Mauritanie : halte à la confiscation des terres
Peuples solidaires | 25 juillet 2011

APPEL URGENT

Mauritanie : halte à la confiscation des terres

Il y a un an, les populations de Boghé[1] apprennent par un simple avis au public préfectoral que 40 000 hectares de leurs terres vont être « mis à disposition » d’une entreprise saoudienne. Depuis, elles n’ont obtenu aucune information précise sur le projet. Or, il y a quelques semaines, la préfecture a publié un nouvel avis sous forme d’ultimatum, invitant toute personne utilisant ces terres à produire un titre de propriété sous 60 jours. La propriété étant traditionnellement transmise de manière héréditaire et informelle, des dizaines de milliers de personnes risquent d’être privées de leurs moyens de subsistance !

Un an de mobilisations

« Toute la population de la Moughataa s’est fortement mobilisée pour manifester et marquer ainsi son opposition à toute forme de dépossession non concertée de leur unique source de vie, la terre. Que deviendra cette frange de la population si toutes les terres cultivables et tous les espaces pastoraux lui sont arrachés et donnés à d’autres ? » déclare M. N’Diaye Saïdou Yéro, Secrétaire général de la Coordination départementale de Babadé du Comite de suivi du foncier, constituée suite à l’annonce du projet.

Avec le soutien des organisations de défense des droits humains et des organisations paysannes mauritaniennes, réunies au sein du Comité de Suivi de la Sécurité Alimentaire (CSSA), les populations se mobilisent et ont rencontré à de nombreuses reprises les élu-e-s de la région et les autorités administratives pour demander, entre autres, l’abandon du projet.

Un an sans la moindre information précise

Malgré leurs actions, les communautés n’ont obtenu aucune information précise sur le projet et les impacts qu’il aura sur leurs vies. Tout juste sait-on que la firme saoudienne impliquée, l’entreprise TADCO (Tabouk Eziraiya) appartient aux Al Rajhi, une famille d’hommes d’affaires saoudiens dont la fortune se compte en milliards de dollars et qui investissent dans tous les secteurs : agriculture, commerce, transports, technologies de l’information… Les modalités précises du projet de l’entreprise restent d’autant plus floues qu’aucun contrat n’a été rendu public et qu’aucun plan détaillant le type de culture, sa destination et les compensations envisagées pour les populations n’a été publié.

De plus, contrairement à ce que prévoit la législation locale, le projet a été annoncé par l’Etat sans que les consultations et études d’impact prévues n’aient été menées et sans que les intérêts des populations locales n’aient été pris en compte.

Un avis en forme d’ultimatum, des milliers de personnes menacées

En plus de la commune Boghé, le projet toucherait aussi 10 000 hectares de celle de Dar El Barka. Au total, plus de 75 000 personnes vivent dans cette zone, sur des terres qui constituent des zones d’élevage ‘‘à haute intensité pastorale’’ (elles contiennent notamment de nombreux puits et mares utilisés pour l’abreuvage du bétail) et des zones de culture pour les populations qui y produisent essentiellement du mil, du maïs, du riz, des haricots et des pastèques.

Le 13 juin 2011, la préfecture a publié un nouvel « avis au public » invitant toute personne utilisant ces terres à produire un titre de propriété sous 60 jours, ce que la plupart des habitant-e-s ne pourront pas faire. En effet, la majorité des paysan-ne-s ne possèdent pas de titres de propriété officiels, la propriété étant traditionnellement transmise de manière héréditaire et informelle.

S’il aboutit, le projet de l’Etat mauritanien et de l’entreprise saoudienne entraînera donc l’expulsion forcée de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Avec le soutien du CSSA, les populations organisent donc, pendant tout le mois de juillet, des assemblées et des manifestations dans leur région ainsi qu’à Nouakchott, la capitale du pays.

Elles demandent au gouvernement mauritanien d’abandonner ce projet d’accaparement des terres.

Agissez maintenant pour soutenir leurs revendications ! SIGNEZ CET APPEL URGENT
 

[1] La « Moughataa » (équivalent d’une préfecture) de Boghé est située au Sud-Ouest du pays.

Peuples Solidaires
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