Retour à l’époque coloniale : L’huile de palme du Cameroun est certifiée « durable », mais la population est exploitée

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De Volkskrant | 29 mai 2021

(Traduit de l'original en néerlandais)
 
REPORTAGE « Retour À l’Époque COLONIALE »
 
L’huile de palme du Cameroun est certifiée « durable », mais la population est exploitée
 
par Carlijne Vos
Photos : Sven Torfinn
 
Certificat RSPO en main, les entreprises au Cameroun prétendent extraire l’huile de palme durablement. « Une preuve fallacieuse », déclare la population, victime de pratiques néocoloniales telles que l’accaparement de terres et l’exploitation.

Sur le chemin de sable rouge qui traverse la plantation d’huile de palme, Emmanuel Elong montre une petite maison de bois en ruine. Elle est nichée entre des palmiers hauts de plusieurs mètres et rectilignes qui se dressent en de longues rangées. « Regardez », dit Elong, âgé de 52 ans, « quand j’étais jeune, cet endroit était encore à la lisière de la forêt vierge. »  
 
Elong entre dans la plantation où les faîtes vert foncé des palmiers dispensent de l’ombre. Il s’avance vers la petite maison, lorsqu’une voix forte retentit : « Que faites-vous dans ma plantation ? » Un gardien descend de sa moto, s’avance vers Elong et ses visiteurs d’un air menaçant. « Votre plantation ? » s’exclame Elong, sur le qui-vive. Cette terre est ma terre, la terre de mes aïeux. Qui était ici le premier : cette maison ou vos palmiers ? »

Emmanuel Elong (Photo: Sven Torfinn)
Bienvenue aux « Terres de Socapalm » : six palmeraies sont réparties sur ce territoire de 58 000 hectares au sud-ouest du Cameroun – ce qui représente un tiers de la superficie de la province d’Utrecht. La plantation à Dibombari héberge plusieurs villages dont Mbongo, le petit village verdoyant d’Elong. Les maisons entre les bananiers et les fleurs tropicales y sont entièrement entourées de palmiers à huile. Le village n’est plus accessible que par les chemins de sable qui traversent les lots numérotés de la plantation, et que la société Socapalm contrôle à l’aide de barrières.

Pendant tout le reste de cette journée d’avril à la chaleur tropicale, le gardien continue de suivre à moto Elong et ses visiteurs Blancs, pour leur rappeler que personne ne peut entrer dans la plantation ou en sortir sans l’autorisation de la société. « Un scandale », fulmine Elong, lorsqu’il relâche la tension plus tard sous l’auvent en chaume servant de café du village. Après quelques verres d’une boisson distillée à la maison, il échafaude avec ses co-villageois des stratégies toujours plus audacieuses pour que ses visiteurs repérables puissent passer en toute sécurité les barrières pour sortir de la plantation. « C’est mon village. C’est moi qui décide ce que j’y fais et quelles sont les personnes que j’y invite. »
 
Une plantation sur sa terre natale

La terre familiale d’Elong, où il cultive ses légumes tels que le manioc et la patate douce, se cache derrière un écran de palmiers hauts de 14 m, le long d’un lit fluvial. Lorsque en 1968 le gouvernement camerounais a ouvert ici, sur sa terre natale, une palmeraie, sa famille a eu le droit de garder cette bande de terres agricoles de 60 mètres de large. Le frêle Elong traverse à grands pas sa terre envahie et montre un poteau dans le sol. Après la vente en l’an 2000 de l’entreprise étatique à Socfin, géant luxembourgeois de l’huile de palme, les nouveaux propriétaires ont planté ce poteau dans le sol pour marquer l’expansion souhaitée de la plantation.

Un agriculteur sur une parcelle de terre qui est revendiquée par Socfin. (Photo: Sven Torfinn)
De l’avis de Socfin, il ne fallait concéder à Elong qu’une bande de terre de 6 mètres de large pour qu’il y fasse pousser ses aliments. C’était il y a vingt ans et pour Elong, ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase et le début de longues années de bataille juridique contre Socapalm et son propriétaire européen.
Un jeune homme produit de l’huile de palme avec des fruits qui sont récoltés dans sa propre petite palmeraie. (Photo: Sven Torfinn)

La lutte d’Elong et de sa fondation Synaparcam n’est pas passée inaperçue. Elle est soutenue par des organisations non gouvernementales (ONG) internationales pour la protection de l’environnement et des droits de l’homme, en particulier Milieudefensie, Fern et Greenpeace. Socapalm et son propriétaire Socfin, un des plus grands acteurs mondiaux dans ce secteur avec 187 000 hectares de plantations d’huile de palme et de caoutchouc en Asie et en Afrique, sont accusés de pratiques néocoloniales dont l’intimidation, le travail forcé sous contrat, la déforestation, la pollution de l’environnement et surtout l’accaparement de terres.  

