Sierra Leone: un projet d'agrocarburant de l'entreprise suisse Addax Bioenergy renferme un grand potentiel… de conflit.

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Pain pour le prochain | 15 juin 2011

Avant l'implantation des systèmes d’irrigation d'Addax Bioenergy, ces champs étaient utilisés par les communautés pour leur subsistance alimentaire

Communiqué de presse

(Freetown) - Le Réseau Sierra-léonais pour le Droit à l'Alimentation (SiLNoRF) a publié aujourd'hui à Freetown, en Sierra Leone, une étude indépendante sur la location à long terme de vastes surfaces agricoles, destinées à un projet de fabrication de biocarburant par l'entreprise helvétique Addax Bioenergy.

Les deux chercheurs du Ghana mandatés, Mike Anane et Cosmos Abiwu, ont présenté les résultats de leur enquête lors de la conférence de presse. Neuf semaines durant, ils ont étudié en Sierra Leone les tenants et aboutissants de l'investissement d'Addax Bioenergy ainsi que les contrats de location des terres sous l'angle des droits humains. Pour cela, ils ont visité douze villages et y ont interrogé les gens touchés par l'accaparement de terres.

«Dans les villages concernés, de nombreuses agricultrices et de nombreux agriculteurs ont déjà perdu l'accès aux terres agricoles fertiles. Addax a mis d'autres surfaces, plus petites, à disposition des communautés touchées, mais l'entreprise n'a concrétisé que trop tard en 2010 sa promesse de labourer et de herser ces parcelles, ce qui a entrainé de faibles récoltes. Du coup, les communautés locales sont de plus en plus confrontées à l'insécurité alimentaire et à la faim», écrivent les chercheurs. Ils ont également constaté que «depuis qu'Addax prépare les terres pour ses cultures, l'eau devient un problème de plus en plus aigu. Lors de la phase initiale du projet déjà, certains cours d'eau ont été asséchés, comme le Kirbent et le Domkoni près du village de Maronko, dans la chefferie de Makari Gbanti.»

Secrétaire général de Pain pour le prochain, l'organe des Églises protestantes de Suisse pour la coopération au développement, Beat Dietschy a participé à la conférence de presse. Deux organisations de développement allemandes et une suisse – Brot für die Welt (Pain pour le monde), Evangelischer Entwicklungsdienst (EED) et Pain pour le prochain – ont financé l'étude. «Ses résultats confirment les observations des deux collaborateurs de Pain pour le prochain, qui ont récemment examiné la situation sur le terrain», a déclaré Beat Dietschy lors de la conférence de presse, à Freetown. L'un des mandats de Pain pour le prochain est de s'assurer que les entreprises suisses respectent leurs obligations en matière de droits humains. «Nous sommes effarés de voir que les propriétaires des terres ont accepté de les louer à Addax sur la base de promesses orales, lesquelles n'ont été ni consignées ni respectées à ce jour. Certaines clauses du contrat de location nous préoccupent également. Les propriétaires n'en ont pas reçu de copie et ont été insuffisamment informés de son contenu. Ils n'ont donc pas pu exercer leur droit à un consentement libre et éclairé. Nous sommes très inquiets, car cette situation renferme un grand potentiel de conflit.»

Sonkita Conteh, avocat mandaté pour l'examen juridique des contrats de location de terres, est parvenu à la conclusion que certaines clauses pourraient enfreindre la législation de la Sierra Leone, par exemple sa loi sur l'eau (Water Control and Supply Act 1963): «Si Addax se permet d'interrompre ou de modifier le tracé d'un cours d'eau, voire d'en restreindre l'accès, cela peut contrevenir au droit d'accès à l'eau des personnes vivant dans ou à proximité de la zone du projet.»

Beat Dietschy a appelé à ce que SiLNoRF, Addax Bioenergy, Pain pour le prochain, les communautés locales et les autres parties concernées mènent un dialogue multilatéral afin de déterminer et corriger les problèmes relevés.

Original source: PPP
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