Liberia : Accaparement des terres ou opportunité de développement ?

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Des habitants regardent les terres qui auraient été saisies pour les investisseurs étrangers. Photo: Vincent Chounze
IRIN | 21.02.2012

LIBERIA: Accaparement des terres ou opportunité de développement ?

MONROVIA, 20 février 2012 (IRIN) - Des centaines de villageois et d'habitants des villes du comté de Grand Cape Mount ont attiré l'attention de toute la population libérienne afin de récupérer des terres qu'ils considèrent comme leur appartenant, mais qui ont été saisies et cédées à un groupe agro-industriel malaisien.

En janvier, une pétition envoyée au cabinet de la présidente Ellen Johnson Sirleaf par les représentants politiques des personnes lésées demandait la restitution de ces terres.

« C'est insupportable », a dit Mary Freeman, une habitante de Sinje Town âgée de 42 ans. « Notre gouvernement doit s'occuper de nous et empêcher ces personnes de nous tuer en silence. Qu'avons-nous fait pour mériter toutes ces souffrances ? Ces terres nous appartiennent. Nous sommes nés ici, nos enfants sont nés ici. C'est le seul endroit que nous connaissons ».

Le 21 avril 2010, le groupe malaisien Sime Darby Plantations a signé un accord de concession pour planter 10 000 hectares de palmiers à huile dans les comtés de Bomi et de Grand Cape Mount. Le groupe vient de déposer une nouvelle demande pour planter 15 000 hectares de palmiers à huile dans les districts de Garwular et Gola Konneh dans le comté de Grand Cape Mount, et 20 000 hectares dans le comté de Gbarpolu.

L'avocat qui représente les parties lésées du comté de Grand Cape Mount, Alfred Brownel, a demandé à l'Agence de protection environnementale de rejeter ces nouvelles requêtes. Il a promis que son groupe de défense, Green Advocates, continuerait à soutenir ceux qui avaient perdu leurs terres.

« Il faut mettre un terme à cette situation », a-t-il dit. « Nos compatriotes ont le droit de survivre. Ils ne devraient pas être privés de leurs terres. Nous continuerons jusqu'à ce qu'ils aient retrouvé leur vie et que la situation ait changé ».

Des détracteurs disent que la concession constitue un accaparement. S'ils ne sont pas résolus, les conflits liés à la terre pourraient plonger le pays dans une « grave crise », a dit Jerry Lomah, le président de la Lomah National Law Firm à Monrovia.

« Le gouvernement doit mettre en place une commission foncière chargée de suivre ces questions », a ajouté M. Lomah.

Au Liberia, les conflits liés à la terre se succèdent, particulièrement depuis la fin de la guerre civile en 2003. Un conflit de longue date oppose ainsi les Madingo aux Mano à Ganta, une ville située au nord-est du pays. Selon M. Lomah, la future commission foncière pourrait accélérer la résolution des conflits et de l'affaire Sime Darby.

Les erreurs commises

Apparemment réceptive aux doléances, la Présidente, qui vient d'entamer un second mandat, a immédiatement répondu aux inquiétudes des habitants du comté de grand Cape Mount : elle s'est rendue sur place et a rencontré les habitants de Kon Town dans le district de Garwula. Elle a reconnu que le gouvernement aurait dû mener les négociations de manière différente.

« Tout le monde a commis des erreurs dans cette affaire », a-t-elle dit aux villageois, « et il faut désormais les corriger. En ce qui concerne Sime Darby, nous aurions pu faire mieux sur certains points. Il aurait dû y avoir davantage de consultations et de discussions ».

Elle leur a expliqué qu'avant la signature d'un accord par le gouvernement, l'organe législatif conduit des audiences publiques afin que chacun puisse exprimer ses opinions et ses objections avant que l'accord soit conclu. Les habitants ont cependant indiqué qu'ils n'avaient pas entendu parler de ces audiences.

Mme Johnson Sirleaf a indiqué que le gouvernement corrigerait cet oubli et recueillerait les opinions des habitants du comté.

« Je suis ici pour lancer le processus », a-t-elle dit. « Je suis venue avec les ministres de la Justice, des Affaires intérieures, du Travail et de l'Agriculture, car chacun d'entre eux a [un] rôle à jouer ».

