Reportage de la BBC dans la chefferie de Sahn Malen, Sierra Leone
BBC | 27 janvier 2019 [EN]

Reportage de la BBC dans la chefferie de Sahn Malen, Sierra Leone

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PRÉSENTATEUR BBC :
Nous venons d’obtenir plus d’informations sur l’étendue des troubles dans la chefferie de Sahn Malen au sud de la Sierra Leone. Il y a des conflits entre des propriétaires fonciers locaux et une société agroalimentaire européenne, SOCFIN. Les habitants sont en colère. Ils disent avoir été expropriés des terres que l’entreprise a reçues. Leur leader et membre du Parlement, Shiaka Sama, est en prison depuis bientôt deux semaines, et deux personnes ont été tuées au cours d’affrontements avec des soldats. Notre correspondant, Umaru Fofana, s’est rendu dans cette zone avec un groupe de défenseurs des droits humains et nous a envoyé ce rapport spécial depuis Pujehun.

UMARU FOFANA:
Sur le chemin de terre que nous empruntons, les gigantesques et controversées plantations d’huile de palme de SOCFIN s’étendent à perte de vue. Les villages que nous croisons sont couverts de poussière, beaucoup d’entre eux sont désolés. Ils sont des milliers à avoir fui leur foyer, terrifiés.

[voix d’homme]

Nous sommes dans le village de Basale. Cet homme dit que beaucoup se sont enfuis car des soldats viennent les battre la nuit. Il y a un couvre-feu dans toute la chefferie de Sahn Malen, et pendant la journée, des policiers et soldats lourdement armés sont partout. Cela fait suite à la mort par balle de deux civils (selon les villageois, ils auraient été tués par des soldats) qui protestaient contre les autorités locales. Mais celles-ci affirment qu’ils auraient été tués par des membres d’une organisation secrète prétendument poussée par le député local Shiaka Sama. Ce dernier dit qu’il s’agit d’un coup monté.

[bruit d’un véhicule qui s’éloigne]

Je suis dans un village du nom de Bomu Vulhun et j’entends le chant des oiseaux. Le village est quasiment désert. Il s’agit du village natal du membre du Parlement qui se trouve actuellement en détention suite à la mort de ces deux personnes. J’essaie de découvrir pourquoi cet endroit est tellement abandonné.

[voix d’un homme]

Cet habitant dit que les gens se sont enfuis parce qu’ils ont peur des soldats qui les brutalisent. Dans plus d’une douzaine de villages que j’ai visités, les plaintes contre les militaires étaient très nombreuses. Mama Kobau, probablement la cinquantaine, a tenu à me raconter son histoire.

[voix de femme]

« Deux soldats sont venus et se sont mis à frapper plusieurs fois à ma porte. Ils m’ont demandé si c’était la maison du chef. Je leur ai dit que je venais d’avoir un accident de moto et les ai implorés de nous épargner. Ils m’ont dit de leur donner 300 000 leones. Je leur ai dit que je n’avais pas d’argent. Ils m’ont pris mon téléphone et ont dit à mon fils de se mettre à genoux avant de la battre sans pitié. Je suis traumatisée par cette expérience. »

[bruit de moteur de voiture]

Nous nous rendons maintenant à l’endroit ou les deux personnes ont été tuées.
Je me trouve à un carrefour, à un endroit du nom de Jao Junction, à 30 mètres seulement d’un barrage de police. Une barrière de sécurité encercle l’un des bureaux de SOCFIN. Des policiers et soldats armés gardent la barrière. C’est ici que deux civils ont été abattus.

[bruit de pas]

Je viens d’entrer dans le camp pour parler aux ouvriers de l’entreprise. Ils ont refusé de parler et m’ont dit de m’adresser à la police et aux soldats. Ils ont appelé les supérieurs militaires qui ont également refusé de parler. Ils étaient assez sympathiques, vraiment sympathiques et bavards. Mais ils ont refusé de dire quoi que ce soit à propos de ce qui s’est passé, même à titre confidentiel.

[bruits des villageois]

Beaucoup de villageois sont partis à la chefferie voisine de Sowa. Des centaines d’entre eux sont ici, à Sembehun.
 
[voix d’homme]

Le chef Mustafa Kamara me donne les noms des villages d’où vient la population déplacée et dit être en présence d’une situation d’urgence.

[voix d’homme]

« J’ai reçu près de 371 personnes dans mon village, et d’autres viendront encore. Depuis lors arrivée, nous nous battons pour maintenir la tête hors de l’eau. Nous partageons nos maisons avec eux, mais nous n’avons pas assez de logements. Le village est largement surpeuplé. Nos réserves alimentaires sont épuisées. Beaucoup d’entre eux doivent dormir par terre. »
 
Des militants des droits humains sont arrivés et ont passé plusieurs jours ici pour répertorier les événements qui se sont produits. Le chef de l’armée a refusé de me parler, tout comme le leader traditionnel Chef Suprême Kebbie, accusé par les villageois de leur envoyer les soldats.
 
PRÉSENTATEUR BBC :
Umaru Fofana, à Pujehun.
 
(Diffusé sur la BBC, le dimanche 27 janvier 2019 à 1915GMT)
URL to Article: https://farmlandgrab.org/post/view/28713

Source: BBC 
bbc.com

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