous nous sommes dit que si nous voulons avoir la légitimité et la confiance du peuple, il faut que nous soyons aux élections. Nous ne voulons pas être rangés dans ces partis qui n’ont jamais été seuls aux élections depuis 30, 20 ou 10 années de présence. Ces partis qui font du tapage et n’ont que leur récépissé pour exister !

Dans vos estimations, vous tablez sur 25 députés, n’est-ce pas hyper optimiste ?

Il ne faut pas sous-estimer l’intelligence des Sénégalais. Je suis contre un régime présidentiel fort qui a l’Assemblée nationale à sa dévotion. Un président de la République élu au suffrage universel, est déjà hyper-puissant, pour l’aider il faut avoir un contre-pouvoir. Ce n’est pas dans l’intérêt de Macky Sall, lui qui a été victime de l’omniprésence de Wade et de ses députés bénis oui-oui, d’avoir une Assemblée acquise à sa cause et qui obéit à ses moindres désirs. Que n’a-t-il pas enduré à l’Assemblée nationale, et que d’humiliations n’a-t-il pas subies à l’hémicycle ou à la porte du palais de la République. Donc, pour consolider la démocratie, il lui faut une Assemblée qui contrôle l’action de son gouvernement. Ce qui va lui permettre de rectifier, d’agir et de sanctionner positivement ou négativement. Macky Sall a la confiance des Sénégalais, il a les moyens de redresser le pays, c’est tout ce qu’on lui demande. Qu’il le fasse avec X ou Y, l’important est qu’il le fasse bien. Maintenant, il faut qu’il se réajuste et mette de l’ordre autour de lui, sinon, il aura les mêmes problèmes que ses prédécesseurs.

Bës du Niakk est présent dans 9 départements sur 45, est-ce à dire que vous n’êtes pas représentatif ?

Nous le sommes ! Mais nous n’avons pas encore mis toutes les structures dans toutes les régions et départements. En plus, nous avons été confrontés aux problèmes de la parité. Nous sommes jeunes et nous sommes en train de nous installer dans les régions. La structuration prend un temps long si on veut la faire de manière démocratique. Nous voulons que les cellules de 100 personnes élisent le bureau des sections, puis des fédérations et l’union régionale. Nous voulons franchir ces étapes démocratiquement afin que personne n’y lise du parachutage. Je m’occupe de la structuration. Nous n’avons pas de parti, mais nous voulons créer quelque chose à l’image de l’Anc en Afrique du Sud. Une organisation qui regroupe des partisans de gauche, des libéraux et des communistes. Notre philosophie, c’est la générosité en faisant place à tous ceux qui ont quelque chose à dire. Ce n’est pas incompatible d’être du Ps et de Bës du Niakk. L’Anc a été créé en 1912, vous y trouverez des gens de gauche, des communistes, l’église catholique, les syndicats, la société civile. C’est cela qui fait sa force. Quand il s’agit de sauver le pays, il faut se retrouver autour de l’essentiel, nous faisons ce que les gens pratiquent tous les jours sans le formaliser. L’Apr est au pouvoir avec l’Afp, le Ps, la Ld. Notre philosophie, c’est l’ouverture et la générosité.

Comment appréciez-vous les premiers jours de Macky Sall ?

Ses premières mesures sont encourageantes. Sur les découpages, on attend qu’il respecte son engagement. Mais ne soyons pas pressés. Le président Macky Sall a une tâche difficile. Il a pris un pays en déliquescence sur le plan financier et social et surtout de l’éthique. Il a hérité d’un pays qui a perdu les valeurs intrinsèques de son peuple. Redresser l’éthique, c’est le travail de plusieurs générations, c’est une refondation. C’est difficile de la faire, donc Macky a besoin de tous les Sénégalais. Cependant, ceux qui le critiquent sont à écouter. Et ceux qui veulent l’aider ne vont pas travailler pour qu’il ait une majorité législative. Si on a 60%, on peut changer la Constitution sans passer par un référendum. Au Sénégal, il y a trop de laudateurs mais je salue son effort de bien organiser. Maintenant, il faut qu’il soit ferme sur l’enrichissement illicite et la spoliation foncière. Il y a un lien ombilical qui le lie aux libéraux, quel va être sa réaction ? Est-ce le côté sentiment qui va primer sur la droiture ? Qu’est-ce qu’il va faire ? S’il commet la faute de protéger certains, ce serait le commencement de la fin de son régime. Macky Sall a bien démarré, j’espère qu’il va continuer !

Réalisé par Boly BAH

Original source: La Gazette
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