Sunny Verghese, les pieds sur terre

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Olam cultive aujourd'hui 400 000 ha et, en incluant ses concessions sylvicoles, il contrôle 2,1 millions d'hectares - la surface d'Israël. (AFP)
Jeune Afrique | 28 Septembre 2012

Sunny Verghese, les pieds sur terre 

Par Javier Blas                                                      

À la tête d’Olam depuis dix-sept ans, l’Indien Sunny Verghese se démarque des autres géants du négoce par sa stratégie originale, combinant culture, transformation et vente.

Son expérience à la tête d'une plantation de coton dans le nord-est du Nigeria, alors qu'il n'avait que 26 ans, aura été riche d'enseignements. C'est peu de temps après avoir débuté dans les affaires au sein du conglomérat indien Kewalram Chanrai Group, en 1986, que l'Indien Sunny Verghese, diplômé en gestion agricole, s'est retrouvé à la tête de l'une des plus grosses plantations du continent. Selon lui, cette expérience « en brousse » a été déterminante. À tel point qu'il veille à ce que tous les jeunes cadres d'Olam en bénéficient - il évoque notamment un poste délicat dans l'ex-zone rebelle du nord de la Côte d'Ivoire, où il vient d'envoyer une nouvelle recrue prometteuse.

« Il s'agit d'un rite de passage », souligne-t-il, assis dans la salle du conseil d'administration du siège d'Olam, dans le quartier d'affaires de Singapour. Les cadres du groupe qui se sont pliés à ce rite ces vingt dernières années le surnomment en plaisantant « le MBA de Sunny ». Cette étape « implique de passer du temps dans un environnement hostile et de gérer les problèmes directement, ce qu'on n'apprend pas en cours. Il faut se rendre là où se trouvent les ressources naturelles. Or plus de 80 % des pays où nous sommes présents figurent dans la catégorie des pays "difficiles" », affirme le PDG.

Toujours vêtu d'un élégant costume à rayures, ce père de deux enfants connaît sa filière sur le bout des doigts. Il peut ainsi énumérer les rendements en Éthiopie et au Vietnam, le prix des terres agricoles en Uruguay ou en Nouvelle-Zélande et les retours sur investissement dans des douzaines de pays à travers le monde.

Amont

Avec les asiatiques Noble Group et Wilmar, et les quatre pionniers du secteur, les américains ADM, Bunge et Cargill et le français Louis Dreyfus Commodities, Olam est l'un des sept leaders du marché alimentaire mondial. Mais il se distingue par son intérêt pour l'amont de la filière, un secteur rémunérateur, selon Sunny Verghese. D'où les investissements du groupe dans des vergers d'amandiers en Californie, des plantations de café au Laos, des fermes laitières en Uruguay et des plantations de coton en Côte d'Ivoire. Olam est aujourd'hui le deuxième marchand de café et de coton au monde et le principal vendeur de noix de cajou. Si elle est également incontournable dans le cacao, la société est encore peu présente sur les autres marchés. « Nous sommes les seuls à investir dans des plantations pour plusieurs matières premières à travers le monde », souligne le PDG.

Ces derniers mois, Olam a réalisé 24 investissements dans le domaine agricole. Une stratégie payante : le groupe a engrangé 444 millions de dollars (343 millions d'euros) de bénéfices l'an dernier. Il cultive aujourd'hui 400 000 ha et, en incluant ses concessions sylvicoles, il contrôle 2,1 millions d'hectares - la surface d'Israël. Les récoltes de niche n'ont peut-être pas le prestige des trois « grandes » (le maïs, le blé et le soja), mais elles rapportent plus. « Avec les amandes, par exemple, environ 75 % du prix revient au planteur. Si vous voulez réaliser des bénéfices, il faut être dans les vergers plutôt que du côté de la vente », souligne Verghese.

Cette stratégie combinant agriculture, transformation et négoce commence à donner des idées à d'autres acteurs industriels. Il y a deux ans, Sunny Verghese a engagé des pourparlers en vue d'une fusion avec Dreyfus. Si ces contacts n'ont pas abouti, il n'en reste pas moins que le secteur a connu un mouvement de concentration. Cette année, Glencore a racheté le négociant en blé Viterra pour 6,2 milliards de dollars et Marubeni a acquis l'américain Gavilon pour 3,6 milliards de dollars. Olam sera-t-il la prochaine cible ? « La société continuera de tracer sa route en solo », assure Sunny Verghese.

Profil
1959 Naissance à Bangalore (Inde)
1986 Rejoint Kewalram Chanrai Group
1989 Cofonde Olam
1995 Nommé PDG du groupe
2005 Entrée d'Olam à la Bourse de Singapour
Original source: Jeune Afrique
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