Un peuple sans terres

« Nous sommes un peuple sans terres, donc nous n’existons plus », déclare Daniel Sappa Misse sur le mode dramatique. Sappa Misse est le chef de village traditionnel de Souza, un des autres villages absorbés par les plantations de Socapalm. Daniel a son bureau dans une simple petite maison en bois avec toit de chaume, où règne le désordre. Pour la circonstance, il a revêtu une tenue traditionnelle et porte un collier orné d’une imposante clé transmise de père en fils. Elle sert à « déverrouiller les problèmes de la communauté », explique-t-il en posant sous un palmier, dans le vacarme des voix d’enfants et du va-et-vient des motos.

De nombreux agriculteurs pratiquent la culture traditionnelle des palmiers sur leur terre dans cette partie du Cameroun. La récolte est habituellement acheminée jusqu’à un point de collecte local, où elle est transformée en huile de palme pour la consommation. (Photo: Sven Torfinn)
« Lorsque Socapalm a ouvert ses portes ici dans les années 70 en tant qu’entreprise d’État, nous étions 5 000 habitants, nous sommes désormais 40 000 », poursuit Sappa Misse. « À l’époque, on nous donnait encore un lopin de terre pour un assurer notre propre alimentation mais cela aussi, le nouveau propriétaire essaie de nous l’enlever. De quoi allons-nous vivre ? »

Bien que les habitants des villages de la plantation soient de plus en plus soumis à l’oppression, Socfin a reçu un certificat RSPO pour la première de ses six plantations au début de cette année. Cette preuve reconnue au plan mondial confirme que l’exploitation est durable conformément à la Round Table on Sustainable Palm Oil (Table ronde sur l’huile de palme durable), fondée en 2004. Depuis, toutes les sonnettes d’alarme sont tirées, car les inspections pour la certification des deux plantations suivantes de Socapalm ont commencé cette année.
 
La certification, une formule magique  

Daniel Sappa Misse (Photo: Sven Torfinn)
Une huile de palme « certifiée » – ou « durable » – est la formule magique que les entreprises brandissent pour tenter d’apaiser la conscience du consommateur, de leurs investisseurs, des clients et leur propre conscience. Bien que l’huile de palme puisse sembler être une question abstraite et loin de nos préoccupations quotidiennes, elle ne l’est certainement pas. L’huile de palme entre dans la composition de presque tous les produits : c’est un liant dans les barres de musli, la pâte à gâteau, le beurre de cacahuète et d’innombrables autres aliments transformés qu’on trouve dans les rayons du supermarché. Elle est aussi un composant indispensable de produits cosmétiques tels que le shampoing, le savon et la crème pour la douche. Unilever est devenu un groupe majeur grâce à ses importations d’huile de palme de Malaisie et d’Indonésie, des multinationales telles que Nestlé et L’Oréal ne peuvent s’en passer. 
 
Comme la demande mondiale de cette huile à l’exceptionnelle propriété liante augmente sans cesse, les entreprises partent à la chasse de nouvelles terres agricoles. Après que des forêts vierges ont été sacrifiées principalement en Indonésie et en Malaisie pour produire de l’huile de palme et du caoutchouc, ces terres sont trouvées depuis le début de ce siècle en Afrique occidentale et centrale, où les multinationales rencontrent des pouvoirs publics – corrompus ou sans ressources – en général complaisants. Au début de ce siècle, le Libéria a concédé un quart de ses espaces naturels intacts pour se redresser après la guerre civile, mais au Cameroun aussi aucun bâton n’a été mis dans les roues des entreprises pour qu’elles maintiennent l’ancien modèle de plantation colonial.  
 
Selon les habitants, la certification RSPO est un « processus fallacieux », dans lequel eux-mêmes et leurs griefs sont à peine écoutés. Un cri trouvant un écho auprès des ONG, qui craignent également que les grandes multinationales agroalimentaires ne cherchent qu’à « blanchir écologiquement » leurs activités douteuses dans des pays étrangers lointains à l’aide de la certification. Dans tous les secteurs, que ce soit celui de l’huile de palme, du bois dur, du soja ou du caoutchouc, les pratiques « dévastatrices » de la déforestation et de l’expropriation continuent, même revêtues d’une certification telle que RSPO ou FSC (cette dernière étant attribuée au bois par le Conseil de bonne gestion forestière), a conclu Greenpeace en mars dernier dans le rapport Destruction : Certified.
 
