Urgent : Soutenir la mobilisation malienne contre l'accaparement des terres

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CNOP, AOPP, UACDDD, CAD et LJDH | 27 avril 2012

Convergence contre les Accaparements des Terres

« Ne touche pas à mes terres, ma maison, mes militant-e-s »

Depuis 2009, les paysans et paysannes du Mali, notamment ceux de Sanamadougou, Saou et Sansanding sont la cible d’injustices de la part d’investisseurs particulièrement Modibo Keita, un commerçant ayant pignon sur rue à Bamako et soutenu par les autorités. à la tête de plusieurs sociétés : GDCM, 3M… ayant eu une ascension et des moyens fulgurants en 10 ans. Le projet « ferme de Sanamadougou » est évalué entre 501 milliards de FCFA et 80 milliards2.

Doté d’un bail de 7400 ha à 30 km du village dans la zone du M’Bewani, première tranche des 20 000ha que l’Office du Niger a décidé d’octroyé à Modibo Keita, celui-ci néglige ces terres et s’accapare sans respect des droits des terres paysannes cultivées depuis des générations.

Dans le même secteur d’autres investisseurs comme Sosumar convoite 26 000 ha, Tomota 100 000  ha, N’Sukala 20 000 ha, Malibya etc. En tout plus de 800 000 ha ha seraient en demande. De toute façon difficile d’avoir des chiffres fiables. Par contre d’ores et déjà l’ON3 envisage dans le cadre de la consolidation des aménagements, l’extension de surfaces d'ici 2020 par tranche pour certains investisseurs sur plus de 230 000 ha. Il est à noter que les 4 projets agroindustriels représentent 61% des projets futurs d’aménagement contre 22% pour le développement des exploitations familiales agricoles (Office du Niger) et/ou privés (MCA & UEMOA) et 17% pour les demandes de baux dont fait parti probablement Modibo Keita à assimiler comme projet agro-industriel aussi… Alors qu’aujourd‘hui des problèmes d’eau existent déjà sur les moins de 100 000 ha aménagés - sur un potentiel de 1 à 2 millions d’hectares - où sont recensées plus de 55 000 exploitations agricoles familiales composées d’environ 10 membres, comment peut on prévoir de telles extensions, d’autant plus que les contrats signés par les agroindustriels les mettent prioritaire sur cette ressources pour des productions très gourmandes en eau comme la canne à sucre? En attendant de répondre à cette question, ils s’accaparent des terres paysannes, détruisent leurs réseaux d’eaux et leurs ressources naturelles ! Les communautés paysannes nourissent 80% de la population, participent à plus de 40% au PIB avec un taux annuel de croissance de 3,6% avec peu ou pas de soutien, alors pourquoi donner à une poignée d’investisseurs fortement subventionnés et souvent pour des productions d’agro carburants ou destinées à être exportées ou à casser les prix sur les marchés, des milliers d’hectares?

Le creusement d’un canal par l’entrepreneur isole complètement le village.

Pour ces communautés paysannes, sises dans cette zone souvent excédentaire en production alimentaire, c’est le plus souvent, lorsque les bulldozers sont sur leurs terres, que les chiffres s’effacent devant la réalité : l’accaparement de leurs terres. L’État se targuant d’être le seul à avoir un titre foncier, hérité de l’époque coloniale, fait fi des droits coutumiers, des droits humains et paysans, tout simplement de son peuple. Il ne respecte même pas la loi d’orientation Agricole qui met en priorité les exploitations Agricoles paysannes, la souveraineté alimentaire, l’équité, la solidarité, la cohésion sociale, ni la Constitution qui consacre de façon très explicite les mêmes droits à toutes les maliennes et à tous les maliens sans aucune distinction, ni de nombreux autres textes nationaux et internationaux.

