Les terres agricoles font saliver les investisseurs

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Le Devoir | 27 octobre 2018

Les terres agricoles font saliver les investisseurs

Jean-François Venne
Collaboration spéciale

Depuis 2009, les dix entreprises les plus actives ont consacré plus de 68 millions de dollars à 136 acquisitions de terres agricoles.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis quelques années, les fonds d’investissement et les promoteurs immobiliers jettent leur dévolu sur les terres agricoles au Québec. La rareté de ces terres et la croissance constante de la demande alimentaire mondiale, notamment, en font d’alléchants objets de spéculation.

Depuis 2009, les dix entreprises les plus actives ont consacré plus de 68 millions de dollars à 136 acquisitions de terres agricoles, rapporte l’Union des producteurs agricoles (UPA). À eux deux, les Immeubles Maval inc. et les Immeubles Renaud ont effectué 40 transactions d’une valeur totale de 28,7 millions de dollars.

Mais la locomotive reste Pangea, avec 44 transactions d’une valeur de plus de 28 millions. Elle détient 6000 hectares de terres agricoles, toutes consacrées à des cultures céréalières. En avril 2017, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) investissait 10 millions dans Pangea, un geste défendu alors par Christian Dubé, ex-premier vice-président de la section Québec de la CDPQ, devenu la semaine dernière président du Conseil du trésor.

L’agriculteur locataire

Le modèle d’affaires de Pangea est simple. Le fonds acquiert des lots de 1000 hectares, qu’il loue par la suite à un producteur. La taille moyenne d’une terre agricole est de 100 hectares au Québec, ce modèle remplace donc dix producteurs par un seul. « L’agriculteur loue la terre, il ne peut donc plus l’utiliser pour obtenir du financement, afin d’investir dans sa production, déplore Marcel Groleau, président général de l’UPA. Pangea fixe un loyer élevé, afin de récupérer son investissement. Le producteur redevient celui qui travaille sur les terres du seigneur ou du propriétaire. »

Ce n’est pas sa seule inquiétude. Cette demande accrue fait aussi monter les prix, puisqu’ils ne sont plus liés au rendement agronomique de la terre, mais à sa valeur spéculative. Il devient donc difficile pour un agriculteur d’acheter la terre de son voisin pour s’agrandir et pour la relève de s’acheter une première terre. La valeur moyenne des terres québécoises en culture aurait plus que triplé de 2007 à 2017.

L’UPA souhaite que le gouvernement québécois interdise aux fonds d’investissement d’acheter des terres agricoles et encadre strictement les activités des promoteurs immobiliers dans ce domaine. Les ventes de terres se feraient donc entre agriculteurs, en fonction de leur valeur agricole. L’UPA souhaite aussi que l’État encadre les promoteurs immobiliers, mais surtout qu’il mette du capital patient à la disposition des jeunes agriculteurs. En ce moment, les jeunes peinent à financer l’achat d’une terre.

Par ailleurs, le projet de loi 172 qui devait pérenniser la politique bioalimentaire lancée en avril dernier n’a pas été adopté avant le déclenchement des élections. L’UPA souhaite que le nouveau gouvernement maintienne cette politique, malgré quelques bémols. « Nous apprécions les cibles ambitieuses de croissance du marché intérieur et extérieur des produits bios, malgré des moyens insuffisants, explique M. Groleau. Nous croyons que 300 millions sur cinq ans, c’est peu pour atteindre ces objectifs, mais cette politique demeure un outil important pour développer le secteur bioalimentaire. »

2 %
C’est la superficie de la province qu’occupe le garde-manger des Québécois. Aux États-Unis, le territoire consacré à l'agriculture compte pour 45 % de la superficie totale du pays et en France, c'est 58 %.

42 000
C'est le nombre de Québécois qui font de l'agriculture leur métier.

29 000
C'est le nombre d'entreprises agricoles établies au Québec.

Source : UPA


Original source: Le Devoir
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