Elle a toutefois dit aux habitants du comté de Grand Cape Mount que lorsque le gouvernement, y compris les législateurs, conclut un accord avec des entreprises étrangères ou des pays, celui-ci ne peut pas être modifié. Elle a indiqué que la Constitution donnait au gouvernement l'autorité de signer des accords au nom du pays et que la population ne devrait pas blâmer Sime Darby.

« Ainsi, si votre gouvernement a commis une erreur, c'est à votre gouvernement qu'il faut s'adresser pour que nous puissions régler la situation », a-t-elle dit.

Elle a dit que le gouvernement répondrait aux préoccupations exprimées par les citoyens, notamment en matière d'emploi et d'accaparement des terres, et qu'il s'assurerait que les populations locales bénéficient d'une priorité pour les emplois proposés par Sime Darby dans le comté de Grand Cape Mount.

La Présidente a mis en place un comité, coprésidé par des fonctionnaires des ministères des Affaires intérieures et de la Justice, afin d'étudier les plaintes des citoyens et de résoudre les conflits avec Sime Darby.

La plupart des personnes qui ont perdu leurs terres se sont réinstallées dans des villes et villages voisins qui n'ont pas été concernés par la concession. Il s'agit en majorité de travailleurs non qualifiés.

Sime Darby répond

Entre-temps, Sime Darby a nié s'être approprié des terres. Le groupe a indiqué qu'il les avait achetées à un prix raisonnable et qu'il n'avait pas fait usage de la force pour expulser les populations, contrairement à ce que les propriétaires terriens avaient auparavant soutenu.

Tun Hitam, le président du conseil de Sime Darby, a dit que le groupe était sérieux lorsqu'il a indiqué vouloir s'intégrer à la communauté du comté de grand Cape Mount depuis son arrivée au Liberia en 2010. Le groupe a indiqué qu'il envisageait d'investir 3,1 milliards de dollars dans ses plantations au Liberia d'ici à 2025.

Jusqu'à aujourd'hui, le groupe a également reconstruit et réaménagé 15 écoles primaires et rémunéré les enseignants au tarif fixé par le gouvernement. Sime Darby a indiqué qu'il avait rénové trois cars scolaires, acheté une ambulance et agrandi les services hospitaliers de ses propriétés.

Le vice-président directeur de la division du négoce agricole de Sime Darby, Helmy Basha, a dit que le groupe avait déjà établi quatre pépinières qui produiraient 780 000 pousses de palmiers à huile. Cela permettrait de créer la première plantation de 5 200 hectares du comté de Grand Cape Mount. Il a indiqué que le groupe planterait jusqu'à 170 000 hectares de palmiers à huile dans les comtés de Grand Cape Mount, de Bomi, de Bong et de Gbarpolu d'ici à 2025.

« Au cours des quinze prochaines années, nous avons prévu d'investir dans les infrastructures, y compris les routes, les ponts, l'électricité et l'eau sous conduite. Nous construirons également les usines », a-t-il dit.

M. Basha a dit que Sime Darby réaliserait des enquêtes d'évaluation de l'impact social et environnemental avant le lancement de tout projet. Par exemple, Sime Darby entretiendrait les zones tampons riveraines entre les plans d'eau et les zones cultivées.

D'ici à 2015, le groupe établirait jusqu'à 15 usines- une sur chaque parcelle de 10 000 hectares. Ces usines extrairaient l'huile de palme brute, seraient alimentées par la biomasse et seraient autonomes, a-t-il dit.

Sime Darby estime que les sites du Liberia devraient être pleinement opérationnels d'ici à 2035 ; 35 000 emplois devraient être créés.

« Les plantations auront un impact positif sur l'amélioration des moyens de subsistance des communautés qui vivent à proximité des sites », a dit M. Basha.

Les Libériens utilisent l'huile de palme pour cuisiner. « Si Sime Darby fournit une partie de l'huile au marché libérien, alors le prix de l'huile de palme baissera localement », a dit Sarah Sando, une femme d'affaires de Monrovia.
Original source: IRIN
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