Toutes ces infractions, injustices et abus de pouvoir se sont manifestées à Sanamadougou par des bastonnades (perte d’enfant de femme enceinte), des arrestations, des destructions des semis et d’arbres, des accaparements de champs et des sources d’approvisionnement en eau avec des pressions perpétuelles et quotidinnes. Conséquence, des dizaines de familles vivent de la solidarité des autres villages car ils n’ont pas pu cultiver faute de champs depuis trois ans.

Malgré de nombreuses démarches entreprises par les villageois auprès des autorités à tous les niveaux, la situation demeure. Deux plaintes émanant des villages, une contre Modibo Keita et l’autre contre Sosumar ont été déposées le 23 février 2012 et devraient passer en jugement le 3 mai 2012.

Deux plaintes émanant des villages, une contre Modibo Keita et l’autre contre Sosumar ont été déposées le 23 février 2012 et devraient passer en jugement le 3 mai 2012

A l’approche de la campagne agricole, les paysans de Sanamadougou et Saou ont décidé ce 23 avril 2012, d’aller pacifiquement dans leurs champs pour préparer le travail du sol du sol avant la campagne. Mais pour cela il faut refaire des passages, car le creusement d’un canal par l’entrepreneur isole complètement le village. A leur grande surprise, des coups de feu en l’air sont tirés par une personne qui ne fait pas parti des villageois-e-s prêts à partir en action, Pourtant ce sont huit villageois qui sont interpellés mais faute de véhicule adéquat, trois d’entre eux dont le Chef du Village ont été arrêtés et amenés d’abord devant le juge qui leur déclare ne pas pouvoir les garder, puis à la Brigade de gendarmerie de Markala où ils sont interrogés et le chef de village enfermé. Le soir, ils étaient relâchés et avec l’obligation pour le chef de village de se rendre à nouveau à la gendarmerie le lendemain. Pendant ce temps la population a continué à boucher un canal pour faire un passage, mais une pelle mécanique avait tout recreusé et fini à midi le lendemain. Le chef de village a été déposé plainte contre la personne qui a tiré de coup de feu le jour même à Markala pour détention et menace avec une arme..

La CNOP, AOPP, UACDDD, CAD et LJDH4, rassemblées en convergence des luttes pour la défense de droits étaient en mission dans le village, situé à plus de 300 km de Bamako, dès le lendemain matin. Alors qu’avec tout le village rassemblé nous discutions des faits, arriva dans des véhicules de la société de Modibo Keita avec dedans le préfet, sous-préfet, commandant de gendarmerie, l’avocat de l’entrepreneur, le maire escortés par des gendarmes, gardes… . Notre présence a visiblement dérangée, aucune occasion de nous exprimer n’a été offerte. Derrière ces lunettes noires le préfet principalement a appelé au devoir d’apaisement d’un chef de village et de lui dire que ce n’est pas ici qu’ils échangeraient mais dans son bureau. La tension était palpable. Cette visite sans dialogue qui devait probablement avoir comme but d’intimider le village et arrêter au moins leur chef a duré peu de temps. En partant le Préfet a donné 2000 FCFA a un vieux presque aveugle qui les a refusé sachant qui les lui donnait.

Derrière ces lunettes noires le préfet principalement a appelé au devoir d’apaisement d’un chef de village

Des engagements officiels consignés et signés, pris par l’Etat lors d’une marche organisée le 13 mars à Bamako, ont été portés à leur connaissance alors qu’ils étaient en partance mais le préfet a répondu qu’il n’était pas au courant, que «  cela est à un niveau supérieur », les villageois ont répondu que Modibo Keita doit arrêter les travaux.

Il a été décidé suite à ces entrefaites qu’il y aurait un grand sit-in devant le tribunal de Markala le 3 mai pour qu’enfin les droits soient respectés au Mali et que les paysannes et paysans puissent retourner travailler dans leurs champs confisqués et dire « stop aux accaparements de terres ici et ailleurs ».

