L'Arabie saoudite, un acteur qui monte sur le marché des céréales

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Champs de céréales à irrigation par pivot central dans la région de Tabouk, en Arabie saoudite. - Photo Google

Les Echos | 22.11.2012

L'Arabie saoudite, un acteur qui monte sur le marché des céréales

Le royaume n'est plus autosuffisant en blé.

Sur les neuf premiers mois de l'année, l'Arabie saoudite a acheté pour 2,8 milliards de dollars de céréales, deux fois plus qu'en 2011. Plus exactement, les banques du pays ont prêté cette somme au secteur agroalimentaire pour financer l'importation de blé, de riz et d'orge à un niveau record depuis les années 1960. La flambée du prix du blé (+ 23 % depuis le début de l'année) explique en partie la hausse de la facture. Mais ce n'est pas la seule raison. L'Arabie saoudite devra importer de plus en plus de céréales pour nourrir ses 28 millions d'habitants.

Pourtant, en 2008, l'Arabie saoudite était encore autosuffisante. Le blé poussait dans le désert grâce à un système d'irrigation adapté de la technologie des forages pétroliers et grâce à un coûteux système de subventions. Le pays était même devenu exportateur de blé à la fin du siècle dernier.

Mais le rêve a fini par coûter cher : en vingt ans, les ressources d'eau douce se sont réduites de plus d'un tiers. L'eau est devenue bien plus rare que le pétrole. En 2008, Ryad décide de cesser progressivement la production de blé. Cette année, il ne devrait récolter qu'un million de tonnes contre 3 millions quatre ans plus tôt. Et en 2016, l'Arabie saoudite ne produira plus un seul épi. Conscient des risques de pénurie et de sa vulnérabilité à la hausse des prix des céréales, le royaume va donc augmenter ses capacités de stockage de blé de 27 % d'ici à 2015, pour les porter à 3,5 millions de tonnes, l'équivalent d'un an de consommation.

Achat de terres en Afrique

Mais surtout il a incité dès 2008 les groupes saoudiens à investir dans l'achat ou la location de terres arables en Afrique (Ethiopie, Mali, Soudan) mais aussi en Asie. Et c'est en train de s'accélérer. Ainsi, en avril dernier, une société de Riyad a obtenu la location pour vingt-cinq ans de 78.000 hectares aux Philippines pour produire du riz, du maïs ou des bananes. Cet été, l'Afrique du Sud et l'Arabie saoudite ont créé une société commune pour investir 2,4 milliards de dollars, d'un côté dans le pétrole et de l'autre dans des mines d'or et des champs agricoles. Enfin, le milliardaire saoudien Mohammed Al Amoudi va investir 2,5 milliards de dollars d'ici à 2020 pour développer des rizières dans la région tropicale de Gambella en Ethiopie. Après la Chine, c'est au tour de l'Arabie saoudite d'inquiéter les associations face à l'accaparement des terres.

Cela vaut pour les céréales, mais aussi pour la viande. Une bonne partie des céréales produites en Arabie saoudite servait à l'alimentation animale, très aquavore également. Pour sécuriser ses achats de volaille et de lait, le saoudien Almarai a racheté il y a un an la société Fondomonte, qui opère trois gigantesques fermes en Argentine. Mais, même si l'Arabie saoudite a rompu avec son passé de puissance agricole régionale, il conserve toujours quelques fermes géantes comme celle d'Al Safi, au nord de Riyad, qui abrite 37.000 vaches laitières et produit 260 millions de litres de lait par an, le tiers des produits laitiers consommés dans le royaume.

Pierrick Fay

Original source: Les Echos
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