Q&R : Même les Etats insulaires peuvent faire des projets pour améliorer la sécurité alimentaire

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IPS | 4-12-2009

Nasseem Ackbarally s’entretient avec ERIC MANGAR du Mouvement l’autosuffisance alimentaire à Maurice

PORT LOUIS , 4 déc (IPS) - Eric Mangar déplore le fait que l’île Maurice, en dépit du fait d'être un importateur net de produits alimentaires, n'ait pas réussi à tirer ses leçons de la crise alimentaire.

Cet Etat insulaire continue dans "les affaires comme d’habitude" sans prendre des mesures pour améliorer la production alimentaire au plan local.

Mangar est le directeur du Mouvement pour l'autosuffisance alimentaire (MAA), qui a été créé en 1981 comme une organisation non gouvernementale (ONG) pour le développement agricole. Comme son nom l'indique, il œuvre en faveur de l'autosuffisance alimentaire et plaide pour les questions de sécurité alimentaire pour Maurice et la région.

Cela se fait à travers une série de microprojets, y compris la production d'œufs par les ménages; la formation des artisans dans l'artisanat et des pêcheurs. Le mouvement s’associe avec le gouvernement de l’île Maurice sur les questions agricoles. Nasseem Ackbarally en a parlé avec Mangar.

IPS: Maurice est un importateur net de produits alimentaires. N'est-ce pas un grand risque pour la sécurité alimentaire de l'île?

Eric Mangar (EM): C’est vrai, l’île Maurice dépend trop des pays exportateurs de produits alimentaires et ne produit pas assez localement pour sa population. L'île est donc très vulnérable. Mais la situation n’est pas alarmante maintenant parce qu’elle dispose d'un stock de deux à trois mois de ses aliments de base, le riz et la farine.

Le problème réside dans l'avenir : si les pays exportateurs sont incapables, pour n’importe quelle raison, que ce soit la démographie ou le changement climatique, d’exporter vers Maurice, que fera-t-elle? Les prix des denrées sont déjà très élevés sur l'île.

IPS: Les Mauriciens ont de l'argent; les supermarchés sont remplis de vivres.

EM: Oui, mais pour combien de temps? Il suffit de regarder le nombre de supermarchés et d’hypermarchés qui s'ouvrent dans toutes les régions de l'île. Ce n'est pas bon, notamment pour les générations futures. Sommes-nous conscients que nous ne sommes pas en train d’investir dans l'agriculture? Nous investissons plutôt dans ces "supermarchés" et "hypermarchés".

IPS: Vous êtes préoccupé de ce qu’un jour les Mauriciens auront beaucoup d'argent dans leurs poches, mais les "supermarchés" et les "hypermarchés" seront vides.

EM: Cela peut arriver parce qu’il y a beaucoup de spéculation avec les produits alimentaires, notamment depuis que des cultures sont utilisées pour produire de biocarburants. Cette spéculation était ignorée au cours des 15 années écoulées, et puis la crise alimentaire de ces dernières années est arrivée.

Par exemple: L'île Maurice est autosuffisante en volaille. C'est une bonne chose, mais combien de Mauriciens savent que cette industrie dépend entièrement du maïs importé d'Amérique du sud?

Avec la spéculation qui affecte les prix des denrées alimentaires et l'initiative d'utiliser le maïs dans la production de biocarburant, le prix de ce produit continuera d'augmenter. Il suffit de regarder les prix du poulet sur le marché local, maintenant.

IPS: Quelle est la solution, selon vous?

EM: Nous devrions produire davantage d’aliments locaux comme les patates, le manioc, la viande et le lait. Nous devrions être en mesure de fournir au moins 3.000 calories, à partir de sources locales, quotidiennement à chaque habitant de cette île d’ici à 2050. L'approvisionnement en volaille locale pourra-t-il nous fournir entre 30 et 35 pour cent des protéines d’ici à cette date? Il devrait le faire.

IPS: L’île Maurice n'a pas d'autre choix que d'importer la grande partie de ses besoins alimentaires en raison d'un manque de terres fertiles. La terre est également nécessaire pour les développements industriel et infrastructurel. Etes-vous d’avis?

EM: D’abord, nous devons savoir que le système alimentaire mondial est très vulnérable. Nous devrions donc trouver les voies et moyens de produire plus d’aliments, consacrer les terres fertiles à l'agriculture et investir massivement dans ce secteur. Nous ne le faisons pas, actuellement. Nous ne pouvons pas continuer les affaires comme d'habitude.

Chaque pays s'emploie à prévenir les troubles sociaux - ou appelons-le "troubles alimentaires". Même les pays exportateurs de produits alimentaires préféreraient garder leurs aliments pour leur propre population plutôt que de les exporter. Si cela devait arriver, les bonnes relations que l’île Maurice a obtenues avec certains pays exportateurs ne serviraient pas à une grande chose.

IPS: Ce que vous proposez est un changement radical dans le modèle de consommation alimentaire de la population. Les Mauriciens sont-ils prêts pour un changement à partir du riz et de la farine?

EM: Ils n'ont pas d'autre choix que de manger davantage d’aliments locaux et de dépendre moins des importations.

IPS: Que fait l’île Maurice pour assurer la sécurité alimentaire?

EM: Plusieurs plans stratégiques ont été préparés et présentés. Parmi eux, figure le Fonds de sécurité alimentaire mis en place durant la crise alimentaire. Ce plan a le potentiel d’atténuer la dépendance de l'île des importations. Mais sa mise en œuvre est un gros problème. Il y a un manque de dynamisme à ce niveau.

Par exemple: J'ai lu sur le budget national 2010, présenté le mois dernier, que le gouvernement introduira un système d'information sur le marché pour les agriculteurs. Il s'agit d'un bon système qui évitera le gaspillage des aliments et des légumes, mais le problème est qu'ils en parlent depuis 10 ans.

Y a-t-il une réelle volonté, maintenant, de mettre en œuvre ce projet? Nous savons tous que les gros fermiers abandonnent leurs plantations dès que les prix baissent, à cause d'un manque de planification adéquate. Trop de tomates sur le marché font que les prix chutent et personne ne gagne.

IPS: L’île Maurice envisage de produire des denrées alimentaires à Madagascar et au Mozambique où elle a obtenu de grandes étendues de terre. Est-ce un projet viable?

EM: L’idée est bonne, mais l’on doit penser à la stabilité potentielle et à la protection des investissements avant de se lancer dans une telle aventure en terre étrangère.

L'expérience passée de certains entrepreneurs mauriciens à Madagascar, notamment le vol, n’encourage pas d’autres à entrer dans cette aventure. Quant au Mozambique, j'ai appris que les populations locales ne sont pas contentes du fait que des étrangers viennent exploiter leurs terres.

Dans de telles conditions, l’île Maurice ne peut dépendre de ces deux pays pour un développement agricole durable. C'est mieux pour nous de cultiver nos propres terres pour produire plus de vivres et laisser certaines terres pour les générations futures. (FIN/2009)
Original source: IPS
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