Plantations et Huileries du Congo : Bussa et Bolima au cœur d’un désengagement de l’État qui sent la fraude?
Congo Confidentiel  | 21 avril 2026

Plantations et Huileries du Congo : Bussa et Bolima au cœur d’un désengagement de l’État qui sent la fraude?

Dans le dossier PHC, le soupçon ne repose pas seulement sur une procuration signée au mauvais moment ni sur une chronologie bancale. Il repose sur quelque chose de bien plus grave : la méthode elle-même. Car lorsqu’un État se retire du capital d’une entreprise du portefeuille, surtout d’un actif aussi stratégique que Plantations et Huileries du Congo, cela ne se fait ni au coin d’une assemblée générale extraordinaire, ni au détour d’un mandat douteux, ni sous la nappe de statuts réécrits à huis clos. Cela obéit à une procédure longue, solennelle, encadrée. Et c’est précisément pour cela que l’affaire sent si mauvais.

La pétition introduite par Kalaa Mpinga Katema, administrateur des sociétés, adressée au président de l’Assemblée nationale et copiée à presque tout le Bureau, dénonce un « suspect désengagement de l’État congolais » dans PHC. Le requérant soutient que l’État détenait 66.733 actions de catégorie B, soit 23,83 % du capital social, avant de disparaître des nouveaux statuts. Il ne s’agit pas d’une ligne comptable accessoire. C’est près d’un quart du capital d’une société agro-industrielle majeure. Si cette part a réellement été sortie dans les conditions décrites, ce n’est pas une réforme. C’est une dépossession.

Pourquoi le dossier est suspect, au-delà du simple problème de date

Le pouvoir pourrait être tenté de réduire l’affaire à une querelle de calendrier : Bussa était-il encore compétent le 11 août 2025 ? Sa procuration était-elle valable ? Bolima représentait-il régulièrement l’État ? Ce serait commode. Ce serait aussi réducteur.

Car le vrai nœud du scandale est ailleurs : un désengagement de l’État ne se décrète pas à la volée. La pétition rappelle, en citant la loi sur l’organisation et la gestion du portefeuille de l’État, qu’une telle opération suppose des préalables précis : évaluation du patrimoine concerné, détermination des secteurs stratégiques, sauvegarde des intérêts de l’État, choix du mode de désengagement par le gouvernement sur proposition conjointe du ministre du Portefeuille et du ministre sectoriel, organisation technique encadrée, publicité préalable au Journal officiel et dans au moins trois organes de presse, puis reddition annuelle de comptes au gouvernement, à l’Assemblée nationale et au Sénat. En clair : ce n’est pas un stylo, c’est toute une chaîne de légalité.

Autrement dit, même si Bussa avait été encore en fonction ce jour-là, la question resterait entière : où sont les traces de cette procédure longue ? Où sont l’évaluation, la publicité, la transparence, la décision gouvernementale proprement établie, l’information au Parlement, la justification économique et la protection des intérêts publics ? C’est ce vide-là qui rend l’affaire plus lourde encore qu’une simple irrégularité de signature.

Bussa et Bolima : une opération trop lourde pour être couverte par un simple mandat


Jean-Lucien Bussa, aujourd’hui ministre de l’Aménagement du territoire et ancien ministre du Portefeuille, se retrouve au centre de la tourmente parce que son nom apparaît dans la procuration spéciale incriminée. William Bolima Bolitshi, lui, apparaît comme le bras opératoire de cette représentation contestée de l’État. Le tandem est politiquement ravageur : l’un donne la couverture, l’autre exécute.

Mais il faut le dire franchement : on ne fait pas sortir l’État d’un actif stratégique avec une simple gymnastique de mandat. Quand près de 23,83 % du capital d’une société du portefeuille s’évaporent, il faut davantage qu’un document brandi dans une salle d’assemblée. Il faut une architecture juridique lourde. Si cette architecture n’existe pas ou n’est pas produite, alors la procuration n’est plus un détail. Elle devient le masque d’une opération beaucoup plus grave.

Un haut cadre congolais résume la gêne de nombreux observateurs : « Dans ce dossier, tout donne l’impression qu’on a voulu faire passer une opération d’État comme une formalité d’initiés. » C’est exactement cela. Le problème n’est pas seulement la signature. C’est la tentative apparente de transformer une procédure publique longue en arrangement discret.

L’Assemblée nationale : saisie au sommet, condamnée à agir


Kalaa Mpinga n’a pas écrit à un obscur secrétariat. Il a saisi le président de l’Assemblée nationale et adressé copie au premier vice-président, au deuxième vice-président, au rapporteur, au rapporteur adjoint, au questeur et au questeur adjoint. Le Bureau est donc pleinement averti. À partir de là, l’Assemblée ne peut plus se réfugier dans l’ignorance. Si elle enterre ce dossier, elle cessera d’être un organe de contrôle pour devenir un simple tapis de réception des pétitions gênantes.

Son rôle est pourtant évident : demander les actes, vérifier la régularité de la procédure, auditionner les responsables concernés, établir si l’État a été engagé légalement et déterminer si des intérêts publics ont été compromis. Si elle ne le fait pas, elle prendra sa part du scandale.

Justice : l’autre silence qui inquiète

Le pétitionnaire n’arrive pas les mains vides. Il annexe jugements, assignations, référés commerciaux, procès-verbaux, statuts et textes légaux. Le dossier est donc construit pour dépasser le registre du simple vacarme politique. C’est déjà une matière de contrôle. Cela peut aussi devenir une matière de contentieux. Et si les juridictions compétentes ne se saisissent pas sérieusement de ce type d’alerte documentée, alors le message sera limpide : au Congo, on peut encore toucher aux parts de l’État sans peur réelle du juge.

Au fond, l’affaire PHC est simple. Soit il y a eu un désengagement légal, complet, transparent, documenté, et le gouvernement doit tout montrer. Soit il n’y a pas eu cela. Et alors il faudra appeler les choses par leur nom : non pas un désengagement, mais une tentative de sortie en douce du patrimoine public. Avec Bussa en signature, Bolima en courroie, l’Assemblée en témoin sommé d’agir, et la justice face à une question de crédibilité nationale.
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https://farmlandgrab.org/post/33456
Source
Congo Confidentiel https://congoconfidentiel.substack.com/p/plantations-et-huileries-du-congo?utm_source=share&utm_medium=android&r=6dmmo5&triedRedirect=true