Blanchiment écologique
 
Sur la rive du fleuve, Elong montre ce que signifie la certification dans la pratique. À cet endroit, Socapalm a placé sans aucune notification une pancarte indiquant qu’il est désormais interdit d’y venir. Les villageois ne peuvent plus y pêcher, chasser ou cultiver des aliments sur leurs champs, comme ils avaient l’habitude de le faire depuis des temps immémoriaux. Les lits des cours d’eau dotés de végétation tropicale – ou zones humides – sont bombardés « zones naturelles » interdites, parce que selon les principes et critères de la RSPO, elles doivent servir de zones tampons pour le libre accès à l’eau propre.
 
(Photo: Sven Torfinn)
« C’est un cas typique de blanchiment écologique », commente Danielle van Oijen de Milieudefensie qui s’engage depuis des années pour la lutte d’Elong. « Ces zones tampons sont en effet un critère pour la certification RSPO, mais si des communautés y cultivent leur alimentation, il aurait bien entendu fallu chercher une solution ensemble. Aujourd’hui, les villageois sont mis devant le fait accompli. » 
 
« Socapalm prend la conservation de la nature comme excuse pour obtenir une certification afin de pouvoir frapper à la porte de financiers », dit Elong en montrant les champs verts de manioc, d’ignames et les bananiers agitant leurs branches le long du fleuve. « Mais que nous donne ce certificat ? De quoi allons-nous vivre ? »
 
Une bombe à retardement

Peu après l’indépendance de la France en 1960, le modèle de plantation colonial a été réintroduit au Cameroun. La Banque Mondiale et le FMI considéraient qu’il était la voie la plus efficiente pour réaliser le développement, déclare Samuel Nguiffo, directeur de l’organisation environnementale camerounaise Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), établi dans la capitale Yaoundé. « Les avertissements que cela conduirait à la destruction des économies locales, ne donnerait pas du travail aux communautés mêmes et qu’une lutte incessante pour la terre fertile apparaîtrait, ont été balayées d’un revers de main. Aujourd’hui, alors que la population enregistre une croissance explosive et que la pression sur la terre augmente, on assiste à une augmentation du nombre de conflits entre les villageois et les entreprises. Le Cameroun est une bombe à retardement. »
 
À une terrasse de Yaoundé, Nguiffo explique comment le gouvernement du président Paul Biya – âgé de 88 ans et depuis 38 ans déjà au pouvoir – a cédé à maintes reprises aux investisseurs étrangers. Avec son organisation CED, Nguiffo s’oppose à la déforestation accélérée qui en est la conséquence. Le Cameroun a perdu l’année dernière 100 000 hectares de forêt tropicale pluviale et s’est haussé au palmarès mondial des pays à la déforestation la plus rapide – passant de la 11e à la 7e place.
 
Cette opposition n’est pas sans résultats. Après une forte pression de l’organisation de Nguiffo et d’ONG internationales, les pouvoirs publics camerounais ont retiré en 2020 la décision d’étendre une concession forestière à la région de forêt pluviale d’Ebo, un habitat naturel des gorilles, des éléphants de forêt et des chimpanzés, entre autres. Le Fonds de Pension Norvégien – le plus grand fonds de pension du monde – a retiré sous la pression son investissement dans une plantation de caoutchouc camerounaise de l’entreprise singapourienne Halcyon Agri, après la destruction de 10 000 hectares de forêt tropicale pluviale.
 
Pression sur les investisseurs

« Tous les investisseurs n’appliquent pas les mêmes critères en matière de durabilité », déclare Nguiffo. « Les banques et les investisseurs ont simplement trop d’argent qu’ils doivent investir pour créer du rendement. Si vous voulez emprunter à une banque en tant que personnes privée ou entreprise, vous devrez dévoiler la totalité de vos possessions. Mais pour ce qui est des investissements dans des pays lointains, les banques ne se donnent même pas la peine d’examiner elles-mêmes ce qui s’y passe et un bout de papier avec une fallacieuse certification « durable » est suffisant. »

La clé de l’amélioration consiste cependant à influencer les investisseurs, poursuit Nguiffo. « Faire pression sur le consommateur ne suffit pas. Sans capital, ces entreprises sont impuissantes. »
 
