« Partage des résultats de l’étude et mobilisation des OSC pour le lancement d’une campagne de plaidoyer autour de l’accaparement des terres en Côte d’Ivoire »

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"L’accaparement des terres conduit à la destruction des fondements de la vie sociale, économique, culturelle, et à la perturbation des systèmes d’exploitation agricole, source de la sécurité et de la souveraineté alimentaires de notre pays"
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Le phénomène de l’accaparement des terres, bien qu’ancien, s’est amplifié à la faveur de la crise alimentaire mondiale de 2008. Il se manifeste par l’acquisition (location, concession, voire achat) par des multinationales ou des Etats tiers de vastes zones cultivables, pour la production de denrées de base destinées à l’exportation ou pour l’exploitation minière.

Pour nous, organisations de la société civile de la Côte d'Ivoire (COVIMA, CAU-CI, CIBIOV, CZSB, CFRAR, FENACOVICI, COOPABO, Terre Nourricière, COPAGEN, IFCI, UACI, ONG TOP AGRIVA), cette pratique n’est rien d’autre qu’une forme de recolonisation et de reconquête de nos territoires.

Les conclusions d’une étude diagnostique exploratoire de la situation du phénomène de l’accaparement des terres agricoles en Côte d’Ivoire, nous permet d’affirmer que la problématique est prégnante dans notre pays, et ce, depuis de nombreuses années.

En effet, à titre d’illustration, des concessions rurales de plus de 10.000 ha ont été octroyées par l’administration coloniale à des exploitants français. Arthur Verdier qui deviendra le premier ministre français des colonies en 1884, s’était octroyé un million et demi d’ha en Côte d’Ivoire pour la compagnie française de Kong.

Le choix de la stratégie de développement opéré par notre pays va le conduire, peu après son indépendance, à renforcer le mouvement de l’occupation de grandes superficies de terre par des entreprises d’Etat et privées.

De grandes superficies de terres ont été ainsi cédées en vue de la création de nombreux pôles de développement agricole et industriel, de même pour l’extraction minière, avec pour principales conséquences le recul des cultures vivrières, la menace sur la sécurité alimentaire, la dégradation de notre environnement, l’exode rural...

C’est donc forts des informations contenues dans l’étude exploratoire commanditée par Inades- Formation Côte d'Ivoire – étude qui n’a du reste pas la prétention d’apporter des réponses exhaustives aux questions que soulève la thématique – que nous, organisations de la société civile, réunies à Abidjan-CERAO du 7 au 9 décembre 2011, dans le cadre de l’atelier national intitulé « Partage des résultats de l’étude et mobilisation des organisations de la société civile pour le lancement d’une campagne de plaidoyer autour de l’accaparement des terres en Côte d’Ivoire »,

Concernées par le phénomène de l’accaparement des terres que nous définissons comme « un phénomène à travers lequel un tiers acquière et /ou occupe des terres à des fins d’exploitation agro-industrielle, minière, ou spéculative, en violation des droits fondamentaux des communautés locales, les privant ainsi de leurs moyens de subsistance » ;

Convaincues que la terre est un don sacré de Dieu et un bien commun que nous devons protéger et léguer aux générations futures ;

Convaincues que la terre ne peut être considérée comme une marchandise, mais un territoire où s’enracine notre culture, nos valeurs, notre identité ;

Conscientes que l’accaparement des terres, conduit à la destruction des fondements de la vie sociale, économique, culturelle, et à la perturbation des systèmes d’exploitation agricole, source de la sécurité et de la souveraineté alimentaires de notre pays.

Nous affirmons avec conviction que la force des sociétés africaines, en particulier celle de notre pays, réside dans l’attachement des populations rurales à leurs terres : il n’y pas de paysans sans terre. Or, le phénomène de l’accaparement des terres fait planer le risque d’apparition de paysans sans terres.

Ainsi, nous considérons que l’accaparement des terres constitue une violation des droits de l’homme, notamment le droit inaliénable pour toutes les familles d’agriculteurs de disposer de la terre pour vivre dans la dignité.

Au regard de ce qui précède, nous, organisations de la société civile ivoirienne :

Exigeons des pouvoirs publics de :
  • Garantir la reconnaissance légale et la protection des droits coutumiers des populations relatifs à la terre et aux ressources naturelles, droit réaffirmé par la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des peuples autochtones ;
  • Consulter au préalable et en toute transparence, les communautés locales pour tous les projets qui affectent leurs moyens de subsistance comme le requièrent les directives de l’Union africaine pour la politique foncière.
Recommandons aux organisations de la société civile ivoirienne de :
  • Renforcer les liens avec leurs homologues de la sous-région et du Nord, afin de soutenir les communautés locales dans la lutte contre l’accaparement des terres ;
  • Mobiliser les forces vives de la nation pour une meilleure vigilance.
Demandons :
  • Aux institutions internationales de soutenir le gouvernement ivoirien et les organisations de la société civile qui militent contre le phénomène ;
  • A la presse écrite et audiovisuelle, de soutenir les campagnes de plaidoyer initiées par les Organisations de la Société Civile.

Fait à Abidjan, le 09 décembre 2011
L’atelier
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