Aménagement de 100 000 hectares à l’Office du Niger : La crainte des exploitants locaux

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Nouvel Horizon, 23/07/2009

Dans la dynamique de la mise en valeur des terres inondables à l’Office du Niger, le Mali s’est lancé sur un chantier large pour atteindre les objectifs d’exploitation. Après un constat caractérisé par une faible mise en oeuvre des prévisions, depuis la création de l’Office du Niger, les autorités maliennes ont procédé à une ouverture du système d’aménagement par appel d’offres.

Après un brillant assaut des opérateurs privés du pays, nous assistons à l’arrivée massive des opérateurs étrangers. Est-ce pour relever le défi ou une “colonisation” enclenchée ?

Contrairement aux opérateurs économiques privés du pays, les 100 000 hectares offerts à la Libye, par le Mali, ne sont pas sans conséquence. Un accord a été signé entre le Mali et la Libye au lendemain de la crise alimentaire qui s’est abattue sur les pays de la sous-région. Cet accord consiste à produire le riz auquel viendront s’ajouter ultérieurement la production de tomate et l’élevage.

Ainsi, dès l’acquisition de la feuille de route de ce projet, dont la zone de mise en oeuvre est Macina, à la grande surprise de la population, les terres ont été envahies par les grands travaux d’aménagement exécutés par les Chinois. Cet aménagement, depuis son annonce, avait suscité un grand espoir chez la population. La population attendait un relais dans la mise en valeur de son espace agricole.

A en croire nos sources, c’est plutôt la déception et le regret qui animent aujourd’hui, bon nombre de petits exploitants expropriés de leurs domaines. Il s’agit de ceux de la localité de Kologotomo, où les travaux d’aménagement dirigés par les chinois ont éjecté beaucoup d’exploitants de leur terre sans le versement de dommages et intérêts.

Aussi, le désordre engendré par l’installation des campements chinois n’est plus à démontrer. Car, sans une considération particulière à l’organisation environnementale, ceux-ci ont élu domicile sur les passages d’animaux. Ce qui n’est pas sans conséquence dans une localité à vocation agropastorale.

En effet, dans cette localité, ni les autorités locales, ni la subdivision de l’Office du Niger ne maîtrisent réellement le contenu de l’accord conclu entre le Mali et la Libye qui vise réellement à mieux produire et après transporter la production, vers la Libye. En plus, les résultats d’un recensement fictif indiquent que plus de 150 exploitants ont été touchés par ces travaux d’aménagement.

Au sortir des négociations, il a été convenu que seulement cinquante huit d’entre eux seront dédommagés par les autorités locales. Or, certains nourrissaient un grand espoir de bénéficier d’une parcelle après l’aménagement des terres.

Cependant, de l’avis de certains observateurs, cet accord n’est qu’un aménagement privé, exclusif pour la Libye qui, depuis longtemps, cherche un débouché agricole. C’est dire que l’office est un réservoir alimentaire pour ce pays et il faut s’attendre à une exportation de la production vers la Libye.

Partant de là, il y a lieu de s’inquiéter par rapport à l’installation d’un vaste programme de colonisation des terres agricoles au Mali. Si c’était le cas, les pauvres exploitants risqueront de rester à l’avenir sans lopin de terre et sans sources de revenu.

Ousmane BERTHE
Original source: Nouvel Horizon
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