Avec Socapalm et son propriétaire Socfin, les ONG ont à faire à des adversaires redoutables. Socfin est en grande partie détenue par le Groupe Bolloré, une entreprise bien connue en Afrique. Les grands actionnaires sont le milliardaire français Vincent Bolloré et le Belge Hubert Fabri, dont la famille exploitait déjà des plantations au Congo à l’époque du cruel roi de Belgique Léopold II. Bolloré, un nom connu dans l’élite française, est régulièrement sous le feu des projecteurs en France pour cause de corruption ou de mauvaises pratiques liées à ses nombreux investissements dans l’agriculture et les transports en Afrique. Il n’est pas rare que ceux qui le critiquent doivent s’attendre à un procès en diffamation.


Cela n’empêche pas Milieudefensie de continuer à faire pression sur les investisseurs néerlandais dans Socfin ou sur Bolloré, afin qu’ils reconsidèrent leurs investissements et leurs prêts. Milieudefensie a tapé sur les doigts d’ING en 2019, parce qu’en accordant des prêts à Socfin elle aurait enfreint ce que l’on nomme la directive de l’OCDE relative à la responsabilité sociale des entreprises. Plusieurs fonds de pension néerlandais sont également critiqués pour leurs investissements dans ces entreprises, notamment celui des soins (PFZW) et celui des chemins de fer et des transports publics (Rail & OV). Le fonds de pension pour les médecins de famille a stoppé son investissement dans Bolloré l’année dernière après un durcissement de la politique de durabilité.
 
« Les financiers sont notre meilleure possibilité de faire cesser les mauvaises pratiques au Cameroun », déclare Van Oijen de Milieudefensie. « Nous ne pouvons pas autoriser qu’ils apaisent leur conscience avec un certificat RSPO, car cette appréciation n’a aucune valeur. » ING, de même que le fonds de pension PFZW, disent être conscients des problèmes dans le secteur de l’huile de palme, mais font confiance à la certification « parce qu’il est dans la pratique irréalisable d’inspecter soi-même toutes les plantations de nos clients », selon un porte-parole d’ING. Les financiers assurent qu’ils sont en pourparlers avec Socfin et qu’ils « continuent à suivre le dossier. »
 
Un inspecteur dans une voiture de Socapalm

Dans le village de Mbongo, l’inspecteur RSPO est soudain apparu sur le pas de la porte pour l’« audit », une visite pour voir si toutes les conditions de la certification étaient remplies. « Nous avons à peine eu le temps de consulter les anciens du village et de nous préparer à la visite », raconte Michel Linge, coordinateur de la division locale de Synaparcam, l’organisation d’Emmanuel Elong. L’inspecteur est venu, a prélevé un échantillon de l’eau polluée qui gêne le village depuis la création de la nouvelle usine d’huile de palme, et a patiemment écouté toutes les doléances.

Près du petit village de Mbongo, qui est entouré par la plantation, une femme puise de l’eau dans un ruisseau. Des activistes locaux affirment que de nombreux cours d’eau ont été pollués parce que Socapalm y déverse les eaux résiduaires du processus de production. (Photo: Sven Torfinn)
Mais a-t-il vraiment écouté ? Linge ne le pense pas. « Ils sont à 100 pour cent du côté de Socapalm. Si nous disons que quelque chose est rouge, ils disent que c’est blanc. De plus, c’est le même inspecteur qui a certifié la première plantation. Et ce certificat n’aurait jamais dû exister. Ils sont même venus dans des voitures de Socapalm, comment peut-on être indépendant dans ces conditions ? La certification RSPO n’est absolument pas fiable. »
 
Interrogée à ce sujet, Socapalm dément que l’inspection RSPO n’aurait pas été objective. Selon cette entreprise, toutes les parties prenantes ont été consultées. Socapalm nie également que des violations des droits de l’homme ont lieu et déclare qu’elle mène une politique rigoureuse pour lutter contre l’intimidation et les harcèlements. Elle souligne que les villageois profitent précisément de la proximité de l’entreprise, parce qu’ils peuvent acheter des semences et des pesticides bon marché et vendre leurs noix à Socapalm à un bon prix.
 
