Les acquisitions de terres agricoles peuvent être bénéfiques pour les investisseurs, sans nuire aux paysans

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Une ferme d'élevage, dans le nord du Brésil. (Paulo Whitaker / Reuters)

LE MONDE | 28.06.10

Face à l'ampleur que prend le phénomène des cessions de terres agricoles dans les pays en développement, la nécessité d'encadrer ces investissements se fait de plus en plus pressante, au sein des organisations internationales. A la fois pour favoriser des projets "responsables", et pour freiner l'accaparement de terres dérivant de logiques financières de placement ou de spéculation.

"Encourager les pratiques responsables est indispensable si l'on veut que ces investissements participent à la stratégie de sécurité alimentaire mondiale", relève Vincent Chriqui, directeur général du centre d'analyse stratégique (CAS). Il devait, lundi 28 juin, remettre à la secrétaire d'Etat chargée de la prospective, Nathalie Kosciusko-Morizet, un rapport préconisant un cadre et des règles intitulé "Pour des investissements responsables dans les pays les moins avancés et les pays en développement".

"Nourrir huit milliards d'êtres humains en 2030 suppose un apport massif en capital dans les filières agricoles des pays du Sud. Ces investissements sont donc nécessaires. Mais, insiste M. Chriqui, s'ils ne relèvent que d'une logique court-termiste, spéculative, ils peuvent entraîner une paupérisation de la population rurale locale, des dommages environnementaux, sans contribuer à l'amélioration de leur sécurité alimentaire."

Dans une étude publiée le 22 juin et réalisée à la demande de la FAO et de l'Agence suisse pour le développement et la coopération (SDC), l'Institut international pour l'environnement et le développement (IIED) a exploré différents modèles de transactions "plus inclusifs". Ils s'inscrivent dans une logique "gagnant-gagnant", et pourraient ainsi être bénéfiques pour les petits agriculteurs locaux, protecteurs de leurs droits fonciers, tout en étant rentables.

Coopérative fermière, joint-venture, "contract-farming" (contrat de longue durée évitant l'achat de la terre et la disparition des droits d'usage), fermage, métayage, entrée de travailleurs locaux au capital... : il existe différents moyens pour un investisseur de s'inscrire dans une démarche partenariale. Aucune voie n'est valable en toutes circonstances. C'est le contexte local (régime foncier local, culture, histoire, situation biophysique, démographique...) qui doit déterminer le modèle d'organisation agricole, relèvent l'IEED comme le CAS. Leurs rapports insistent sur l'importance du pouvoir de négociation des petits agriculteurs locaux, et la nécessité de leur aménager un rôle dans la gouvernance des projets.

"GAGE DE SÉCURITÉ"

Pour favoriser ce type de démarche "gagnant-gagnant", le CAS préconise la création d'un label "Agro Investissement Responsable". Attribué par l'Union européenne (UE) ou un organisme international tel que la FAO, il s'appuierait sur la réalisation, par l'investisseur, d'études d'impact ex ante permettant d'évaluer les conséquences environnementales, économiques, sociales, et de sécurité alimentaire de son projet. "Elle serait un gage de sécurité pour le pays hôte, mais aussi pour l'investisseur, qui préviendrait ainsi les risques à long terme de conflits et de retours négatifs", relève M. Chriqui.

Le directeur du CAS insiste sur la nécessité d'aider les pays hôtes à se doter d'un cadre et d'une stratégie d'accueil clairs, et notamment d'une politique de gestion foncière respectueuse des usages et droits locaux. Un accompagnement destiné à renforcer leur capacité de négociation avec les investisseurs, mais aussi à leur permettre de sécuriser les investissements et de s'assurer qu'ils s'intègrent dans leurs politiques foncière, agricole et de sécurité alimentaire.

Le CAS en appelle à une "action déterminée" de l'UE, et de la France en particulier. Dans une logique de coopération et de transfert de technologies, Paris, voire Bruxelles, pourraient ainsi proposer aux pays qui accueillent des investisseurs européens de signer des accords de partenariat destinés à développer leur secteur agricole et à sécuriser les investissements. "La France, insiste le CAS, dispose d'une culture agroéconomique et de savoir-faire particuliers", en termes d'aménagement rural notamment, dont elle pourrait faire bénéficier les pays en développement.

Laetitia Van Eeckhout
Original source: Le Monde
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