Nous exigeons

  • le respect des engagements pris lors de la marche de protestation de l’UACDDDD contre les accaparements des terres le mardi 13 mars 2012 à Bamako

  • l’arrêt de tous les travaux, le retour des terres aux paysans et paysannes, le respect des droits coutumiers équitables et des baux signés avec les investisseurs qui ne sont pas en train d’exploiter sur leurs terres

  • l’Etat respecte les droits humains, le droit au logement, le droit à l’alimentation, l’accès à la terre, à l’eau,aux ressources naturelles et aux semences, richesses premières des paysans et paysannes

  • que l’Etat respecte la loi d’orientation Agricole et que la politique foncière, en cours d’élaboration repose sur le fait que : « Le foncier est un patrimoine commun de la nation dont l’Etat et les autres détenteurs du pouvoir foncier assurent un accès équitable et sécurisé à l’ensemble des exploitations familiales en priorité et aux autres utilisateurs, dans une perspective de développement durable pour bâtir un pays émergent, fort de son secteur Agricole assurant la souveraineté/sécurité alimentaire et fortement attaché aux valeurs de paix, de solidarité et de cohésion sociale. »

  • que l’Etat qui déclare que l’Agriculture est le socle de l’économie malienne, soutienne, reconnaisse et promeut l’agriculture nourricière façonnée par son peuple dans le respect des coutumes et pratiques agricoles, de la souveraineté alimentaire pour l’avenir du Mali

  • que les conflits soient réglés sans violences

Enfin, nous lançons un appel aux autorités maliennes de prendre toutes leurs responsabilités et dispositions nécessaires pour que chacun-e puissent vivre paisiblement sur ses terres travaillées depuis des générations pour nourrir sa famille et les populations.

Nous lançons un appel au niveau national et international, à toutes les organisations, personnalités, personnes qui veulent soutenir nos actions, faire respecter le droit et promouvoir l’agriculture familiale paysanne, d’envoyer cette lettre signée :

- aux autorités maliennes : aller sur www.primature.gov.ml et cliquer à droite « écrire au premier ministre », vous laissez un message et/ou copié/collé cette lettre

- à l’ambassade du Mali de votre pays pour exprimer votre solidarité avec les luttes des paysans et paysannes du Mali

- de nous informer, en renvoyant votre soutien sur : stopauxaccaparementsdesterres.over-blog.com

« Stop aux accaparements des terres !
Ne touche pas à mes terres, ma maison, mes militants, ici ou ailleurs»


Nom :

Prénom :

Nom de l’organisation :

Adresse :

Pays :
 

1 GDCM, créé il y a une dizaine d’années, est l’une des plus grandes sociétés de céréales et de dentées de première nécessité (sucre, lait, huile, concentrée de tomate, pâte alimentaire, bouillon de cube, etc.). Elle a installé une usine de moulage de grain de blé à Ségou en 2009 appelée les Moulins 3 A . Son projet de ferme agricole de Sanamadougou, dans la zone Office du Niger, est un investissement de plus de 50 milliards de F CFA. Cette ferme ultra moderne promet de développer la culture de blé, de fruits et légumes dans notre pays. Sekou Alpha Bambara. Le Prétoire du 24/01/2011

2 Dans le cadre de leurs activités, les Moulins modernes du Mali (M3-SA) du Groupe GDCM dont le promoteur est Modibo Kéita ont mis en place un projet d'aménagement agricole de 20 000 ha à l'Office du Niger pour un investissement de 84 milliards de F CFA. BAMANET du 21 juin 2010

3 Etude Adama Sangare juillet 2010 « l’établissement d’un bilan de gestion des ressources en eau au droit de la zone de l’ON : projet sucrier de Markala », commanditée par la banque africaine de développement.

4 Union des Associations et Coordination d’Associations pour le Développement  et  la Défense des Droits des Démunis/No Vox, Associations des Organisations de Professionnelles paysannes, Coalition des Alternatives Africaines, Ligue des Jeunes Juristes pour le Développement Humain  et Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali.

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