En ce qui concerne l’accusation d’accaparement de terres, Socapalm invoque les pouvoirs publics qui ont donné la terre en concession. « Nous constatons tous que nous avons une forte croissance démographique, mais nous voudrions rappeler que le propriétaire légal de la terre, l’État du Cameroun, est le seul qui puisse prendre une décision à ce sujet. »
 
Un détour de plusieurs kilomètres
 
L’impétueux Linge, vêtu d’un jean serré et chaussé de lunettes de soleil, se tient sur l’une des profondes tranchées que Socapalm a creusées sur sa plantation pour empêcher que des villageois parcourent les plantations et volent leur noix à huile de palme. Pour aller cultiver leur lopin de terre, des femmes doivent désormais faire un détour de plusieurs kilomètres et de plus à cette occasion elles ont souvent été harcelées ou même violées, jusqu’à ce que l’entreprise intervienne après les plaintes incessantes des villageois. « Nous sommes leurs prisonniers », soupire Michel en montrant la forêt sombre de palmiers autour de lui. Près de la barrière plus loin derrière la tranchée, des gardiens sont en train de déjeuner, assis sur le sol. « Un très grand nombre de femmes ont été agressées là-bas », assurent les villageois.
 
Jean Bosco Ngobe, chef fragile et âgé du village de Mbambo situé plus loin dans la plantation, est mieux disposé à l’égard de Socapalm. Les villageois plus activistes pensent qu’il a été acheté. Assis sur son siège en plastique dans la véranda remplie par la panoplie africaine traditionnelle de lances, boucliers, calebasses et même une autruche empaillée, il montre les fils électriques dehors qui longent le chemin de sable. « Ils ont ouvert une école, une clinique et je me suis même laissé dire qu’ils paieraient des professeurs. »
 
Seul l’emploi est un problème, reconnaît-il. « Nous n’avons pas été suffisamment vigilants au début. Les jeunes d’ici voulaient avoir un emploi de col blanc en ville. Nous en subissons les méfaits à présent, car dans des endroits très éloignés on embauche des travailleurs sous contrat qui viennent s’installer dans notre village et vivent de notre terre. »
 
« Nous sommes revenus à l’époque coloniale », conclut Emmanuel Elong, après la longue journée de traques dans les plantations. « Nous vivrions mieux sans les entreprises internationales. Mais elles ne peuvent survivre sans nos richesses naturelles et pour cette raison, elles ne nous accorderont jamais notre autonomie. L’Occident s’arrangera toujours pour qu’il y ait ici des présidents qui défendent son intérêt, si besoin est par un coup d’État. »
 
Correctif : dans une version antérieure de ce récit, il a été écrit erronément que le fonds de pension du commerce de détail (Pensioenfonds Detailhandel) investit dans Socfin, société luxembourgeoise d’huile de palme. Ceci est incorrect.  Le Pensioenfonds Detailhandel investit bel et bien dans Bolloré (le grand actionnaire de Socfin). Interrogé à ce sujet, le Pensioenfonds Detailhandel déclare qu’il n’était pas au courant des mauvaises pratiques dans l’huile de palme et qu’il reconsidèrera peut-être cet investissement, maintenant qu’il les connaît.
 
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Réaction de SOCFIN

08.06.2021 – de Volkskrant
 
Un article publié sur le site du Journal de VOLKSKRANT, le 29 mai 2021, accuse la Socapalm d’accaparement des terres, de violences faites aux femmes et met en doute l’indépendance des auditeurs et le processus de certification RSPO entamé (Roundtable on Sustainable Palm Oil). Nous souhaitons apporter des clarifications face aux éléments avancés par ce média.
 
Suite à la publication de cet article, nous déplorons que les informations partagées avec le journal de VOLKSKRANT n’aient pas, pour la majorité, été prises en compte. Cette publication ne porte que très peu d’attention aux éléments factuels et détaillés transmis, qui démontrent pourtant clairement l’application stricte de nos engagements, notre transparence et notre volonté de travailler au quotidien pour développer une agriculture tropicale responsable.
 
Nous constatons que l’article vise à créer un amalgame quant à l’éthique des investissements de certaines banques, en ignorant de présenter les solutions, les plans d’actions, les systèmes de suivi et de vérification mis en œuvre sur le terrain et, de reconnaître l’existence d’un système de certification durable, exigeant et reconnu : RSPO.
 
