Afrique, Le Land Grabbing: Asservissement de l'Afrique ou vision politique de ses dirigeants ?

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Camer.be | 24 septembre 2009

« Nos dirigeants, qui n'ont pas l'excuse d'avoir baigné dans le chaudron colonial chinois (c'était le cas avec la France), ont décidé de commercer avec la Chine sans prendre en compte l'intérêt des peuples dont ils sont supposés avoir la charge.» Pertinente remarque que celle de la talentueuse écrivaine Léonora Miano, consécutif à un échange que j'ai eu avec elle suite à un article paru sur le  site de rue 89 au titre évocateur et séquellaire de: « La « Chinafrique » change la donne sur le continent africain », de Pierre Haski.

Le but de cette réflexion n'est pas d'analyser le contenu de l'article de Pierre Haski, liberté donnée à chacun de se faire son opinion; mais elle se propose de scruter de près le mot « Chinafrique », de dire avec l'écrivaine Léonora Miano et en même temps comprendre pourquoi et comment des gens qui, pour reprendre l'expression utilisée par l'auteur de « Les aubes écarlates », n'ayant pas baigné dans le chaudron colonial chinois, peuvent-ils se permettre de reproduire les mêmes exactions en pleine possession de leur liberté d'action.

Il y a quelques mois, je soulevais dans un article intitulé « De la Françafrique à la Chinafrique: La rhétorique de diversion » la ruse à mon sens, utilisée par les auteurs du néologisme « Chinafrique », infectant, criminalisant d'emblée la nature des relations qui existent entre la Chine et les pays africains, faisant de la Chinafrique le versant asiatique de la nébuleuse Françafrique.  Cette position n'a guère changé et même si on peut noter certaines similitudes entre les deux concepts dans leurs conséquences sur les peuples, la Françafrique reste encore et toujours un monstre qui ne fait pas que s'attaquer à l'économie, mais aussi à la politique, à tuer les cultures des peuples concernés par des jeux de magouilles dissimulées allant jusqu'à l'élimination physique des individus.

Le dénominateur commun que l’on peut trouver à la Chine et aux autres puissances occidentales quant à leur intérêt pour l’Afrique est la ruée sauvage vers et sur les richesses de ce continent, c'est leur esprit de prédation sans bornes aucune. Là s’arrête la similitude de mon point de vue.

Et la dénonciation du comportement de la Chine en Afrique ne participe pas de l'intérêt porté pour les peuples concernés et pillés par leurs dirigeants et le géant asiatique, mais simplement de la perte de l'exclusivité du pillage autrefois l'apanage de la seule Françafrique. La Françafrique c'est encore et toujours un scandale monétaire à ciel ouvert symbolisé par le Franc cfa , une bombe à déflagration interminable sur les économies des pays africains concernés par cette monnaie.

Si donc, comme l’écrivait Gerville REACHE : « Il ne faut pas hésiter à le dire : dans notre empire africain, il reste comme une sorte de résidu de l’esclavage…L’esclavage supprimé se perpétue… dans le travail forcé. », un héritage certain de l'esclavage et de la colonisation peuvent expliquer le comportement indigne et mercantiliste, la cupidité et la servilité avérées de certains dirigeants africains vis-à vis des anciennes puissances colonisatrices occidentales, l'apparition du « Land Grabbing » que les chinois accélèrent à travers le continent s'inscrit-il dans la perpétuation de ces comportements des dirigeants africains comme sous la coupole occidentale, sachant qu'ils ne sont tenus par aucun passif colonial avec le géant de l'empire du milieu ?

Le Cameroun, le Sénégal, le Congo et bien d'autres pays, la main basse sur les terres africaines arables par le géant asiatique s'accentue, faisant de l'Afrique, son grenier tout en poussant les autochtones à l'exode et les exposant aux maux inhérents au mode d'implantation choisi par la Chine en Afrique, exporter sa population vers ses territoires nouvellement acquis pour y constituer sa force de travail principale. Du pétrole en passant par tout ce dont elle a besoin pour assouvir ses besoins, la Chine s'accapare de l'Afrique. Mais soulignons-le, pas avec la même arrière pensée qui a motivé la colonisation et l'esclavage de l'Afrique par les puissances occidentales et les dirigeants africains ont le choix de...

Quels avantages tirent les peuples et les pays concernés du partenariat commercial avec la Chine ? Pourquoi les griefs qui entourent les relations entre l'Afrique et la Françafrique sont-ils entrain de naitre là où aucun passif colonial ne peut être mis en avant pour justifier les comportements des uns et des autres ? Disons le clairement, la Chine comme toute autre puissance industrielle n'investit pour des raisons sentimentales, mais pour ses intérêts. Les dirigeants africains des pays convoités ont, avec l'émergence des pays comme la Chine, l'Inde, les pays d'Amérique du sud, l'occasion de rentrer dans le concert mondial en  insérant leur pays comme indispensable car le potentiel qu'il dispose le permet, et se sortir ainsi du carcan des puissances colonisatrices occidentales.

Mais ceci n'est possible que s'ils consentent à penser au bien-être de leurs peuples, à taire et bannir les maux hérités de l'embastillement colonial occidental dans lequel ils restent visiblement prisonniers en réitérant les mêmes vices sans qu'ils ne soient sous la menace de quelque chose.

Il appartient à l'Afrique de savoir tirer profit de la convoitise qu'elle suscite de part et d'autre et non croire aux vertus des uns et des autres dont la Chine également; à ses dirigeants d'avoir une vision large et communautaire comme on le voit avec les Evo Morales ou Hugo Chavez. Son destin n'est ni lié à l'occident, ni à la chine, ni lié à quiconque qu'à elle même.  Il paraît important de terminer cette réflexion par une pensée de Achille Mbémbé : « L'Afrique se sauvera par ses propres forces ou elle périra. Personne ne la sauvera à sa place, et c'est bien ainsi. »
Original source: Camer.be
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