Nous tenons donc à clarifier la situation en apportant les précisions suivantes :
 
Respecter notre engagement contractuel envers l’État camerounais ainsi qu’entretenir des relations de bon voisinage avec les communautés vivant au sein et autour de nos plantations est primordial pour nous. En effet, la Socapalm exploite des terres mises à disposition par l’État du Cameroun dans le cadre d’un bail emphytéotique de 60 ans. A l’origine, la superficie au bail était de 78 529 hectares et celle-ci a été revue en 2005 et une surface de 20 785 ha a été restituée à l’État du Cameroun. Depuis plus de deux ans afin de clarifier la situation foncière, objet de certaines tensions, et d’éviter tout malentendu, un état des lieux de la concession a été lancé en collaboration étroite avec l’État, au travers des services locaux du cadastre, ainsi qu’avec les communautés riveraines concernées. Cet inventaire, initié à l’initiative de la Socapalm, est mené sur l’ensemble de ses plantations, et nécessite dans certains cas la pose ou la densification de bornes limitant la concession. Cet inventaire permet de :
  • Clarifier les situations d’éventuels empiètements de l’entreprise hors concession et d’intrusions, occupations illégales de tiers dans la concession ;
  • Améliorer les relations de bon voisinage entre les communautés et la plantation.
  • Réduire les surfaces au bail liant la Socapalm et l’État, et pour lequel la Socapalm paie un loyer annuel.
Pour permettre la réalisation du projet, une commission en charge de l’examen de la situation foncière a été mise sur pied au ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières ; elle a pour objectif de nous assister dans nos démarches et d’effectuer des visites de terrain si nécessaire.
 
Nous constatons tous que nous faisons face à une croissance démographique forte mais nous tenons à rappeler que le légitime propriétaire des terres étant l’État du Cameroun, il est le seul à pouvoir statuer sur la mise à jour des limites des concessions et décider d’une éventuelle rétrocession aux communautés.
 
Ensuite, la Socapalm applique une politique de tolérance zéro concernant le harcèlement, les violences faites aux femmes, et ce, que ce soit au sein de ses effectifs ou au sein des équipes de sous-traitants et d’intérimaires et bien entendu des équipes chargées de la sécurité. En effet, la Socapalm s’y oppose fermement et a mis en place une série d’actions à cet effet : publication d’une politique sur le respect des droits de l’homme, d’une politique concernant le harcèlement sexuel et les autres types de harcèlement et de violence en milieu de travail et, elle a mis en place un système de gestion des plaintes internes et externes. Elle a aussi installé une structure et des effectifs dédiés aux relations avec les communautés riveraines et a mis en place des « comités genres » qui sont un forum de discussion pour les sujets liés aux discriminations et aux harcèlements sexuels. Ses employés, les communautés et les sous-traitants (dont les équipes de sécurité font partie), sont régulièrement sensibilisés aux engagements pris par l’entreprise et aux politiques et aux systèmes de gestion des plaintes. De plus, au vu des allégations récurrentes de harcèlement sexuel et de viol, cette problématique a fait l’objet d’un audit spécifique de la part des auditeurs de SCS Global Services lors des audits de certifications des deux premières plantations ; durant cet audit spécifique, aucun élément n’a pu démontrer ces allégations.
 
La Socapalm et le Groupe Socfin ont sélectionné un cabinet d’auditeurs RSPO parmi un nombre de bureaux d’audit de certification, accrédités par Assurance Services International (ASI), reconnus et renseignés par la RSPO elle-même. Ces experts ont géré leur mission de manière totalement objective et indépendante en tant que professionnels du secteur. La Socapalm a logé ces personnes lors de leur séjour en plantation compte tenu de l’environnement rural des plantations de Mbongo et Mbambou. En effet, il n’y a aucune infrastructure de tourisme offrant des possibilités de logements à proximité immédiate de ces plantations.
 
Comme l’exige l’éthique de leur profession et leur mission, un nombre très important de parties prenantes a été consulté durant l’audit et plus particulièrement pour ce qui concerne le volet social. Aussi, aucun membre de la direction de la plantation n’a participé aux rencontres avec les parties prenantes. Et enfin, l’équipe d’experts consultants disposait de son propre moyen de transport, il ne s’agissait pas d’un véhicule appartenant à la Socapalm. Les experts ont élaboré leur programme sans consulter la Socapalm, en toute indépendance. SCS Global service a d’ailleurs défendu sa position dans une communication adressée à l’ONG Milieudefensie.
 
Contrairement à l’image donnée dans cet article, nous voulons que nos activités de production d’huile de palme et de caoutchouc soient bénéfiques à tous : nos employés, les planteurs villageois et les communautés, en améliorant leurs conditions de vie. Notre mission est de créer ou de relancer le développement socio-économique à long terme des régions rurales enclavées, tout en renforçant et en protégeant les droits des communautés, leur qualité de vie et l’environnement.
 
Original source: De Volkskrant
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